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À Lyon, la ruée vers les hostels

Malgré la force de frappe d’Airbnb, l’hôtellerie se développe à Lyon, avec les ouvertures d’hostels, un mélange d’auberge de jeunesse et d’hôtel classique.

C’est l’un des derniers lieux à la mode de Lyon. Ho36 se loge rue Montesquieu, à la Guillotière.
Mi-septembre, la presse était convoquée pour visiter ce nouveau spot du « Brooklyn lyonnais » (dixit le dossier de presse).

On a alors pu découvrir la transformation de l’ancien Hôtel Montesquieu, connu pour être tenu par l’un des marchands de sommeil les plus réputés du quartier, en un « hôtel nouvelle génération » (toujours selon le dossier de presse). Au rez-de-chaussée, un café décoré vintage. Et dans les étages, des chambres classiques et des dortoirs.

Mais attention, ici, on ne trouve pas de lits superposés à la dure. L’architecture, le design et les matériaux ont été particulièrement soignés et le confort de la literie garantie.

Un concept d’hôtellerie nouveau à Lyon


De la gentrification à la Guillotière
Trois des quatre hostels ouverts ces deux dernières années l’ont été à la Guillotière.
Pour les investisseurs, ce quartier dispose de trois qualités : il est cosmopolite, jeune et, surtout, moins cher que la Presqu’île tout en étant central et dynamique.
De fait, ces hostels participent à la gentrification de ce quartier populaire de Lyon.

Le concept, mélange de chambres d’hôtel classiques et de lits superposés d’auberge de jeunesse, peut sembler original.

En réalité, c’est la quatrième ouverture en deux ans de ce type d’hôtel, nommé hostel. Les voici par ordre chronologique :

À cette liste, on peut ajouter le Cool and Bed ouvert en avril 2012 à Vaise (Lyon 9ème) qui propose uniquement des dortoirs, pour une capacité de 40 lits.

Aujourd’hui, la Métropole de Lyon avance le chiffre de « 500 lits d’hostels » à Lyon intra-muros, si on compte les deux auberges de jeunesse historiques, celle du Vieux Lyon (membre de la FUAJ) et le Centre international de séjour, dans le quartier des Etats-Unis.

Et ça devrait encore augmenter. La Métropole de Lyon estime le besoin à 700 lits supplémentaires. Lesquels pourraient ouvrir « d’ici 2020 ».

David Kimelfeld, premier vice-président (PS) de la Métropole en charge de l’économie, voit d’un très bon oeil le développement de ces initiatives. C’est encore une histoire de concurrence avec les autres villes européennes, comme il nous le décrit :

« Quand on se compare avec les grandes villes européennes, on est largement en deçà. Aujourd’hui, on a à peine 500 lits alors qu’il y en 3 000 à Paris. »

Ces ouvertures d’hostels sont d’autant plus plébiscitées par la collectivité que cela participe au positionnement de Lyon comme destination de « city break ».
C’est d’ailleurs sur ce créneau que veut se placer l’H036. Franck Delafon, l’un des deux associés :

« On l’a vu avec les World Travel Awards, Lyon est en train d’exister sur la destination week-end. C’est le coeur d’activité de la ville : les jeunes urbains actifs qui voyagent. »

Les prochains hostels à ouvrir concernent toujours le centre de l’agglomération, à savoir Lyon et Villeurbanne, et non sa périphérie.
La Métropole a elle-même lancé deux appels à projet pour la rénovation de deux bâtiments qu’elle possède :

  • Le projet ho(s)tel Blandan a été présenté à la presse en juin dernier. Il mise sur 132 lits dans un des trois bâtiments du parc. L’ouverture est annoncée « à l’horizon 2020 ».
  • L’appel à projet pour l’ancien collège Truffaut, brièvement squatté, s’est clos le 14 octobre. 150 lits d’hostel sont prévus. Cool and Bed associé au promoteur GCC ont notamment déposé un dossier.

Pour le moment, parmi les investisseurs présents, on ne trouve pas encore les multinationales de l’auberge de Jeunesse, contrairement à Paris.

Les plus gros businessmen se nomment Johann Didou (un ancien banquier) et Franck Delafon, les patrons d’Ho36. Ce dernier a repris le Bar Américain, rue de la République, devenu depuis l’Institution.
Mais la tendance pourrait changer. Les leaders européens du marché que sont Beds and Bars et Generator Hostels sont déjà entrés en contact avec la collectivité, précise le premier vice-président de la Métropole.


Des hôtels qui ne désemplissent pas


Airbnb ne leur fait pas peur
Parmi les dirigeants de ces hostels, aucun redoute Airbnb.
Leur point de vue est résumé par Julien Routil, l’un des patrons des deux enseignes Slo et d’Away :
« Ce sont d’autres secteurs de l’hôtellerie qui sont touchés. Les hôtels sans caractère. Nous, nous somme un mix entre l’hôtellerie traditionnelle et la convivialité que voulait développer à l’origine Airbnb. »

A entendre les patrons de ces hôtels, toutes les ouvertures ont été couronnées de succès.
Le Slo affiche 80% taux d’occupation sur deux ans. Le Flâneur misait sur 40% la première année mais a réalisé 75%. Quant à Cool and Bed, ils communiques sur 80% de taux d’occupation.
C’est à rapprocher du taux d’occupation moyen à Lyon de 68,7%, même s’il faut souligner que le prix d’un lit voir d’une chambre privative est bien en deça du prix moyen lyonnais de 115,56 euros (source : CCI – bilan hôtellerie 2015).

Selon l’un des associés du Flâneur, Markian Nirrengarten, « pour le moment, il y a de la place pour d’autres ouvertures ».

