Politique 

Gérard Collomb, ses revenus, ses emmerdes

actualisé le 12/01/2017 à 09h06

Parler du train de vie des politiques, de leurs revenus et autres indemnités d’élus, c’est ce qu’on appelle un sujet bankable. Ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il est racoleur, car il pose la sempiternelle mais intéressante question, notamment en France, de la rémunération de l’action politique, de ce que cela puisse la vider de son sens en enrichissant les élus. Ou alors de ce que cela lui donne le cadre/confort nécessaire.

Gérard Collomb a fait les frais du succès d’un papier de ce type, écrit à la suite d’un déjeuner dédié à la présentation de ses voeux à la presse, ce vendredi 6 janvier. De tradition, le maire PS de Lyon fait dresser chaque début d’année une grosse dizaine de tables dans la salle de réception de l’hôtel de ville et il passe à trois d’entre elles, commençant le repas avec foie gras + agence de presse et Le Progrès, par exemple, et le terminant avec entremet poire + Rue89Lyon et Tribune de Lyon, entre autres.

Ce n’est pas après deux ou trois verres de vin que Gérard Collomb s’est lâché, mais au début du repas. Le Point rapportait alors dès vendredi après-midi les soucis rencontrés par l’élu. Gérard Collomb s’est plaint du nouveau règlement intérieur du Sénat qui pénalise désormais financièrement l’absentéisme. Il oblige depuis quelques mois les sénateurs à être présents au travail en commission, aux questions d’actualité au gouvernement, ainsi qu’aux votes solennels.

Ce qui pose évidemment des difficultés de taille à un élu qui cumule les mandats de maire de Lyon, président de la Métropole de Lyon et de sénateur du Rhône. Le super-édile a donc été sanctionné en 2016, suite à une absence justifiée par un voyage en Algérie.

« Mes revenus sont plafonnés, je ne touche donc rien en tant que maire de Lyon et président de la métropole, je suis donc tombé à 4000 euros par mois ».

Il a décrit, toujours lors de ce déjeuner :

« Il est impossible de prévoir quels jours on doit être à Paris, car on ne sait pas d’une semaine sur l’autre quand se feront les votes solennels. Impossible dans ces conditions d’organiser un agenda. »

Un « vrai cauchemar », selon les termes de ce maire très occupé. Les propos repris et ramassés sont devenus dans certains titres de presse, « Gérard Collomb vit un « cauchemar depuis que son salaire a été réduit à… 4000 euros ». Ils ont ainsi tourné sur les réseaux sociaux où l’on a moqué ce qui est passé pour une complainte de boutiquier choquante et déplacée.

Gérard Collomb n’a jamais caché qu’il soutenait ferme le cumul des mandats, estimant qu’un ancrage local pour un parlementaire est même nécessaire à la bonne pratique de son exercice politique. Le Point a d’ailleurs aussi rapporté sa position :

« Dans ces conditions, on n’aura plus comme sénateurs que des mauvais, des apparatchiks de partis et des retraités. »

Combien gagnez-vous, Gérard Collomb ?

La réalité des revenus de Gérard Collomb et d’autres élus du territoire a déjà fait l’objet d’articles dans la presse locale.

Mais c’est le Progrès qui revient ce mercredi sur les protestations du maire en titrant « Non, Gérard Collomb n’est pas « tombé » à 4000 euros ! », redonnant donc la réalité des revenus de cet élu lyonnais qui n’attendait pas tant de promo en ce début d’année.

En réalité, la sanction financière du Sénat à l’encontre de son élu du Rhône s’est élevée à 710,02 euros par mois (une somme qui correspond à 50 % de l’indemnité de fonction de 1420,03 euros) durant seulement un trimestre. Gérard Collomb a par conséquent conservé durant l’année 2016 la majeure partie de ses revenus, soit
8 982,04 euros mensuels.

Ce qu’a déclaré le maire de Lyon à la table du déjeuner de vendredi est en effet « une erreur », concède son entourage qui assure que le premier édile n’a jamais caché ses revenus.

Si l’on fait l’addition, les mandats de maire, de président de la Métropole et de sénateur aboutissent à un total de 19 295,01 euros bruts par mois (ainsi répartis : 8268,20 euros mairie + 5512,13 euros Métropole + 5 514,68 euros Sénat). Mais le montant global des indemnités des élus est plafonnée par la loi, à 8 272,02 euros bruts mensuels.

Toutefois, comme tous les parlementaires (c’est à dire les élus siégeant au Sénat et à l’Assemblée nationale), Gérard Collomb perçoit une indemnité de fonction de 1420,03 euros par mois, ainsi qu’une indemnité pour frais de mandat (IRFM) de 6037,23 euros par mois, nette d’impôts et qui suscite en tant que telle des grincements de dents.

Le Progrès rappelle que Gérard Collomb touche aussi une retraite d’agrégé de l’Éducation nationale (estimée à environ 3500 euros par mois).

« GC » blessé par la « polémique »

Le barouf n’a cessé de s’amplifier depuis vendredi. La droite lyonnaise d’opposition a été longue à la détente, et Stéphane Guilland (président du groupe “Les Républicains & Apparentés, Ensemble pour Lyon”) a fini par s’offusquer ce mardi :

« Peut-on en ces temps de budgets contraints décemment se plaindre de voir ses indemnités d’élu baisser pour cause d’absences ? Franchement où est le scandale dans la diminution d’une indemnité pour un mandat qui n’est pas fait avec sérieux ? »

A Lyon Capitale, l’entourage du maire de Lyon déclarait ce début de semaine :

“Lors du déjeuner des vœux à la presse, Gérard Collomb a eu une discussion sur les voyages à l’étranger et a déclaré qu’il ne partirait pas cette année parce qu’il a déjà été sanctionné par le Sénat pour son voyage en Algérie. Mais Gérard Collomb ne s’est plaint, ni de son salaire, ni d’avoir été sanctionné. Les propos ont été pris dans un contexte particulier alors que Gérard Collomb ne cache rien de ses rémunérations, mais parlait plutôt du fonctionnement des institutions”.

Gérard Collomb a fini par donner de la voix directement, via sa page Facebook et de façon très lapidaire :

« Non, je n’ai jamais voulu alerter sur ma situation personnelle. En d’autres termes : je ne me suis jamais plaint de mon salaire.
Si j’ai parlé de « cauchemar », c’était pour qualifier la gestion de mon agenda. Je suis issu d’un milieu modeste, fils d’ouvrier, et de femme de ménage. Je ne l’ai jamais oublié et j’ai été blessé par cette polémique injuste ».

Il a même sobrement signé le post de ses initiales, un tout personnel « GC », ce qui ne se fait habituellement pas sur sa propre page.

“Désormais, l’agenda de Gérard Collomb est bien calé sur les nouvelles modalités du Sénat”, a également déclaré l’entourage du maire de Lyon. Ce qui ne doit pas être une mince affaire, avec un chef de cabinet tout juste parti de la Métropole de Lyon pour se dédier de façon plus franche à la campagne d’Emmanuel Macron.

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L'AUTEUR
Dalya Daoud
Dalya Daoud
Redchef à Rue89Lyon.
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