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Gueïda Fofana ou le (mauvais) running gag des blessures à l’OL

actualisé le 25/01/2017 à 13h42

Dimanche 22 janvier, face à l’OM (3-1), les joueurs de l’OL ont dédié leur premier but à Gueïda Fofana. Quatre jours plus tôt, le milieu de 25 ans a décidé de mettre un terme à sa carrière, plombée par les blessures.

Le sujet, récurrent à Lyon comme dans d’autres clubs, ne manque pas de potentiel comique. Sauf que cette fois, la blague a mal tourné.

À son arrivée en provenance du Havre, à l’été 2011, Gueïda Fofana a toute sa carrière devant lui. Capitaine de l’équipe de France u19, il a remporté le championnat d’Europe l’année précédente aux côtés d’Alexandre Lacazette, Clément Grenier ou encore Antoine Griezmann.

Fofana sur un terrain, une image qui appartient désormais aux archives. Crédit DR Gazete AK

Après une saison compliquée, en concurrence avec le pas-encore-capitaine Max Gonalons, il s’installe peu à peu dans l’effectif et livre quelques prestations de haute volée, en coupe d’Europe notamment. Il est d’ailleurs titulaire et très bon lors du fameux miracle de Zagreb (7-1).

Sa puissance physique, son calme à toute épreuve et sa qualité de frappe de loin contribuent à en faire un joueur travailleur mais spectaculaire, discret mais apprécié.

Début 2014, il est au summum de sa progression quand survient la première blessure, en mars. La suite est un enchaînement de faux espoirs. Il revient en mai 2015 face à Bordeaux, rechute, revient en février face au PSG, rechute à nouveau.

La communication de Jean-Michel Aulas se veut rassurante mais donne peu d’espoir, dès 2016, à l’hypothèse d’un retour sur les terrains :

« Gueïda est un garçon extraordinaire (…) qui a une forte influence sur les autres joueurs. Je le verrais bien dans le futur s’intégrer dans l’organigramme du club, peut-être pas comme joueur, mais comme éducateur. »

Après un dernier essai de retour avorté, le milieu annonce au Progrès sa décision d’arrêter sa carrière, le 18 janvier 2017, quelques mois avant ses 26 ans. Pour poursuivre au club comme le souhaite Aulas ? ProbableL’ostéonécrose aura finalement eu raison de ses velléités de joueur.

Face à l’OM, les joueurs lyonnais se sont précipités comme un seul homme vers le banc pour brandir le maillot floqué Fofana au moment de célébrer leur premier but.

Même Matthieu Valbuena, le buteur, qui n’a jamais joué avec Gueïda, a renoncé sans hésité à se mettre en avant. Ce n’est pas rien compte tenu de son contentieux récent avec le club phocéen.

La carrière de Gueïda Fofana à Lyon, c’est une belle et tragique histoire, qui n’est peut-être pas terminée. La sempiternelle malédiction des blessures lyonnaises a également engendré d’autres anecdotes, certaines rageantes ou honteuses, d’autres franchement drôles ou cyniques. Revue.

Yohann Gourcuff et le meilleur ami de l’homme

Tout a déjà été dit sur Yohann Gourcuff. Arrivé à Lyon en 2010 pour une somme record (plus de 20 millions d’euros), repartis en 2015 par la petite porte, la carrière terrassée (environ 700 jours d’indisponibilité) par des blessures incessantes et un probable blocage psychologique qui en a découlé.

Il aura tout vécu à Lyon, du sublime (son but de classe mondiale contre Marseille) au piteux.

L’apogée  du cynisme : en 2014, il écope de plusieurs mois sans jouer à cause d’une entorse de la cheville contractée en promenant son chien. À son corps défendant, il s’agit d’une rechute. Il faut dire qu’avec plus d’une vingtaine de blessures en 5 ans, peu de zones de son corps ont été épargnées.

