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"Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre" nous a dit Karl Marx. Je mets des événements de l'actualité de l'OL en perspective avec l'histoire du club et du football. Et éventuellement avec mauvaise foi.
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Pourquoi l’OL ferait bien de tout miser sur la Ligue Europa

actualisé le 19/02/2017 à 09h37

Éliminé de toutes les coupes nationales, à la traîne en championnat derrière des équipes qui perdent peu de points, L’Olympique Lyonnais est en proie à une crise de sérénité presque sans précédent depuis l’ère Puel. Voici les 5 raisons pour lesquelles l’OL a tout intérêt à jouer à fond la Ligue Europa.

1. Parce que c’est (presque) foutu pour la Ligue 1

Passons rapidement sur le double épisode Coupe de France (éliminé en 16e par l’OM 2-1 àp) et Coupe de la Ligue (éliminé en 8e par Guingamp 2-2 tàb). Les Lyonnais n’ont plus que deux compétitions à gérer cette saison.

La Ligue Europa, qui débute réellement ce jeudi à 19 heures par un 16e de finale face aux Hollandais de l’AZ Alkmaar, et la Ligue 1. Dans cette dernière, l’objectif affiché est le même depuis près d’une décennie : accrocher une coupe d’Europe par le biais du podium.

Sauf que voilà, l’OGC Nice, 3ème, réalise l’une des saisons les plus abouties de son histoire. Avec 2,12 points par match, le club azuréen tient un rythme de champion, encore surpassé par ses concurrents directs, le PSG (2,20) et Monaco (2,32).

Même sérieusement déséquilibré par un Stade Rennais en pleine forme (2-0 à la mi-temps) le week-end dernier, le Gym s’en est sorti à l’arrachée avec un point (2-2). Longtemps, il était probant d’imaginer les Niçois stoppés net par une crise de résultat. Avec seulement 2 défaites (contre 10 pour l’OL) depuis le début de la saison et 13 points d’écart (Lyon a un match de retard), l’équation a changé.

Oui, Nice peut encore traverser une crise. Et non, leur seconde partie de saison ne sera sans doutes pas aussi aboutie que la première. Ce qui a changé, c’est que, même avec ça, l’OL ne semble pas en mesure d’en profiter. Trop irréguliers, les hommes de Bruno Génésio démontrent d’avantage chaque week-end à quel point un tel exploit n’est simplement pas dans leurs cordes.

Rien d’infamant à cela. Le coche a été manqué. Si l’OL termine la saison sur ses standards de printemps, il n’a rien à craindre de ses poursuivants, d’autant que les cousins Stéphanois ont un rendez-vous à honorer avec leur histoire. L’excitation monte à Sainté à l’heure de croiser le fer avec le géant Manchester United, en Ligue Europa justement.

Trop longtemps perçue comme une sous-compétition par les clubs français (qui totalisent, à eux tous, une seule et unique Ligue des Champions), la C3 arrive au moment opportun pour des Lyonnais peu menaçants pour le haut et peu menacés par le bas.

Argent, visibilité, apaisement, souvenirs… Elle a tout à offrir à cet OL qui en manque un petit peu, de tout.

2. Parce que financièrement, c’est viable

Pendant longtemps, le manque d’attractivité de la Ligue Europa était liée à ses revenus limités. Même après sa refonte, en 2009, l’ex Coupe de l’UEFA, ne grappillait que les miettes de la Ligue des champions.

Les choses changent. Année après année, la C3 a redistribué à ses participants une part de plus importante du gâteau. Cette saison, la Ligue Europa représente une manne de près de 400 millions d’euros à se partager.

Est-ce toujours négligeable comparé aux 2,3 milliards d’euros de recettes commerciales brutes dégagées par les coupes d’Europe ? Oui. Est ce pour autant négligeable pour les clubs ? Non.

Le FC Séville, vainqueur l’an dernier après avoir été reversé des poules de la Ligue des Champions (comme l’OL cette année) avait touché environ 25 millions d’euros hors primes liées aux droits TV. Sans compter que, depuis la saison dernière, la victoire en Ligue Europa est livrée avec une qualification directe (ou en barrage) pour la Ligue des Champions suivante. Et les primes qui vont avec.

Financièrement, participer à la Ligue des Champions a longtemps été une question de survie pour l’OL. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le grand stade est terminé, des investisseurs arrivent, le budget n’a jamais été aussi élevé.

Dans ce contexte, le club peut se passer de la manne liée à la C1 pendant une saison ou deux, le temps de restructurer correctement son fonctionnement sportif. En attendant, la Ligue Europa peut servir de complément de revenu efficace. D’autant plus que la finale de l’édition 2018 se disputera au Parc OL, on imagine sans mal les recettes de billetterie d’une telle affiche si jamais Lyon la dispute.

