Environnement 

Radiateur connecté et toilettes sèches publiques : deux innovations du salon Pollutec qui pourraient changer votre quotidien

actualisé le 02/12/2016 à 12h07

Dans l’immense « salon de l’environnement » Pollutec, c’est la foire aux multinationales qui viennent exposer leurs innovations, sur fond de green-washing.

A Eurexpo, il y a aussi quelques petites sociétés qui tentent de se faire une place. Nous sommes allés à la rencontre de deux d’entre elles qui comptent changer vos toilettes publiques et vos radiateurs.

1. Un radiateur qui consomme l’énergie la moins chère

A priori, on a affaire à un chauffage comme beaucoup d’autres. Pourtant, il dispose d’une caractéristique particulière : une batterie connectée permettant de faire des économies de prix et d’énergie. Un de ses créateurs, Gilles Moreau, directeur technique chez Lancey, explique son fonctionnement :

« Quand l’électricité n’est pas chère – par exemple la nuit – la batterie du radiateur va se remplir d’énergie. Quand le prix de l’électricité augmente – par exemple entre 18h et 20h, pendant le fameux pic de consommation – le chauffage va utiliser l’énergie moins couteuse récoltée la veille par la batterie connectée. »

Quand la batterie n’a plus d’énergie, au bout de deux heures d’utilisation, le radiateur se « rebranche » sur le circuit électrique classique. De son côté, l’utilisateur n’a rien à faire, à part connecter son radiateur à sa box wifi et régler la température des pièces de sa maison depuis son smartphone.

Gilles Moreau (à droite) et Raphael Meyer, deux des créateurs du radiateur intelligent de Lancey.

Gilles Moreau (à droite) et Raphael Meyer, deux des créateurs du radiateur intelligent de Lancey devant leur produit.

Ce procédé « réduirait de 30% la consommation d’énergie », selon l’entreprise Lancey. Fondée en juin dernier, cette start-up grenobloise de sept employés ambitionne de remplacer les « 30 millions de grilles-pains », les vieux chauffages que l’on trouve un peu partout en France. Rien de moins.

En attendant le grand remplacement, une quinzaine de chauffages de ce type ont déjà été installées en Isère, principalement dans des logements sociaux. Le prix du produit, 1000 euros l’unité contre 200 euros pour un radiateur électrique classique, pourrait refroidir certains bailleurs sociaux ou propriétaires privés.

Mais l’autre difficulté concerne le traitement des données. Au vue de la levée de boucliers contre les compteurs Linky d’EDF, le directeur technique de Lancey tente de rassurer les futurs usagers :

« On ne va pas fliquer les gens, ni utiliser les données d’utilisation du chauffage à des fins publicitaires. On a d’ailleurs traité cet aspect avec un juriste pour voire si notre utilisation des données est conforme avec la CNIL. Par contre, on aura besoin des compteurs Linky. »

Ce radiateur s’inscrit donc complètement dans le « réseau électrique de demain », que Lyon et Grenoble ont mis en place entre 2012 et 2016 dans le cadre du projet Greenlys. En avril dernier, Rue89Lyon tirait un bilan contrasté de ces quatre ans de test. Pour l’instant, le radiateur de Lancey est encensé par de nombreux médias (RTL, Le Dauphiné Libéré, Les Échos) et a été choisi parmi les vingts finalistes du concours « Vitrine de l’innovation » par le salon Pollutec.

2. Des toilettes sèches autonomes pour remplacer les WC publics

Des WC qui fonctionnent sans égouts, sans eau et sans électricité, on connaît. Ce n’est pas nouveau. Cela s’appelle des toilettes sèches.

Mais parvenir à créer des toilettes sèches 100% autonomes, c’est l’innovation que la société bien nommée Le Trône a sorti de terre, après un peu plus de trois ans de réflexion. Aujourd’hui, ils comptent implanter leurs toilettes sèches dans un maximum de villes pour remplacer les cabines classiques autonettoyantes.

Leur innovation, baptisée « PhyToilet », a pour concept de réutiliser tout ce qui passe dans les WC. Les sanitaires récupèrent donc deux types de matières : les liquides et les solides.

Les selles, solides, sont lombricompostées, c’est à dire qu’elles sont transformées par des vers de terres en engrais. Un engrais qui servira ensuite à faire pousser des plants disposés autour de la cabine.

Les urines, liquides, sont, elles, filtrées puis réutilisées, soit pour arroser ces mêmes végétaux, soit pour être réemployées dans la cabine. La majeure partie de l’eau circulant dans la cabine provient cependant des pluies.

L’électricité est elle fournie par un panneau photovoltaïque et par un système éolien. Cette énergie permet par exemple de faire fonctionner la ventilation ou encore de prévenir des techniciens par SMS en cas de un dysfonctionnement de la cabine.

Les créateurs Etienne Favé et Eric Terrisson devant une de leurs cabines PhyToilet.

Les créateurs Etienne Favé et Eric Terrisson devant une de leur cabine PhyToilet installée à Rodez. ©DR

Les WC sont testés depuis octobre à Rodez. Mais Etienne Favé et Eric Terrisson, les deux créateurs, assurent que le système fonctionne :

« 150 personnes passent chaque jour dans notre cabine à Rodez. La seule difficulté est psychologique : beaucoup de personnes râlent quand on leur parlent de toilettes sèches. Mais au final, nos WC sont comme tous les autres et les gens sont content en sortant ! »

Le gros problème des toilettes publiques actuelles, c’est le gaspillage d’eau par passage : 20 litres utilisées en moyenne par usager dans les cabines classiques autonettoyantes. Quant aux toilettes écologiques, elles économiseraient « 120 000 litres d’eau par an », selon les estimations de l’entreprise.

Des petites sociétés aidées par leur région

Participer à Pollutec représente « un gros budget » pour les jeunes entreprises comme Lancey ou Le Trône. Chacune à pu accéder au salon,  aidée par leur région, respectivement Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie, aussi bien financièrement que logistiquement. Elles sont installées avec d’autres sociétés locales, dans le stand régional

Mais ces WC autonomes coûtent aussi plus cher à l’achat que les cabines classiques : près de 50 000 euros contre 30 000 euros. Le Trône compte désormais sur la renommée internationale du salon Pollutec pour lancer la commercialisation de ses toilettes.

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