Société 

Vincent Verzat, YouTubeur écolo des actions de désobéissance civile

actualisé le 24/01/2017 à 14h29

Il vit à Lyon, la même ville qu’Enjoy Phoenix. Les deux ont en commun les vidéos affichant plusieurs centaines de milliers de vues.
Mais plutôt que des tutos beauté, Vincent Verzat a choisi de faire dans la sauvegarde de la planète et des humains qui vivent dessus.

Vincent Verzat habite à la Guillotière, en collocation dans un appartement vieillot. Entrer chez lui, c’est pénétrer chez de nombreux militants écolos lyonnais.
Son électricité est renouvelable, elle vient d’Enercoop. Ses légumes sont locaux, ils viennent de l’Amap du coin de la rue. Son vélo trône dans la chambre, il a remplacé la voiture.

Mais à 26 ans, il a décidé de ne pas en rester à ce quotidien-là.

« Nous sommes la dernière génération à pouvoir éviter le changement climatique ».


L’ « éducation à la paix » via la vidéo en ligne

Depuis un an et demi, depuis qu’il a décidé de s’installer à Lyon pour rejoindre son frère, celui qui est originaire du Pays de Gex (dans l’Ain) a été de toutes les actions sur le climat. C’est lui qui en produit les vidéos :

Petit polo, cheveux coupé court et sourire de beau gosse, Vincent Verzat n’a pas le profil de l’emploi. Le changement est même radical pour celui qui n’avait pas fait une seule manif de sa vie. Sans formation militante, il ne débarque pas pour autant sans bagage dans le milieu. Il dit qu’il a « toujours été sensible à la question du changement climatique ».

« J’étais à RIO+20 représenter Cambio Democratica, une ONG bossant pour la prévention des conflits liés au changement climatique et à l’exploitation des ressources. Je suis allé creuser la question de manière académique pendant mes études à Genève, mais je suis réellement passé à l’activisme avec ANV COP21 (action non-violente COP21, la branche activiste d’Alternatiba, ndlr). »

Il doit également une grande partie de sa formation sur le sujet à sa famille : un frère ingénieur chez négaWatt et une soeur « vulgarisatrice » scientifique à Montréal.

Après des études à l’IHEID (l’Institut de hautes études internationales et du développement) de Genève, il voulait développer « l’éducation à la paix », via la vidéo, sa passion depuis ses treize ans. En mettant un pied dans la porte de l’Université de la paix créée par l’ONU au Costa Rica, il est parvenu à décrocher un premier contrat.


Le vidéaste de la COP21 à Paris

De retour en France, à peine ses valises posées à Lyon, il tourne sa première vidéo en septembre 2015 pour l’étape lyonnaise du tour Alternatiba. Sa vidéo tape dans l’oeil des organisateurs. C’est le début de l’histoire.

« J’ai eu leur confiance car ils n’avaient pas à m’expliquer longtemps les raisons de la lutte ».

Il monte à Paris pour une action de désobéissance civile contre Total. Une première pour lui.

C’est au moment de la COP21, toujours à Paris, qu’il devient l’un des vidéastes « officiels » du mouvement pour la justice climatique.
Sa première vidéo est repérée par le mouvement d’origine américaine 350.org https://350.org/how/ (à l’origine notamment de la campagne mondiale de désinvestissement dans les énergies fossiles) qui lui achète. Elle est vue 200 000 fois.

Pour la clôture de la COP21, sa vidéo « Ligne Rouge » du 12 décembre, produite en 9h le jour même et vendue à 350.org, est vues à ce jour 923 000 vues en anglais sur Facebook.

Le principe est toujours le même : vidéos courtes, rythmées par de l’électro. Elles s’habillent des caractéristiques de clips musicaux ou publicitaires.

Les ONG ANV-COP21 ou 350.org le missionnent pour filmer des actions non-violentes de désobéissance civile, dans le cadre de la campagne internationale « Break free » contre les énergies fossiles.

En avril à Pau, ils tournent trois vidéos des militants qui tentent le blocage. La vidéo du premier jour est vues 500 000 fois.

En mai, dans l’est de l’Allemagne, il filme avec sept autres activistes-vidéastes 2 000 militants qui bloque nt la production de lignite, l’énergie fossile la plus polluante. L’opération est baptisé « Ende Gelände 2 » (jusqu’ici pas plus loin) et clôt la campagne « Break free ».

La vidéo est vue 1,4 millions de fois.

Comme il le dit lui-même, ce sont des images de propagande qui « font honneur à toute l’énergie mise dans l’action » plus qu’elles ne transmettent un message construit et développé.

« Je suis hyper fier quand j’ai fini une vidéo et que je vois les activistes se lever et applaudir. Le mouvement climat est un jeune mouvement. Il faut célébrer les victoires ».

Il a trouvé aussi de l’embauche chez les Verts suisses pour leur campagne de sortie du nucléaire : « Patatras Nucléaire » (230 000 vues) et « Désintox Nucléaire » (230 000 vues).

Cet automne, il a continué à produire les vidéos officielles du mouvement ANV-COP21. Pour un appel aux dons ou pour lancer la campagne des Faucheurs de chaises.