L’OL n’a quasiment aucune chance de remporter la compétition dès cette année, mais serait inspiré d’en faire un objectif prioritaire à court terme. Des clubs plus prestigieux que Lyon ont utilisé ce tremplin pour se (re)lancer sur la scène européenne, avec un certain succès ces dernières années. Le FC Séville, qui a éliminé l’OL en Ligue des Champions cette saison, peut en témoigner.

3. Parce que c’est excellent pour la visibilité

Si la démarche de siffler Alexandre Lacazette face à Nancy avait autant de sens que de mettre le feu à son moteur au prétexte que les quatre roues sont crevées, elle a eu le mérite de rappeler une vérité fondamentale.

Oui, Lacazette doit partir à la fin de la saison. Parce que c’est le sens de l’histoire et que son incroyable régularité doit lui permettre d’accéder à un niveau supérieur, à l’international voire en Équipe de France. A Lyon, il stagne et l’exemple Samuel Umtiti en est la preuve éclatante.

Lacazette a besoin de briller en Europe pour atteindre le niveau supérieur. © LM/Rue89Lyon

Son ultime cadeau de départ pourrait être un transfert des plus lucratifs pour le club et l’Europe est le terrain idéal pour amorcer le phénomène. La Ligue des Champions est bien entendu le choix du roi, mais à défaut, la Ligue Europa n’est pas en reste pour offrir de la visibilité et faire monter en flèche la valeur des joueurs.

L’un des meilleurs exemples est le colombien Radamel Falcao. L’attaquant de Monaco a été transféré de River Plate au FC Porto pour 5,5 M€ (2009) puis vers l’Atlético Madrid (2011) pour 47 M€ et enfin à Monaco pour 60 M€ (2013). Entre temps, l’explosion de sa valeur est essentiellement due à ses performances de haute volée en Europa (près de 50 matchs européens dont moins de 15 en C1).

Vainqueur, meilleur buteur de la compétition et homme du match des finales de Ligue Europa 2011 et 2012, Falcao s’est taillé une réputation européenne, à peine ternie par deux saisons délicates en Angleterre, en brillant dans cette compétition.

Et quitte à parler transfert, le n°10 lyonnais n’est pas le seul à pouvoir bénéficier d’une exposition salvatrice. Des rumeurs insistantes envoient, par exemple, Corentin Tolisso à la Juve l’été prochain. De manière générale le modèle du club, qui repose en grande partie sur la formation des jeunes, ne trouve son plein intérêt que par des plus-valus régulières sur des éléments faits maison.

Corentin Tolisso partira sans doutes à la fin de la saison. C’est en Ligue Europa, dès 2014, qu’il a explosé aux yeux des clubs européens. © LM/Rue89Lyon

Clinton N’jie (17 millions d’euros à Totenham) et Karim Benzema (35 millions d’euros au Real) avaient vu leurs valeurs respectives monter en flèche grâce à leurs bonnes performances européennes. Un raisonnement strictement comptable place un beau parcours en Europa très au dessus d’une 3ème place arrachée en Ligue 1 au moment de vendre des joueurs au mercato.

C’est peut-être négligeable pour les plus grands clubs européens. C’est loin de l’être pour l’Olympique Lyonnais version 2017.

4. Parce que c’est le meilleur moyen d’apaiser le public

Cette saison, les relations entre le club et le (ou une partie du) public ne cessent de se dégrader. L’image de Max Gonalons en avocat seul au milieu des supporters après OL-Nancy (4-0) en témoigne.

Le capitaine, Maxime Gonalons, était resté longtemps sur la pelouse pour apaiser le public après le match face à Nancy. © LM/Rue89Lyon

Le derby a laissé des traces. Il a surtout cristallisé une supposition de septembre devenue certitude au fil des mois : Bruno Génésio a réussi une transition fantastique, mais il n’aurait pas dû rester en poste une saison supplémentaire.

L’histoire que le club raconte à son public n’est plus satisfaisante. Celle de l’entre soi, du club familial où les titulaires sont formés au club et le staff composé d’anciens joueurs, se heurte à l’implacable réalité du terrain. Lyon ne progresse pas, ne propose pas de certitudes suffisantes dans le jeu, bref, ronronne.

Le président Jean-Michel Aulas l’a parfaitement compris. En témoigne sa communication après Guingamp-OL (2-1) :

 » Si on doit faire des adaptations, la saison prochaine, on les fera, et je ne parle pas seulement de l’entraîneur et des joueurs. « 

Oui mais. Cette annonce ressemble trait pour trait à celles faites en novembre et décembre 2015, avant le limogeage de Fournier. Depuis, le seul changement majeur s’appelle Bruno Génésio.