Pierre Gondable de Cool and Bed va dans le même sens. Toutefois, il trouve que les dernières ouvertures se sont quand même ressenties puisque son taux d’occupation est passé de 85% à 80%.

« La Métropole met en avant cette démarche entrepreneuriale car, dans leur esprit, les gens qui viennent avec leur sac à dos, vont revenir avec leur famille visiter la ville voire s’y installer. Ils ne veulent plus de chaînes sans identité ».


Backpackers et « luxury hostel »

Ni hôtel, ni totalement auberge de jeunesse, tous partagent deux choses : des dortoirs et une clientèle étrangère jeune à 80%/90%. Parmi ces étrangers, des Américains du Nord, des Coréens du sud ou des Australiens venus en touristes.

Le Flâneur fait toutefois exception. Il accueille, rue Sébastien Gryphe, dans ce qui était l’ancien Bric à brac du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri (FNDSA) des Français pour moitié de sa clientièle, pour la plupart en recherche de logement.

La proximité du plus important centre d’hébergement pour SDF de Lyon (géré par FNDSA) explique peut-être ce phénomène.

Mise à part cette base commune, chacun essaye de développer sa propre identité. On peut ainsi les ranger dans deux catégories :

  • Les hostels bons marchés qui tendent plus vers l’auberge de jeunesse : Cool and Bed et Le Flâneur. Chez le premier, à Vaise, c’est plutôt ambiance repas partagé, babyfoot et match de foot à la télé dans la salle commune (les sorties « barathon » ont été supprimées). Chez le second, à la Guillotière, on met en avant le « do it yourself » avec le bar créé à partir des matériaux de récup’ trouvés dans l’ancien Bric à Brac (grâce à la BRICC) et un atelier/salle d’expo dans la cour intérieure. Dans les deux cas, les murs blancs ont été couverts par endroit de graffitis.
  • Les hostels plus chers ou « luxury hostel » : Slo, Away (la même société) et Ho36. Ces hôtels plus chics essayent de faire en sorte que la nuit en dortoir soit la plus confortable possible : des chambres plus vastes et un nombre limité de lits (un maximum de 10). Le design est soigné. Slo et Away ont opté pour le bois alors que Ho36 préfère le vintage. Ces trois lieux proposent un café/restaurant au rez-de-chaussée, avec l’idée d’être un « hôtel ouvert sur le quartier ». Et chaque jour de la semaine, une activité (payante) est proposé aux « guests » : de la dégustation de vin à la visite d’un quartier de Lyon.
La salle commune du Flâneur. ©LB/Rue89Lyon

La salle commune du Flâneur. ©LB/Rue89Lyon


Des projets locaux en attendant les multinationales

Autre point commun, ces hostels lyonnais sont les initiatives d’individus, basés à Lyon, qui déclinent tous le même récit : le « voyage » comme élément déclencheur de leur démarche entrepreneuriale.
Originaire de Tassin, Julien Routil travaillait dans un grand cabinet de conseil à Paris.

« Avec ma femme, on a fait un break d’un an. Pendant un an, on a beaucoup voyagé. Au Portugal, on a connu le mouvement des luxury hostel, sorte d’auberge de jeunesse premium. »

De l’autre côté, il y a les Erasmus ou les backpackers.

Pierre Gondable, l’un des fondateurs de Cool and Bed, aujourd’hui la trentaine, était étudiant Erasmus à Leicester en Angleterre.

« Au départ de ma ville, j’ai voyagé partout en Europe avec une compagnie low cost et je dormais dans des hostels. »

Philippe André, l’un des fondateurs du Flâneur, 30 ans, a gagné trois sous lors de ses voyages en travaillant dans des hostels, notamment en Malaisie.
A leur retour, ces voyageurs se sont tous dit que les hostels manquaient en France et à Lyon en particulier.
Philippe André :

« Il y a trois ans, quand on a monté notre projet, il y avait 110 hostels à Londres mais seulement 30 à Paris ».

C’est cette réflexion identique et individuelle qui a été le point de départ des projets.


Difficile de convaincre les banquiers


Des investissements variables
370 000 euros pour Cool and bed et 500 000 euros pour le Flâneur. Dans les deux cas, les associés ont fait une partie des travaux eux-mêmes.
Slo living hostel : 500 000 euros pour 400 m2 et Away : 1,3 millions euros pour 1 500 m2
Quant à l’Ho36, le montant s’élève à 1 millions d’euros pour 1 000 m2.

Les jeunes patrons du Cool and Bed (25 ans) et du Flâneur (27 ans, au moment de lancer le projet) décrivent les longues années pour parvenir à leurs fins. Les premiers ont mis trois ans et les seconds six ans.

Les financements faisaient défaut. Pierre Gondable, le patron de Cool and Bed :

« A l’époque, c’était compliqué. Tous les investisseurs et banquiers nous disaient : « si personne ne l’a fait, c’est qu’il y a une raison. Finalement, on a eu de la chance de tomber sur un conseiller qui ne voyageait qu’en auberge de jeunesse et qui a poussé notre dossier. Et puis on a fini par trouver des business angels ».

Pour Le Flâneur, c’est le père de Philippe André, architecte de son état, qui a mis la main à la poche pour parvenir à convaincre les banquiers.

Les hôteliers d’Away, Slo et Ho36 ont puisé dans leurs économies mais ont également dû s’appuyer sur la Banque Publique d’investissement (BPI) pour déclencher un emprunt bancaire classique.

Une chambre privative à l'Away Hostel ©LB/Rue89Lyon

Une chambre privative à l’Away Hostel ©LB/Rue89Lyon

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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