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En s’installant à Gerland, le LOU Rugby joue-t-il à la roulette russe ?

actualisé le 23/01/2017 à 18h49

Samedi 21 janvier, le club de rugby lyonnais jouera son premier match à Gerland. Un stade et une enceinte en cours d’aménagement pour être taillé pour le rugby. Un nouveau costume dans lequel le LOU Rugby va flotter ?

La prédiction est un jeu dangereux. S’aventurer dans le futur, seuls les sondeurs, Météo France, Elisabeth Tessier ou Jacques Attali s’y risquent. Tous se sont vautrés un jour. Dire alors que l’arrivée à Gerland du LOU pour le faire grandir est en réalité la marche trop haute qui le fera retomber serait malhonnête.

Elle n’est toutefois pas sans risque et représente plusieurs défis pour le club de rugby de Lyon.

1) Faire de Gerland un stade de rugby

Le changement est radical pour le club. Peu de temps en arrière, les supporters du LOU se rendaient au stade Vuillermet dans le 8e arrondissement, pour voir leur équipe batailler contre d’obscures formations de campagne ou de grands clubs déchus qui végétaient dans l’antichambre de l’élite.

Ils vont désormais quitter Vénissieux et son stade démontable de 11 000 places construit en 80 jours posé en bord de périph, pour le stade de Gerland, ses 40 000 places, son enceinte, son métro et son histoire. Côté charisme, le club y gagne largement. À côté du stade Gerland, le Matmut Stadium de Vénissieux fait autant d’effet qu’un Castorama.

Mais les supporters du LOU n’étaient pas très chauds à l’annonce de ce nouveau déménagement. Ils aiment sa taille de stade de sous-préfecture et la proximité qu’il offre avec le terrain, les voisins, la buvette et les joueurs. Il faudra donc pour le club parvenir à faire aimer le nouveau Matmut Stadium (nom officiel désormais du stade de Gerland). Surtout qu’il sonnera creux.

Pour réduire la capacité du stade, les virages seront fermés et ont été habillés aux couleurs du club et du généreux sponsor qui donne désormais son nom au stade imaginé par Tony Garnier. Jusqu’à la fin de la saison en cours, seules les tribunes latérales seront accessibles, pour une capacité maximale de 18 000 places.

Pour les rencontres du LOU Rugby les virages sont fermés pour réduire la capacité du Matmut Stadium. Photo BE/Rue89Lyon

Pour les rencontres du LOU Rugby les virages sont fermés pour réduire la capacité du Matmut Stadium. Photo BE/Rue89Lyon

Des travaux vont être entrepris pendant quatre mois à partir du mois de mai prochain pour rapprocher les spectateurs du terrain. La fosse située entre la pelouse et les tribunes latérales va être supprimée pour les rapprocher du terrain. Les gradins seront dans le même temps surélevés. L’objectif est d’accentuer leur inclinaison.

La saison prochaine les spectateurs s’assiéront donc sur des tribunes rehaussées de 1,5 à 2 mètres. La capacité passera alors à 14 000 places.

Derrière les poteaux, côté virage, des places en pesage (debout en bord de terrain) seront disponibles pour porter la jauge minimale à 16 000. En cas de grande affluence, les virages bas seront ouverts pour atteindre 24 000 places. Le club possède désormais une capacité d’accueil comparable à celle des enceintes du Stade Toulousain, Clermont-Ferrand ou encore du Stade Français à Paris.

Les spectateurs ne devraient donc plus être très loin du terrain… ni des buvettes.

Dans l’enceinte du stade, vers l’entrée côté avenue Jean-Jaurès, le club a construit de nouveaux espaces d’accueil. Des buvettes seront présentes mais surtout une grande brasserie et un espace de réception, le « village », pour les après-matchs. Des lieux qui font double emploi puisqu’ils seront ouverts en dehors des matchs pour servir le modèle économique du club.

2) Le LOU tient lui aussi son « outil »

La brasserie du LOU Rugby dans le nouvel espace de réception dans l'enceinte du Matmut Stadium. Photo BE/Rue89Lyon

La brasserie du LOU Rugby dans le nouvel espace de réception dans l’enceinte du Matmut Stadium. Photo BE/Rue89Lyon

« Il faudra donner envie de venir voir les matchs mais aussi de venir manger à la brasserie, explique Yann Roubert le président du LOU. Le village a déjà accueilli des évènements comme les vœux de la CNR ou de Seb. Pour ça, le Matmut Stadium de Gerland est un formidable outil ».

L’Olympique Lyonnais et Jean-Michel Aulas qualifient souvent leur nouveau grand stade « d’outil ». Un équipement accueillant du sport mais pensé pour développer un modèle économique. Pas de jaloux, le rugby a désormais son « outil » à Lyon.

Au risque de faire dresser le poil aux nostalgiques du sandwich saucisse-oignons-moutarde à 5 euros à la sortie du métro Gerland et du charme du vieux stade.

Son nouveau stade doit donc permettre au LOU de changer de dimension et bouleverser son modèle économique. Il quitte un stade et des installations de rugby pour (re)créer un « lieu de vie » à l’activité économique quotidienne et tournée également vers l’évènementiel.

L’actionnaire majoritaire du club et artisan du projet n’est autre qu’Olivier Ginon, patron de GL Events qui doit débourser pour l’occasion près de 66 millions d’euros d’investissements sur la durée de la concession (60 ans). C’est d’ailleurs ce qui avait fâché tout rouge l’ancien manitou des lieux, Jean-Michel Aulas, furieux de voir un petit Parc OL se mettre en place après son départ.