En conférence de presse, le coach Rémi Garde tentera de jouer la discrétion, peinant à masquer son agacement :

«Il y a des choses qui doivent rester entre nous, je n’ai pas d’autres choses à dire.»

Clément Grenier (dont le départ à Nice semble imminent), César Delgado et Ederson traverseront également de longues périodes d’indisponibilité et de rechutes incessantes au cours de leur carrière lyonnaise. Aucun en promenant son chien, ceci dit.

Coupet et Vercoutre, gardiens pas bricoleurs

Formé à Saint-Etienne, c’est peu de dire que Grég Coupet est devenu une légende intouchable à Lyon. Membre du staff depuis l’été 2016, il aura été le portier de L’OL tout au long de la période 1997-2008, disputant 519 matchs avec les gones.

Si son plus grand coup d’éclat reste le double arrêt légendaire face à Rivaldo (il est vrai, bien aidé par une passe incontrôlée de Claudio Caçapa) et sa plus grande déception sa non-titularisation à la Coupe du Monde 2006, son CV contient aussi une anecdote de blessure savoureuse.

En 2006, justement, alors qu’il monte une étagère (probablement pour exposer ses trophées déjà nombreux), le gardien manque une parade qui semblait facile. Tout ou partie de l’étagère venge Rivaldo. Bilan : deux entailles et plusieurs points de suture à la main.

Si l’anecdote semble drôle avec le recul, elle n’amuse pas du tout le médecin du club à l’époque :

« Grégory a pris une étagère sur les doigts. Il a deux belles entailles pas très profondes au majeur et à l’index de la main droite. Les ligaments n’ont pas été touchés. »

Absent une dizaine de jour, il sera remplacé par Rémy Vercoutre notamment pour le derby. Dans ce reportage, Coupet revient sur ces différents moments, et évoque les blessures avec philosophie.

Là où l’anecdote devient invraisemblable, c’est quand le même Rémy Vercoutre est victime lui-aussi, cinq ans plus tard, d’un accident domestique bien plus grave. Conduit aux urgences dans la nuit puis opéré d’une rupture des tendons du pied droit, le gardien lyonnais manquera plus de trois mois de compétition.

Si beaucoup de rumeurs circuleront sur cette blessure, aucune version définitive ne sera jamais officialisée. L’une des plus improbables finit cependant par se confirmer : l’OL recrute Matthieu Valverde pour pallier l’absence de Vercoutre.

Libre de tout contrat, l’ex portier Toulousain ne disputera qu’un obscur 32ème de finale de Coupe de France avec Lyon contre Lyon-la-Duchère (3-1).

Ironie du sort, c’est à la suite d’une nouvelle rupture, cette fois des ligaments croisés du genou droit, que s’arrêtera la carrière lyonnaise de Rémy Vercoutre. Lui aussi manquera un derby au profit d’Anthony Lopes, appelé à devenir indiscutable au fil des mois suivants.

Mensah et Elber, les disparus

En 2003, après Anderson mais bien avant Lisandro, Lyon croit tenir la nouvelle pierre angulaire à son attaque d’envergure européenne, en la personne de Giovane Elber. L’international brésilien reste sur 6 saisons avec le Bayern Munich pour un total de 92 buts.

Il admettra 7 ans plus tard que l’expérience a été amère pour lui. Aucun supporter ne dira le contraire.

En effet, après une première saison prometteuse, l’attaquant alors âgé de 33 ans se blesse. Jusque là rien d’anormal, sauf qu’un désaccord avec le staff lyonnais autour du protocole de soin le privera de sa seconde saison dans son intégralité.

Après avoir résilié son contrat à Lyon, Elber rejouera une petite trentaine de matchs entre l’Allemagne et le Brésil. En termes de gestion de blessure, Giovane Elber reste probablement l’un des plus gros échecs de l’histoire du club. Sauf qu’il y a eu John Mensah.

John Mensah, avec un maillot du Ghana donc pas blessé. Crédit Makeroadssafe

Arrivé à Lyon en juillet 2008 en provenance de Rennes pour plus de 8 millions d’euros, l’international ghanéen John Mensah semble tout avoir pour s’imposer.