Après les attentats de Paris, il se fait YouTubeur

Entre deux missions, quand ça le prend « aux tripes » et que la frustration est trop grande, il fait de la vidéo dans sa chambre.
Sa première vidéo a été écrite puis tournée dans sa chambre.

Une semaine après les attentats de Paris du 13 novembre, il vitupère contre « François Hollande le chef de guerre ». Un ami lui rentre dans le lard sur l’air « qu’est-ce que tu as à proposer ? »
Dans la nuit, il décide de lui répondre en écrivant un post Facebook. Mais il le trouve trop long et le transforme en vidéo. En moins de 24 heures, la vidéo est en ligne
Il reprend les codes d’un YouTubeur comme Norman et la rapidité des épisodes de Bref.
Devant son lit et son bureau, il joue ainsi plusieurs personnages et s’essaye aux punchlines :

  • « Il faut prendre le problème par le bout de la kalach’ »
  • « Si on sort du pétrole, on tarit les sources de la guerre »

 

800 000 vues sur facebook en une semaine et sera partagée 20 000 fois. Il reçoit une centaine de messages. Bref, il a réussi son coup de gueule.


YouTubeur anti-Hollande, pour la transition écologique

Depuis sa première vidéo face caméra, il y a un an, il déroule son discours. Quatre jour après sa première vidéo, il remet ça. Il tape sur François Hollande, qu’il qualifie de « Rambo » lorsqu’il remet les insignes de la Légion d’honneur au roi d’Arabie Saoudite. Lui, voudrait un président qui à une « vision d’avenir ». Et il a « un plan », la transition écologique.

Avec des punchlines qui ne font toujours pas dans la dentelles :

« L’Arabie Saoudite, c’est Daesh qui a réussi ».

Cette vidéo de vulgarisation des travaux de Gaël Giraud, chercheur au CNRS sur le changement climatique fait tout de même 190 000 de vus sur facebook.

Il se veut pédagogue, avec des vidéos plus longues de dix minutes pour développer ses idées, avec toujours le même style et des formules à recherche de l’humour :

Les « projets double-double débile » pour qualifier l’aéroport Notre-Dame-des-Landes et l’A45 : « Tu as déjà une autoroute qui relie Saint-Etienne à Lyon, tu en construit une autre à côté ».

Dénoncer, c’est bien beau, mais que propose-t-il ? Beaucoup lui font ce reproche.
Résultat, il a tourné des vidéos pour développer cette idée de la transition écologique. Avec toujours la recherche de la punchline :

  • « L’emballement climatique, c’est comme une machine à laver que tu as lancé pour tu blanc et que tu t’aperçois que tu as mis ton caleçon rouge. »
  • Pour s’attaquer aux entreprises qui exploitent les énergies fossiles, il opte pour le « PPP » pour « tu pollues, tu pues, tu payes ».

Sa vidéo « T’emballe Pas! » du mois de mai affiche 457 000 sur Facebook.

Malgré les nouvelles du monde peu réjouissantes, il veut rester positif. Pour la rentrée de septembre, il a vulgarisé un texte d’une trentaine de pages du WWF « qui donne la pêche ». Une vidéo intitulée du « Rouge au vert ».

S’il s’appuie sur des sources scientifiques retravaillées par des ONG, il préfère tout de même faire relire ses textes par son frère qui travaille chez négaWatt.

« Je m’improvise YouTubeur car il n’y a personne d’autre pour accepter de passer devant la caméra pour faire passer ce message avec humour ».

Vincent Verzat, activiste, vidéaste et YouTubeur dans sa chambre, photographié dans le contre-champ. ©LB/Rue89Lyon

Vincent Verzat, activiste, vidéaste et YouTubeur dans sa chambre, photographié dans le contre-champ. ©LB/Rue89Lyon


Une petite entreprise militante

En un an, il a réussi à vivre de sa passion et de son militantisme.
Il touche 1 300 euros environ. Et une ONG comme Greenpeace, la référence en matière d’action spectaculaire, l’a contacté pour filmer prochainement ses activistes.

« C’est une démarche entrepreunariale », n’hésite-t-il pas à dire.

Son site Internet est orienté dans ce sens.

Pour lui, cela consiste à filmer des actions mais aussi à proposer des projets aux ONG.
Et il affirme que, dans ce secteur non-marchand, il y a de l’argent :

« Il faut imaginer des collaborations avec plusieurs ONG pour produire des vidéos, comme c’est le cas avec Attac ou ANV COP21. Mais on peut aussi intégrer d’autres partenaires comme les collectivités ».

C’est tout ce qu’il développe autour de la communication non-violente :

« Devant la quasi-certitude du changement climatique, je me sens l’envie de faire connaître les moyens pour transformer les conflits qui émergeront forcément de ces changements, et prévenir leur explosion vers la violence. Les conflits sont inévitables, la violence ne l’est pas. »

Dans un docu-portrait sur un ancien braqueur, il parle de cette approche. La commande dont il est « le plus fier », affirme-t-il.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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