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Qui a voulu espionner les boîtes mails de la Région Rhône-Alpes ?

L’affaire d’ « espionnage des boîtes mails » est sur toutes les lèvres depuis deux jours au conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, à Confluence.

Un agent appartenant au syndicat Sud a d’abord soupçonné une intrusion en se connectant sur la boîte du groupe. Après audit, les recherches montrent que, sur une période de deux mois au moins en 2015, le directeur du service informatique de la région Rhône-Alpes aurait fait en sorte que toutes les boîtes mails des élus et des agents soient consultables. Espionnées.

Par qui et/ou sur ordre de qui ?

 » Vous comprendrez le caractère confidentiel de ce message que je vous demande de ne pas relayer et vous recommande la plus grande discrétion sur ce sujet (notamment pour les personnes en charge du plan d’actions) ».

C’est le contenu d’un mail que nous avons pu consulter, adressé en novembre 2015 par le responsable du service production de la Région Rhône-Alpes, Serge D., à ce que l’on peut supposer être des techniciens informatiques. Il leur demande d’utiliser un script qui permettra de « donner pour toutes les boites aux lettres, des permissions autres que celle de l’utilisateur principal ».

C’est à dire un accès pour lui mais aussi pour le directeur du service informatique, Benoît D.

Les Potins d’Angèle, c’est quoi ?

Il s’agit d’un hebdomadaire satirique, fondé et tenu par un homme depuis 12 ans, Gérard Angèle (journaliste politique passé par Minute et par Le Progrès), à la fois craint, courtisé, utilisé ou fui, en tout cas considéré par tout le microcosme politico-médiatique de Lyon dans lequel il a des amitiés… et des sources. Chaque semaine, ses brèves, ses infos « confidentielles » et ses articles portant sur le dit-microcosme circulent dans les cabinets et sont lues principalement par les individus concernés.

Dans ce mail, Serge D. fait la demande spécifique de transmettre « les logs de messagerie contenant le nom « dangele » sur le dernier mois.

Objectif visé que l’on comprend assez vite : trouver des échanges et des messages avec le journal satirique Les Potins d’Angèle.

Pour Gérard Angèle, fondateur et unique journaliste de cet hebdomadaire, cette période d’espionnage supposé coïncide précisément avec des articles dans lesquels il a mis en cause et pointé les défaillances d’élus ou personnages principaux de la Région. Les papiers ont notamment porté sur :

  •  des dissensions opposant la personne qui tenait la fonction à ce moment de directeur général des services de la Région et le préfet de l’époque,
  • les dysfonctionnements de la structure para-publique Erai (qui n’existe plus sous sa forme originelle aujourd’hui),
  • les notes de téléphone pharaoniques de l’ancien patineur et conseiller régional de la majorité à ce moment, Gwendal Peizerat.

C’est notamment ce que Gérard Angèle compte bien détailler dans le prochain numéro de son hebdomadaire vendu en kiosque.

L’ensemble des composantes de la Région surveillé en 2015

Le mail de Serge D. date de novembre 2015, période pendant laquelle la Région Rhône-Alpes (non encore fusionnée avec l’Auvergne) était présidée par le socialiste Jean-Jack Queyranne.

Dans l’alerte du syndicat Sud faite aux services informatiques, on trouve un grand nombre de points d’interrogation :

« Est-ce une initiative personnelle de l’ancien directeur des services informatiques, ou bien était-il en « service commandé » ? Si oui, par qui, pour quoi et surtout quels étaient ses objectifs, que recherchait-il ?

Quelle ampleur a atteint cette curiosité ? Depuis quand s’était-il secrètement attribué l’accès total à la messagerie du syndicat SUD ? »

À ces questions, Laurent Wauquiez a tenté de donner des éléments de réponse ce jeudi, en marge de l’assemblée plénière.

Le président de région Les Républicains estime que peu auraient été épargnés dans cette grande opération d’espionnage. Il compte les boîtes mails « des membres du cabinet, des vice-présidents, de tous les élus, majorité comme opposition, de la direction générale, des directeurs, des groupes, et des syndicats » sont concernés.

En novembre 2015, la campagne électorale qui l’oppose au président Jean-Jack Queyranne en course pour sa propre succession, bat son plein.

Le soupçon pèse alors sur cette ancienne majorité de gauche, qui aurait pu vouloir connaître l’origine de « fuites » embarrassantes dans la presse.

Le conseil régional (à Confluence). Crédit : Eric Soudan.

« Il pourrait s’agir de n’importe qui »

Ces mêmes élus de gauche, passés désormais das l’opposition, ont réagi à la suite du premier article de presse, paru mercredi sur LyonMag, relatant l’existence présumée d’un espionnage d’ampleur à la Région et démarrant a minima en octobre 2015.

Jean-François Debat, président du groupe d’opposition socialiste et apparentés qui était à l’époque vice-président en charges des finances, a déclaré ce jeudi :

« Ces éléments, que nous découvrons et s’ils étaient avérés, sont graves. Un rapport d’audit a été demandé par l’exécutif régional. Nous réclamons la plus grande transparence sur cette affaire et demandons au Président de la Région de faire toute la lumière sur cette affaire et d’engager les poursuites éventuellement nécessaires à l’issue de l’enquête interne. »

De quoi montrer qu’il ne craint pas d’être inquiété lui-même. Les faits, s’ils sont présentés à la justice, seraient susceptibles de recevoir une qualification pénale.

Laurent Wauquiez a déclaré à la presse :

« Nous n’avons pas pu avoir d’informations supplémentaires concernant la provenance de cette demande et le commanditaire. Je ne veux pas anticiper quoi que ce soit, mais je ne pense pas que ce soit le directeur des services d’informations qui ait décidé de lui-même de placer les boîtes mails des élus sous surveillance. »

Dans les couloirs du conseil régional, on nous glisse :

« Il peut s’agir de n’importe qui, d’un élu, certes, mais aussi d’un haut fonctionnaire qui n’aurait pas nécessairement pris ses ordres directement d’un élu ».

Gérard Angèle a décidé de déposer une plainte, contre X certainement, représenté par l’avocat André Soulier, bien connu sur la place lyonnaise.

« C’est une véritable atteinte à l’exercice de notre profession et à la protection de mes sources », estime le journaliste.

Benoît D., qui fût donc directeur du service informatique, a quant à lui quitté ses fonctions au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes il y a quelques jours, en janvier, pour rejoindre la région Occitanie.

 

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L'AUTEUR
Dalya Daoud
Dalya Daoud
Redchef à Rue89Lyon.
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