A deux exceptions près, comme le staff d’un Claude Puel fraîchement arrivé ne tardera pas à s’en rendre compte : il est fragile. Et, par extension, très moyen.

Baladé à tous les postes défensifs, notamment latéral gauche où ses limites explosent au grand jour, il est, en outre, victime d’injures raciales, au cours d’un Lyon-Le Havre de février 2009 au cours duquel il pète les plombs et est expulsé sur un tacle incontrôlé. Bref, il a tout pour être dans le dur psychologiquement.

Face à ses rechutes à répétition, Lyon décide de l’envoyer à Sunderland (Angleterre), en prêt, dès la saison suivante. Pas de chance, la fréquence de ses blessures ne diminue pas. Après 2 saisons outre-manche, l’option d’achat automatique de 5,5 millions d’euros n’est pas levée à cause d’un nombre de matchs joués trop limité (26 puis 23).

Malgré une très bonne Coupe du Monde 2010 (il atteint les quarts de finale avec le Ghana), son retour à Lyon en 2011 est calamiteux. L’unique match où il n’est pas blessé, un OL-Caen où tout est à oublier, fait presque regretter Pape Diakhaté aux lyonnais. C’est dire.

Le coup de grâce, celui qui vaut à Mensah de souvent figurer en bonne place dans les classements des pires recrues de l’histoire du club, est sans doutes la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2012.

Alors qu’il n’a quasiment pas joué de la saison pour causes de blessures, John Mensah dispute une CAN de haut vol. Capitaine, titulaire à presque tous les matchs, il marque deux buts et se hisse jusqu’en demi-finale, face à l’étonnante Zambie d’Hervé Renard (futur champion).

Il revient à Lyon blessé et reste indisponible jusqu’à la fin de la saison. Il quitte finalement les bords du Rhône en 2012, après deux prêts infructueux et seulement 18 (presque tous mauvais) matchs avec l’OL.

Souvent qualifié de « maudit », notamment dans la presse africaine, Mensah reste une énigme pour le football. Et, bien malgré lui, l’un des fondateurs du mythe des blessures inexplicablement fréquentes chez les joueurs lyonnais.

On achève bien les chevaux blessés

Une blessure peut faire la différence entre une grande carrière et pas de carrière du tout. Celle de Gourcuff a été ruinée, celle d’Elber s’est mal terminée, celle de Grenier a peut-être été prématurément gachée.

Ce qui est étonnant chez Gueïda Fofana, c’est que personne n’en a jamais dit du mal. De la moquerie à l’agacement, les blessures longues, stupides ou répétées provoquent pourtant souvent des réactions.

Celles-ci partent des dirigeants et ont tendance à se répandre chez les joueurs et les supporters, Mensah et Gourcuff en sont d’excellents exemples.

Rien de tout ça chez Gueïda, comme si tout le monde avait saisi d’entrée que sa blessure n’était pas comme les autres. Son seul discours a toujours été un « je bosse et j’espère revenir » parfaitement coordonné avec le staff et les dirigeants. De leur côté, ceux-ci ont eu le mérite de ne jamais montrer d’impatience, ni à le voir revenir à tout prix ni à le voir arrêter.

Toute proportion gardée, sa retraite ravive le souvenir du décès tragique de Marc-Vivien Foé, sur la pelouse de Gerland, le 26 juin 2003. Parce qu’à une échelle différente, les deux événements rappellent à chacun à quel point un destin, une carrière ou une vie peuvent tenir à peu de choses.

À bientôt 26 ans, Fofana ne jouera plus au football mais rien n’exclut qu’il puisse encore y jouer un rôle, à Lyon ou ailleurs. Dans la série du running gag des blessures lyonnaises, il restera sans doute la plus mauvaise blague, celle qui est allée trop loin jusqu’à ne plus faire rire personne.

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Loïc Masson
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