Olivier Ginon n’a pas caché qu’il souhaiter accueillir des évènements à l’intérieur du stade. Pour calmer le patron de l’OL, il a été décidé dans la conversation à trois avec Gérard Collomb, maire de Lyon, que 5 spectacles par an soient autorisés dans le stade.

Au-delà, la mairie devra donner son aval. Pour l’heure, aucun grand évènement n’est prévu selon Yann Roubert.

L’enjeu pour le LOU est assez périlleux : ne pas se perdre en prenant costume trop grand pour soi. Yann Roubert le répète comme un élément de langage :

« C’est une jolie condamnation à réussir. On est là pour 60 ans, c’est un investissement conséquent, c’est ultra engageant.»

3) Créer un nouveau modèle ?

Si les résultats sportifs ne suivent pas pour un club habitué ces dernières années au yoyo entre Top14 et ProD2, le stade et son coût ne doivent pas être un poids financier qui l’entraîne par le fond.

Pas très loin d’ici, à Grenoble, le club de rugby se demandait l’été dernier s’il n’allait pas retourner dans son vieux stade face au coût trop élevé que constitue pour lui le stade des Alpes construit pour l’équipe de foot aujourd’hui disparue des radars de l’élite.

La location du stade lui coûte 800 000 euros par saison (ce que payait aussi l’OL à la Ville de Lyon pour Gerland), c’est beaucoup pour un club qui lutte pour le maintien cette année.

Pour le LOU, le loyer négocié avec la mairie de Lyon est moins onéreux : 300 000 euros la saison avec une augmentation au fil du temps et une redevance variable sur le chiffre d’affaires tiré des activités extra-sportives accueillies à Gerland.

« À la différence de Grenoble, on va porter tous les investissements, l’entretien du stade comme de la pelouse et le fonctionnement est à notre charge. C’est un schéma différent », précise le président du club.

Comme rentrée d’argent, le club peut compter sur un contrat de naming revu à la hausse avec la Matmut. Le club percevra 2 millions d’euros par saison pendant dix ans, soit 20 millions d’euros. La Ville de Lyon, propriétaire des terrains, va également verser au club près de 10 millions d’euros au titre de la résiliation du bail emphytéotique et des investissements pas encore amortis réalisés dans le Matmut Stadium de Vénissieux. Une disposition prévue dans le bail liant les deux parties.

Pour créer un cercle vertueux et éviter les déconvenues, les volets sportif et économique sont étroitement liés. L’un doit donc soutenir l’autre. Il n’y a qu’à voir les complaintes du président du Stade Toulousain privé des recettes de grandes rencontres au Stadium de Toulouse au moment où son équipe n’est pas au mieux financièrement et sportivement.

Olivier Ginon semble toutefois vouloir porter le club en privilégiant en premier lieu le volet économique. A la différence de clubs « nouveaux riches » (mais pas sans passé) comme le RC Toulon ou le club de Montpellier portés par des mécènes qui ont construit des équipes de stars mais qui restent étroitement liés à eux.

Au LOU, le projet actuel n’aurait sans doute pas été possible sans Olivier Ginon et sa surface financière mais il entend installer un modèle économique qui pourrait peut-être lui survivre.

4) Un enjeu sportif : ne plus revoir Agen ou Aurillac

Cette saison, le LOU semble enfin sur la voie d’une grande première dans son histoire récente : se maintenir après la montée en Top14. Un objectif qu’il n’était jamais arrivé à atteindre ces dernières années malgré un recrutement parfois conséquent.

Bien entendu le club espère « franchir les étapes calmement », « une étape chaque année » selon les formules convenues. Dans l’immédiat l’ambition n’est pas d’être champion d’Europe mais de s’installer durablement dans l’élite du rugby français. En somme, ne plus revoir la ProD2 et ses déplacements excitants un soir de décembre à Aurillac ou Agen.

« Le sportif doit drainer le reste de l’économie et créer un cercle vertueux. Notre meilleur marketing pour remplir le stade sera de gagner des matchs », explique de façon un peu convenue Yann Roubert.

Les activités extra-sportives sont donc pensées pour soutenir le développement sportif du club. Des moyens qui permettront de soutenir la formation du club et peut-être de recruter dans le haut du panier et pas forcément quelques vieilles gloire.

Ce fut parfois le cas ces dernières années avec un succès parfois mitigé notamment pour réussir à se maintenir en Top14 dans le passé.

5) Faire vivre le quartier de Gerland

« Avec notre arrivée, c’est un stade qui doit redonner vie au quartier ».

Pour Yann Roubert, le stade doit devenir un « lieu de vie ». A partir de février tout le secteur sportif sera regroupé dans l’enceinte du stade. Toutes les activités du club seront regroupées sur le site. Au-delà des jours de match, le président entend animer le quartier au quotidien par l’activité du club et des espaces de réception.

Les commerçants du quartier semblent se réjouir de l’arrivée du LOU. Heureux, pour certains de voir l’OL partir à Décines, ils voient plutôt d’un bon œil les supporters de rugby perçus comme plus calmes et meilleurs payeurs. Mais aussi moins nombreux pour ne pas trop créer l’anarchie dans la circulation et le stationnement du quartier.

Mais avec des espaces de réception, des brasseries et des buvettes toutes concentrées dans l’enceinte du stade, les jours de match vont-ils drainer beaucoup de clients vers les commerces du quartier autant que pour le foot ? Difficile à dire pour le moment mais il n’est pas certain que les retombées économiques soient si automatiques. La tranquillité, peut-être.

Son installation à Gerland marque toutefois le véritable ancrage du sport dans cette partie du quartier de Gerland en attendant l’installation de la Tony Parker Académie et pourquoi pas la nouvelle salle de basket de l’équipe féminine du Lyon Basket Féminines qui lorgne sur le spot.

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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