Un créateur d'entreprise au rayon X 

L’Alternatibar, ou le demi de bière pour faire de la politique écologiste à Lyon

actualisé le 07/11/2016 à 09h04

Depuis la rentrée, le mouvement écologiste Alternatiba a rejoint le quartier des pentes de la Croix Rousse. Local associatif la plupart du temps et bistrot trois soirs par semaine, l’Alternatibar se donne pour horizon de rassembler au-delà de « l’entre-soi militant ». 

Alternatiba : kézako ?

Alternatiba s’est formé à l’origine autour de la lutte contre le réchauffement climatique. Né après l’échec du sommet de Copenhague en 2009, le mouvement citoyen s’est d’abord implanté à Bayonne en 2013 puis a essaimé un peu partout en France, notamment dans le Rhône. Ici, on les connaît notamment pour leurs « villages des initiatives », organisés à Lyon et Givors.

Malgré la grande banderole à l’effigie du mouvement Alternatiba ornant la devanture de l’établissement, les serveurs de l’Alternatibar nous le promettent : n’importe qui peut venir boire une bière.

Il faut pour cela franchir l’étroite porte d’entrée. Une fois à l ‘intérieur, on est toujours dans un bar militant : l’histoire de l’association locataire est collée aux murs à travers des photos-souvenirs. Ce n’est que les jeudi, vendredi et samedi soir, que l’Alternatibar essaie de devenir un bar comme les autres.

Paul, 25 ans et barman d’un soir, explique comment a germé l’idée de cet Alternatibar, le premier bistrot du genre en France :

« Après le village des alternatifs de Lyon, on avait besoin d’un lieu pour se retrouver, une sorte de mini-village mais en format quotidien. Et on souhaitait en même temps quitter l’entre-soi militant, faire en sorte que n’importe qui puisse nous rejoindre. Quoi de mieux qu’un bar pour ça ? »

L'Alternatibar, ouvert depuis le 1er septembre, organisait sa soirée d'inauguration officielle le samedi 15 octobre.

L’Alternatibar, ouvert depuis le 1er septembre, organisait sa soirée d’inauguration officielle le samedi 15 octobre.

« Tout le monde peut devenir serveur »

Pour s’ouvrir aux non-militants, l’Alternatibar mise sur le prix de la mousse. Le demi de bière artisanale (de la brasserie du Pilat) en l’occurrence, est à 2,5 euros (contre généralement 3 euros dans les bars classiques).

Comme la bière, les produits sont locaux. Et l’éthique est à tous les étages. Pour régler l’addition en fin de soirée, on peut payer en Gonette, la monnaie locale. Même l’électricité est une énergie 100% renouvelable, fournie par Enercoop.

Alternatiba mise sur l’aspect « associatif » du lieu, mais comme il est doté de la licence IV, il reste un bar. Ici, par exemple, n’importe qui ou presque peut devenir serveur. Paul explique le fonctionnement :

« Il y a une feuille à l’entrée. On peut s’y inscrire pour passer derrière le comptoir ou organiser une soirée. Donc tout le monde peut participer au projet. A partir du moment où on est capable de servir une bière et où on sait parler d’Alternatiba. »

A l'intérieur du bar, l'histoire du mouvement "Alternatiba" est racontée à travers des photos accrochées aux murs.

A l’intérieur du bar, l’histoire du mouvement « Alternatiba » est racontée à travers des photos accrochées aux murs.

« Rendre le lieu accessible, tout en se remboursant »

Au printemps dernier, le groupe commence à discuter de l’opportunité d’ouvrir un bar associatif. Mais le futur lieu fait débat, raconte Christophe, un autre serveur bénévole :

« Une partie des gens préférait qu’on s’installe dans un quartier populaire. On a beaucoup débattu à ce sujet. Mais bon, le MAOG a fermé et c’était une opportunité. (NDLR : il s’agit du bar qui occupait précédemment le n°126 de la Montée de la Grande-Côte). »

L’Alternatibar s’est ainsi retrouvé sur les Pentes de la Croix Rousse, un quartier déjà très investi par les militants de gauche et les écologistes. Une fois l’emplacement trouvé, tout s’est enchaîné rapidement. Les travaux ont commencé à la mi-août et quinze jours plus tard, le 1er septembre, l’Alternatibar était prêt.

Pour rembourser les frais d’installation et de location, un financement participatif a été mis en place. Les marges sur les boissons et surtout les places de concerts doivent servir à compenser les futurs loyers.

Le jeune trentenaire analyse le modèle économique :

« C’est toute la complexité du projet. On veut rendre accessible le lieu, tout en se remboursant. Pour l’instant, le prix des concerts est raisonnable (NDLR : environ 3 euros, mais souvent à prix libre). De manière générale, on n’est pas trop inquiet concernant le financement. Le MAOG, le bar qui se trouvait là avant, s’en sortait bien grâce aux concerts qu’il accueillait. »

Boire un verre… puis s’engager politiquement ?

Depuis la rentrée, la programmation de l’établissement compte d’ailleurs essentiellement sur les concerts : musique des Balkans, musique turque, musique mongole, chansons « a capella », concert de reggae… Une manière, toujours, d’attirer d’autres clients que les adhérents d’Alternatiba.

Le bar propose également des ateliers participatifs : découverte d’instruments méconnus, décoration de meubles en carton, initiation à une alimentation alternative…

Enfin, des « soirées thématiques » sont régulièrement organisées. Celles-ci peuvent prendre la forme de ciné-débats, par exemple avec la projection de Merci Patron, le film emblématique du mouvement Nuit Debout.

Ces soirées peuvent également tourner autour d’une préoccupation d’actualité. La première du genre, ce jeudi 20 octobre, a porté sur la mobilisation contre le projet de l’autoroute A45, qu’Alternatiba a investie récemment.

Christophe évoque le concept d’un bar « étape dans l’action citoyenne ».

« L’idée est d’aller au delà du simple verre. En parlant avec les serveurs ou les clients, on peut être tenté de revenir plus tard à une soirée thématique. Et à terme, après plusieurs participations, ces gens changeront peut-être leur quotidien. »

Le bar, comme nouvelle manière de faire de la politique ?

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