Cultures 

Chloé rétropédale jusqu’au Paris des années 1990… depuis Lyon

Pour leur seconde Wet for me au Transbordeur, les filles de Barbi(e)turix ont eu la judicieuse idée de convier Chloé, véritable perle de la scène électronique frenchy.

Pour bien cerner Chloé, l’importance de ce qu’elle continue d’apporter, il faut replonger dans les années 90. Fouiller l’histoire du Pulp, ce petit club porté par une bande de lesbiennes à l’imagination fertile qui firent de ce spot adjascent au Rex Club un mythe du clubbing parisien, un chaudron créatif qui enfanta nombre d’histoires à succès, toujours pas démenties à l’heure actuelle.

Prenez le crew Barbi(e)turix emmené par Rag, qui invite Chloé cette semaine pour sa Wet for Me au Club Transbo : des sauvageonnes issues du Pulp, au point d’en documenter la vie d’après sur leur blog. Chloé :

« Je les suis depuis le début… C’est une soirée de filles, ouvertes aux garçons. Ce sont les enfants du Pulp ! On a donné cette impulsion. Les Barbi(e)turix, elles ont débuté dans les bars, c’est devenu l’une des plus grosses soirées lesbiennes. Je les adore, j’ai toujours une vraie affinité à jouer chez elles. Quand j’ai commencé à mixer à Paris, c’était aussi dans les soirées gay, ou en raves… »

Chloe jouera au Transbordeur, le vendredi 14 octobre.Crédit Photo : © Bruno Clément

Chloe jouera au Transbordeur, le vendredi 14 octobre. Crédit Photo : © Bruno Clément

Le Pulp, donc. De 1997 à 2007, ces filles ont inventé une nouvelle nuit : chaotique, punk, queer, rave, alternative, sexy… Sans communautarisme : les mecs venaient, gays ou pas. Nous y avons vu Peaches pour son premier show en France, dantesque, sur une micro-scène au milieu du dancefloor. Rachid Taha y avait ses habitudes.

Rebotini mixait du rock le mercredi. Sex Toy, Ivan Smagghe, Jennifer Cardini, Scratch Massive, Guido (Acid Arab) étaient résidents. Et la divine Chloé, bien sûr. La programmation était dingue. L’ambiance tout autant. Engagée, libérée, festive. Et dark.

« DJ, c’est un métier désormais. Je suis ravie que ce soit démocratisé aujourd’hui. Mais c’est vrai, j’aimais bien le côté méconnu… »

C’est ce son-là, initié au Pulp, cette liberté, que propagent encore aujourd’hui ceux qui en étaient à la source, Smagghe et Chloé en tête, avec cette techno sombre et furieusement groove, dirty mais implacablement dansante, piochant dans le rock ou le disco déviants. Tous deux sont aujourd’hui réunis sous l’égide Kill the DJ, famille menée par une ex du Pulp, Fany Corral :

« Je peux aimer une forme de mélancolie qui va vers la lumière, j’aime me servir de l’architecture de notre propre vie pour raconter une histoire. Il y a des moments dark, il y a des moments tendres : tout est lié et imbriqué, et je m’en sers dans mes compositions », nous dit Chloé.

Aujourd’hui, elle est clairement l’une des artistes les plus palpitantes de la scène électronique. Ses deux albums (The Waiting Room en 2007, One in Other en 2010), loin du dancefloor, sont des merveilles d’introspection flirtant parfois avec l’écosystème Constellation Records (réécoutez Distant).

On ne voit pourtant que rarement (jamais ?) son nom en haut de l’affiche des festivals qui pullulent ces dernières années, au profit de comètes parfois interchangeables faisant hurler les foules.

Chloé n’en tire pas ombrage, discrète mais pas timide, elle converse au téléphone en ce samedi matin comme avec une vieille connaissance, sereine :

« J’ai commencé quand cette musique était mal vue, mal comprise, mal diffusée. Ce n’était même pas rangé dans les catégories de styles. Je ne comprenais pas : c’était plein de gens passionnés, de sous-mouvements… Alors je suis ravie que ce soit démocratisé aujourd’hui. DJ, c’est un métier désormais. Mais c’est vrai, j’aimais bien le côté méconnu, il y avait une ébullition… C’était bien. »

« Il peut y avoir de la lassitude, mais avant et après le set. Jamais pendant. »

Tourner inlassablement, faire danser. Jusqu’à la lassitude ?

« C’est une préoccupation perpétuelle, comment continuer à être DJ et à composer en parallèle. J’essaye toujours de tourner de manière constructive ce que je fais. Il peut y avoir de la lassitude, mais avant et après le set. Jamais pendant. L’aéroport, l’hôtel… Il y a une forme poétique et répétitive dans ces tournées, à être toute seule, après avoir été avec la foule. »

Son prochain album est quasiment terminé. C’est peu dire que nous l’attendons avec impatience.

« Si je n’ai pas eu envie de refaire un album de suite après One in Other, c’est aussi parce que j’ai eu beaucoup de propositions extérieures : musiques pour des documentaires, des films, collaborations avec l’artiste contemporain Anri Sala ou le chorégraphe Fabrice Ramalingom. Collaborer avec d’autres personnes, c’est s’enrichir, c’est aussi se mettre en danger. C’est, de manière un peu égoïste, se servir des autres pour progresser soi-même également, en bousculant mes habitudes de studio par exemple : habituellement, je compose seule, je mixe seule.»

Vendredi, cette collectionneuse invétérée de vinyles sera aux commandes de l’une des soirées les plus cool du moment. Kiss the DJ.

Par Sébastien Broquet sur petit-bulletin.fr.

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