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Street-ball : à Lyon, le basket se pratique aussi dans la rue

actualisé le 11/10/2016 à 19h38

Hors des parquets briqués, c’est aussi dans la rue qu’ils ont établi leur terrain de jeu. À Lyon, de nombreux basketteurs (amateurs pour la plupart), recherchent ardemment des terrains goudronnés pour pratiquer ce que l’on appelle le street-ball.

Un ballon, un panier et c’est parti. On a le sentiment de revenir quelques années en arrière, dans les années 1990, quand le basket avait (vraiment) le vent en poupe. Dribbles, dunks, pick & roll et autres gestes techniques s’enchaînent sur le terrain. Le street-ball ou basket de rue a la particularité de s’exercer sur des terrains de bitume, les « playgrounds ».

Le playground de Bellecombe est présenté comme l'un des meilleurs spots pour pratiquer le street-ball à Lyon. © Amélie James

Le playground de Bellecombe est présenté comme l’un des meilleurs spots pour pratiquer le street-ball à Lyon. © Amélie James/Rue89Lyon

Contrairement au basket traditionnel, les matchs de street-ball se déroulent généralement sur un demi-terrain, les joueurs se contentant donc d’un unique panier. Si les formes de jeu sont diverses, celle que l’on retrouve le plus souvent est celle du 3 x 3 (soit deux équipes constituées de trois joueurs chacune).

Sur les playgrounds, aucun arbitre. Les joueurs pratiquent l’auto-surveillance avec le fair-play pour seule règle de conduite. C’est à l’équipe attaquante d’annoncer les fautes commises.

Très visuel, autorisant parfois et selon le niveau des joueurs plus d’acrobaties que le basket traditionnel, le street-ball laisse place à la créativité. Ici, on oublie les systèmes de jeu et les mécanismes du basket traditionnel. Le but, c’est d’impressionner et de « scorer ».

Pratiqué d’abord aux États-Unis, ce sport urbain s’est répandu en France dans les années 1990, cette décennie flamboyante pour la NBA, où l’on a vu des foules d’ados porter, entre autres équipements, les iconiques baskets de Michael Jordan.

[Carte] Gros niveau de jeu à Parilly

Que ce soit au parc de Parilly, à Jean Macé ou à Bellecombe, Lyon abrite désormais une dizaine de terrains où les street-ballers aiment se retrouver. Qu’ils jouent en club ou non, tous profitent de la saison estivale pour pratiquer la discipline urbaine.

Parmi eux, Joseph Bell Etame, 27 ans. Ici, tout le monde connaît cet habitué des playgrounds. Depuis qu’il a commencé le street-ball, à l’âge de 12 ans, le joueur a foulé sans arrêt le bitume lyonnais. Après s’être illustré dans de nombreux tournois estivaux, Joseph Bell Etame a d’ailleurs choisi de transmettre sa passion et, désormais, c’est en tant que coach auprès des plus jeunes qu’il pratique.

Il ne compte plus les heures passées sur les terrains à dunker, crosser et feinter. Et pourtant, son premier contact avec la balle orange ne fut pas une réelle partie de plaisir.

Le parc Sergent Blandan est devenu le terrain de jeu de Joseph Bell Etame. © Amélie James

Le parc Sergent Blandan est devenu le terrain de jeu de Joseph Bell Etame. © AJ/ Rue89Lyon

À l’âge de 12 ans, alors qu’il est licencié dans un club, Joseph peine à trouver sa place sur le parquet :

« « T’es pas bon, là », me disait mon entraîneur. Je n’arrivais pas à jouer. En fait, je ne trouvais pas mon style de jeu ».

À cette époque, le street-ball l’a libéré. Après avoir vu des vidéos sur Internet, il s’enthousiasme pour l’aspect spectaculaire de ce sport. Détaché de tous les principes qui structurent le basket traditionnel, Joseph découvre de nouvelles sensations sur les playgrounds :

« J’ai commencé le street sur les terrains rouges de Parilly. À l’époque, il y avait un sacré niveau là-bas ! Je jouais contre des gars plus âgés. Peu à peu, j’ai trouvé mon style de jeu. En fait, le street me permet de m’exprimer sans aucune retenue ».

Si à première vue, tout semble opposer le street-ball du basket, il n’en est rien. Loin d’être incompatibles, ces deux disciplines sont plutôt complémentaires.

Sur le terrain de Bellecombe, ils sont nombreux à pratiquer le street-ball.

Sur le terrain de Bellecombe, ils sont nombreux à pratiquer le street-ball. © AJ/Rue89Lyon

Steven, quant à lui, est licencié d’un club lyonnais depuis 5 ans. Il y développe un jeu construit, discipliné, efficace et discret. Et pourtant, tous les soirs, c’est sur le playground Général Frère qu’on le retrouve. Quand il ne travaille pas sur sa thèse, le jeune homme développe ses compétences sur le terrain.

