Société 

Citoyen-nes, sachez-le : la Ville de Lyon féminise sa com’

actualisé le 08/03/2017 à 16h36

Avec une toute nouvelle communication non-discriminante, la municipalité lyonnaise espère rompre avec « une langue sexiste ».

C’est à destination des habitant-es et des agent-es. Progressivement, dans la com’ écrite et visuelle de la Ville de Lyon, vous devriez voir fleurir ce type de formules, avec des tirets, pour « féminiser les textes ».

En début d’année, la municipalité a en effet publié un « Guide pour une communication écrite et visuelle sans discrimination de sexe ». Ce guide est d’abord à destination du personnel et des élu-es de la Ville de Lyon pour en finir avec l’usage d’ »une langue sexiste » et donner des conseils pour féminiser ses écrits.

Les mots sont forts. Ce sont ceux que Thérèse Rabatel, l’adjointe en charge de l’égalité femmes-hommes, a employés dans l’édito en ouverture de ce guide. Elle nous explique sa démarche :

« La langue est le reflet de notre société. Au XVIIe siècle, on a voulu délibérément effacer les femmes de l’espace public. Il faut aujourd’hui rendre visible les femmes et parler de bâtonnière, de chirurgienne ou de rectrice ».

Thérèse Rabatel, adjointe à l'égalité de la Ville de Lyon. ©LB/Rue89Lyon

Thérèse Rabatel, adjointe à l’égalité femmes-hommes de la Ville de Lyon. ©LB/Rue89Lyon

L’élue cite les travaux de Yannick Chevalier, maître de conférences en grammaire et stylistique française à l’Université Lyon 2.

Ce dernier ainsi qu’une maîtresse de conférence en psychologie sociale de Lyon 2 ont fait office de conseillers scientifiques pour aider l’élue à convaincre les service.

>> Lire « 6 arguments pour inclure les femmes dans votre langage » <<

Offres d’emploi : « quand tout est écrit au masculin, les femmes n’y vont pas »

Cette question de la communication sans discrimination de sexe a été progressivement portée depuis 2008. Nommée adjointe à l’égalité par le maire PS (macroniste) Gérard Collomb, Thérèse Rabatel a d’abord alerté sur deux aspects :

  • la communication visuelle
  • les offres d’emploi

Elle a pris sa plume et a écrit à tous les services concernés. Le changement a été progressif, raconte l’élue, en donnant un exemple :

« Depuis cinq ans, ce sont les agents et les agentes de la Ville de Lyon qui souhaitent les vœux lors de la nouvelle année. Dans ce cadre-là, on m’a demandé si on pouvait écrire « électricienne ». J’ai évidemment poussé dans le sens de la féminisation ».

Ensuite, elle a travaillé sur les offres d’emploi proposées par la Ville de Lyon :

« Toutes les enquêtes montrent que si on ne féminise pas les noms de métiers, les femmes n’y vont pas. Mettre (H/F) ne suffit pas. Il faut écrire chirurgien/chirurgienne ou musicien-nes. »

Selon Thérèse Rabatel, le message est bien compris et appliqué.

Fin 2015, un groupe de travail a été constitué pour élaborer un guide rassemblant l’ensemble des recommandations et bonnes pratiques. Il rassemblait une quinzaine de responsables de la communication interne et externe ainsi que des ressources humaines.

L’élue insiste sur la méthode, celle d’une « co-construction » :

« On a réussi à sensibiliser les gens, à revenir sur des idées reçues. L’idée était de convaincre et non d’y aller en force en créant une police du langage ».

La présence d’un spécialiste de la grammaire et de la stylistique était essentiel. Yannick Chevalier se souvient :

« On a répondu aux principaux arguments contre l’écriture inclusive en replaçant le débat dans le contexte de l’histoire de la langue française ».

Les responsables de la com’ et des certains services ont finalement réfléchi à la manière dont leurs écrits pouvaient être mis au féminin. Et enfin, une charte rédactionnelle, sous la forme d’un guide, a été rédigée.

Guide pour une communication écrite et visuelle sans discrimination de sexe

« Le féminin existe déjà dans la langue française »

Tiret, point ou barre oblique : comment inclure les femmes ?
Pour marquer l’alternance masculin/féminin, il n’y a pas de règle qui fait l’unanimité.
La Ville de Lyon promeut le tiret (habitant-es) et le Haut conseil à l’égalité le point (habitant.e.s).
Quant au linguiste Yannick Chevalier, voici le principe qu’il adopte (et qui est en vigueur à Lyon 2) :
1- lorsqu’il suffit d’ajouter un « e », on emploie un point : étudiant.e, professeur.e, un.e
2- lorsqu’il y a une alternance de syllabe, on emploie la barre oblique : directeur/trice, sportif/ive, le/la
3- la marque du pluriel, comme c’est habituel en français, se met en fin de mot : un.e étudiant.e > les étudiant.es
Bref, la route est encore longue pour avoir une façon de faire unifiée.

Dans son guide, la Ville de Lyon a repris les grands textes européens et français qui donnent un cadre à cette écriture non-discriminante. Au niveau national, il s’agit notamment de :

Mais ce guide va au-delà de ces circulaires. Il reprend les grandes lignes du Guide pratique pour une communication sans stéréotype de sexe du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes en l’adaptant à la Ville de Lyon.

Il rappelle la nécessité de la féminisation des noms de métiers en renvoyant sur le guide linguistique Femme, j’écris ton nom… Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions.
Là où le guide innove, c’est dans la féminisation des textes à l’aide des tirets.

Plutôt que des « . » ou des « / », la Ville de Lyon a choisi des « – ». Ce qui donne :

– les hatitant-es
– les citoyen-nes
– les rédacteur-traces
– les usager-ères

Ajouter un « . », des « / » ou des « – » permet d’être plus rapide que d’écrire « citoyens et citoyennes ». Cela va dans le sens d’une langue qui évolue, comme le défend le grammairien Yannick Chevalier.

D’ailleurs, il n’y a pas de normes en la matière.

Margaux Collet, responsable des études au sein du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, défend cette manière de faire mais relativise le changement. Elle parle d’« user du féminin » plutôt que de « féminisation de la langue » :

« Cela permet de signifier que le féminin existe déjà dans la langue française. Il ne s’agit donc pas de transformer la langue mais d’employer le féminin ».

La Ville de Lyon se démarque


Colombier-Saugnieu, commune sans stéréotype de sexe
Colombier-Saugnieu est une petite commune de 2 500 âmes qui jouxte les pistes de l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. C’est aussi l’une des premières communes de France à avoir annoncé, en décembre 2015, appliquer le Guide pratique pour une communication sans stéréotype de sexe du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Pour la peine, la présidente de ce Haut conseil viendra signer une convention sur le sujet le 17 mars.

En réaffirmant cette pratique, la Ville de Lyon se situe parmi les collectivités locales les plus avancées sur cette question, selon le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes qui essaye de faire progressivement adopter ces bonnes pratiques.

C’est à replacer dans un contexte où la France est globalement en retard en matière de communication sans discrimination de sexe. L’universitaire Yannick Chevalier précise :

« Les premiers textes et guides sur le sujet sont sortis dans les années 60 au Québec et dans les années 80 en Suisse et en Belgique. Il a fallu attendre les années 90 en France. »

A Lyon, Thérèse Rabatel espère faire école, notamment auprès des autres collectivités de l’ensemble de la région. Et son regard se tourne vers la Métropole de Lyon (dont Gérard Collomb est aussi le président) :

« J’espère que la Métropole va s’y mettre. Ils font vraiment n’importe quoi. »

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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