Bruno Génésio, ici en conférence de presse, est de plus en plus durement contesté par le public. © LM/Rue89Lyon

Sauf que. A l’époque, L’OL est éliminé de toute compétition européenne et ne peut donc pas se cacher derrière la Ligue Europa. Cette saison, si, et le président ne s’en est pas privé :

 » On va inscrire en lettres d’or cet objectif, on sait que le vainqueur se qualifiera pour la Ligue des Champions. Donc ça serait merveilleux de progresser via cette Europa Ligue vers cette compétition qui nous échappe au fil des semaines. « 

La manœuvre peut sembler grossière quand on sait que Memphis, recrue star et onéreuse du mercato d’hiver, n’est pas qualifié pour disputer la compétition. Elle n’en est pas moins habile car elle repose sur une vérité imparable : si Lyon fait un beau parcours en Europe, le reste sera mis entre parenthèse.

Qui se souvient à quel point l’OL, dernier carré européen, jouait mal en 2010 ? A quel point sa double confrontation contre l’Ajax, avant le miracle de Zagreb en 2012, était indigente ? Qui n’a pas oublié que L’OL avait, en gros, 20 point de retard sur Monaco, 30 sur le PSG et Saint-Etienne devant lui au classement en avril 2014, au moment de chuter en quarts de finale d’Europa face à la Juve ?

Un beau parcours en Europe, c’est un souvenir durable dans l’histoire d’un club. Sans même parler de titre, un quart ou une demi-finale, si possible face à un adversaire prestigieux, c’est une page du club qui reste. Une énième 3e place ric-rac, clairement moins.

Aulas a raison de mettre ça en avant, c’est la meilleure tactique qu’il lui reste pour apaiser le climat et travailler sereinement à, peut-être, la véritable transition qu’il promet depuis des années. Au mieux, son rêve d’un beau parcours se concrétisera, et tout le monde sera content. Au pire, il aura gagné quelques jours voire semaines de tranquillité.

5. Parce que c’est l’idéal pour amorcer une nouvelle ère

Si Jean-Michel Aulas tient, cette fois, ses promesses, la saison prochaine pourrait être l’amorce d’une nouvelle ère pour le club.

Après près d’une décennie de transition au cours de laquelle le club s’est maintenu à haut niveau mais n’a décroché que peu de trophées, le timing est idéal pour tenter autre chose. Pêle-mêle, donner les clés à un coach reconnu et expérimenté, rebâtir une direction sportive solide et redevenir un acteur dynamique sur le marché des transferts.

A l’opposé de ce scénario, le public lyonnais peut craindre la nomination de Gérald Baticle en lieu et place de Bruno Génésio, ce qui reviendrait à répéter l’histoire telle qu’elle s’est déroulée la saison dernière. Ça pourrait marcher à nouveau, quelques mois, mais ça ne ferait que retarder l’échéance.

Gérald Baticle, entraîneur adjoint et candidat naturel à la transition en cas de départ de Bruno Génésio.  © LM/Rue89Lyon

Tenter dès maintenant le pari de l’Europa Ligue, c’est aussi aligner les joueurs majeurs en priorité sur les pelouses européennes. Conséquence directe : certains jeunes prometteurs du club (Houssem Aouar, 18 ans et Jordy Gaspar, 19 ans par exemple) pourraient ainsi s’aguerrir en Ligue 1 plutôt qu’être écartés au profit de la course à un podium devenu presque vaine.

L’idée revient avec insistance sur Twitter depuis plusieurs semaines.

Même dans les grandes années, certains rendez-vous manqués avec la Ligue des Champions auraient pu, avec le recul bien mieux se terminer si l’OL avait été préalablement reversé en C3.

Quelques exemples ? En 2004-2005, Lyon aurait pu, théoriquement, troquer le péno jamais sifflé sur Nilmar contre un parcours Real Saragosse/Austria Vienne/Parme/CSKA Moscou/Sporting Portugal.

En 2008-2009, la leçon reçue par le Barça aurait pu être un parcours Ajax Amsterdam/Marseille/Donetsk/Dynamo Kiev/Werder Brême. Un dernier ? Allez, 2010-2011, le parcours du reversé (Benfica) du groupe de l’OL fut le suivant : Stuttgart/PSG/PSV/Sporting Braga/FC Porto.

Fallacieux, de prendre les reversés sans prendre en compte les chapeaux ? Evidemment, mais utile pour rappeler que les affiches n’auraient pas forcément été ridicules, et que Lyon aurait été plus d’une fois un candidat crédible au titre, dans une compétition plus en adéquation avec son niveau que la C1.

Là encore, il n’y a rien d’infamant à cela. Le PSG, qui affiche aujourd’hui des prétentions financières bien supérieures à l’OL des grandes années, peine à s’installer au cœur de l’élite européenne alors que la Ligue Europa semble à sa portée.

Au final, Aulas ne s’est pas trompé au moment de recentrer sa communication autour de la Ligue Europa. Reste à savoir s’il y croit suffisamment pour accorder ses actes avec ses mots, dès maintenant mais surtout l’été prochain. Si non, le club risque de perdre encore une année à stagner pendant que d’autres progressent (Monaco, Nice voire Marseille).

Si oui, en revanche, ça tombe bien. L’OL a tout à gagner à miser à fond sur l’Europa.

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Loïc Masson
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