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Psychanalyser la ville de Lyon, au travers de vos témoignages de rue

L’Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine (ANPU) a un nom qui ne vous dit probablement rien. Pourtant, la bande de docteurs n’est pas passée inaperçue la semaine dernière dans les rues de Lyon.

Dans le cadre d’une exposition prévue pour octobre 2017, les musées Gadagne les ont missionnés pour interroger les passants, dans le but de connaître leur vision inconsciente de la ville. Une forme d’opération de psychanalyse, dans la street.

Vêtus de longues blouses blanches, les membres de l’association ont déplié une vingtaine de transats verts, entre midi et deux, une première fois à Perrache, une seconde fois à La Part-Dieu.

Leur mission : psychanalyser la ville de Lyon.

Près de 200 passants se sont ainsi succédé sur les divans de fortune de l’Agence pour dresser le portrait chinois de leur ville. Si Lyon était une chanson, si Lyon avait un père et une mère, si Lyon était un animal…


Opération Lyon sur un divan

Des questions pas si anecdotiques

Autant de questions à priori anecdotiques ou encore relativement absurdes, mais qui en disent pas mal sur l’image que les riverains ont inconsciemment de leur ville.

Fabienne Quéméneur, de l’ANPU, explique l’intérêt scientifique de la méthode :

« Nos questions sont en fait relativement classiques. Au fond, quelle est la différence entre « Qu’est-ce qui manque à votre ville » et « Que voudrait votre ville pour son anniversaire » ? L’avantage du portrait chinois, c’est que les réponses sont à la fois symboliques et spontanées. Après, à nous de trifouiller dans ce qu’on obtient. »

L'ANPU a interrogé des Lyonnais aux Terrasses de La Part Dieu, entre 12h et 14h le 6 décembre dernier. ©ANPU

L’ANPU a interrogé des Lyonnais aux Terrasses de La Part Dieu, entre 12h et 14h le 6 décembre dernier. ©ANPU

En plus des « habitants lambda », l’ANPU sollicite également des « experts » pour diagnostiquer les villes : des historiens, des urbanistes, des politiques, des journalistes… Des entretiens beaucoup plus longs que ceux menés à La Part Dieu et à Perrache, qui n’ont duré eux pas plus d’un quart d’heure.

L’ANPU espère proposer un regard « à la fois décalé et sérieux » sur l’histoire d’une ville. C’est ce qui a plu aux musées Gadagne, les commanditaires de la prestation. Une séance de psychanalyse dont le prix varierait de 10 000 euros à 100 000 euros, si l’on se fie à un article de L’Express de 2013.

En presque 10 ans d’existence, l’Agence a rarement travaillé directement avec des musées. En attendant l’exposition d’octobre 2017, personne ne sait encore quelle forme prendront exactement tous ces témoignages de Lyonnais, ni quelle réalité ils sont censés recouvrir.

Villeurbanne, un Goldorak en érection ? Mais oui…

D’ici là, l’Agence devrait autopsier d’autres villes. Depuis sa création, une soixante de lieux en France et dans le monde sont déjà passés sur le divan : des départements, comme les Côtes d’Armor, des îles, comme l’Ile de Ré, des capitales comme Londres, Tunis ou Bruxelles…

Les analyses de l’ANPU intéressent avant tout les élus. Ainsi, il y a plusieurs années, le conseil municipal de Villeurbanne assistait à une conférence de l’Agence, comme le montre cette vidéo ci-après, où l’analyse, fondée de façon humoristique sur l’observation d’un quartier de la ville, aboutissait à la conclusion peu sérieuse que Villeurbanne est un… Goldorak en érection. Mais oui.

Pour mieux se rendre compte de l’intérêt de ces prestations, on peut surtout regarder la vidéo ci-après concernant le cas Drôme-Ardèche :

Si la forme de ces conférences prête donc parfois à sourire, le constat final doit être rigoureux, développe Fabienne Quémeneur :

« Il y a des villes qui n’ont pas traité leurs traumatismes du passé. Par exemple, Marseille a toujours été critiquée par les cités voisines. On pense que ça vient du 18ème siècle, au moment où Marseille a été le point de départ de la peste.

Au contraire, certaines villes ont traité leurs traumatismes, comme Drancy. Grâce au devoir de mémoire, aux musées, Drancy s’est remise de son histoire durant la Seconde Guerre mondiale. Et ses habitants sont biens dans leur ville. »

Pour ce qui est des conclusions concernant la ville de Lyon, il faudra donc attendre octobre 2017 pour les connaître.

>> En attendant, on vous invite à consulter les questions posées par l’Agence et à y répondre, pour satisfaire notre curiosité !

Si Lyon était un fruit ou un légume…

Si Lyon était un animal…

Jusqu’où le Grand Lyon est-il le roi de la Savane, son territoire a-t-il des limites ?

Si Lyon avait un défaut…

Si Lyon avait une qualité, même une seule…

Si Lyon avait un âge comme s’il était un être humain…

Si Lyon était une chanson…

Si Lyon pouvait se résumer dans le titre d’un film…

Si Lyon était un cours d’eau…

Si Lyon avait un ennemi…

Quel est le mal mystérieux dont souffre Lyon ?

Si Lyon avait un père et une mère…

Qu’est ce qui ferait plaisir à Lyon pour son anniversaire ?

Si Lyon était un dicton…

Pourriez-vous dessiner Lyon ?

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