« Ici, je me sens libre. Libre de mes mouvements et d’imposer mon propre style de jeu. Il n’y a pas d’entraîneur pour m’imposer des systèmes ou pour me dire de faire des passes », explique le jeune homme.

Depuis cinq ans, Steven arpente les terrain de street-ball lyonnais.

Depuis cinq ans, Steven arpente les terrains de street-ball lyonnais.

Avec leur passion comme seul point commun, Steven et ses coéquipiers s’approprient ainsi la rue :

« On ne se connaît pas mais on joue ensemble. Sur les playgrounds, j’ai sympathisé avec des gens que je n’aurais pas pu rencontrer autrement ».

Car pour la plupart des joueurs, c’est sur les terrains qu’ils se sont rencontrés. Bien souvent inconnus avant de partager une partie de street, c’est sur les réseaux sociaux qu’ils se donnent rendez-vous. Sur Facebook, de nombreux groupes réunissent ainsi les amateurs de la grosse balle orange et des terrains de bitume. On associe même chaque terrain à un groupe Facebook différent. « Ca game today ? » peut-on lire dans le groupe réservé aux street-ballers de Bellecombe.

Des pros sur les playgrounds

Les équipes se forment ensuite, une fois sur place. Peu importe les âges ou les niveaux, tous viennent avec l’unique volonté de s’amuser et « faire crier la foule ».

« Les terrains rassemblent des niveaux différents. Il m’est arrivé de jouer contre des Américains. Il nous ont mis la misère ce jour-là », plaisante Steven.

Quelques professionnels semblent également avoir leurs habitudes sur les playgrounds lyonnais. Il se dit qu’entre deux entraînements, des basketteurs de l’ASVEL s’invitent sur les terrains. Discrètement car la pratique n’est pas vraiment validée par le club, hors du cadre officiel et professionnel.

Régulièrement, des tournois de street-ball sont organisés à Lyon. Ces manifestations se déroulent principalement pendant l’été, une fois la saison du basket en club achevée.

En mai dernier, c’est au parc Sergent Blandan (Lyon 7è) que se sont affrontés les street-ballers les plus actifs de la métropole lyonnaise.

Cette année, la ville de Lyon est d’ailleurs en compétition avec sept autres communes françaises. Organisée par l’association Court Cuts, cette manifestation a pour but de déterminer la meilleure ville pour la pratique du basket de rue. Une équipe de production s’est ainsi déplacée de ville en ville afin de filmer des « pick up game », autrement dit des matchs où tous les street-ballers sont invités à participer.

A Lyon, la manifestation s’est déroulée le 3 juillet au parc Serge Blandan. L’équipe de tournage s’est ensuite rendue à Strasbourg, Paris, Lille ou encore Toulouse.

Un jury constitué de spectateurs, de journalistes et de membres de l’association CourtCurts devrait se réunir afin de désigner la meilleure ville française pour pratiquer le basket de rue. La date reste pour le moment inconnue.

Trashtalking et jeu musclé avec les filles

À Bellecombe, entre les grilles, des basketteurs se disputent aussi le ballon. Parmi eux, une fille, une seule : Sophie Abdoul, 20 ans. Sur le terrain, elle impressionne de par sa rapidité et sa précision. Ses gestes, elle les perfectionne dans son club de basket. Au poste d’intérieur depuis près de quatre ans, elle y a appris les principales bases et techniques exigées par la discipline.

Mais c’est sur le terrain de Bellecombe qu’elle ose des cross et des shoots à trois points. Grâce au street-ball, la création est sans limite.

Sophie passe des heures sur les terrains de Bellecombe. © Amélie James

Sophie passe des heures sur les terrains de Bellecombe. © AJ/Rue89Lyon

« Sur les playgrounds, je peux me confronter aux garçons. Le jeu est beaucoup plus agressif qu’au basket en club. Il y a plus de confrontations. Je ne joue pas de la même manière. En fait, c’est un bon moyen pour travailler mon physique avant de retourner jouer avec les filles pour une prochaine saison ! »

Car en effet, sur le terrain, le jeu est plus dur, les contacts féroces et les provocations verbales fréquentes, comme en témoigne Farouk, 25 ans.

« Moi, ce que j’aime dans le street, c’est le trash-talking », sourit-il.

Le trash-talking désigne le fait de tenir des propos insultants ou provocateurs envers son adversaire. Profondément ancrée dans la culture du sport urbain, cette pratique a pour but principal de déstabiliser et d’intimider l’équipe adverse. Au street-ball, comme en NBA finalement, cette technique est courante.

On se rappelle notamment de la phrase de Michael Jordan lancée, en 1997, à son adversaire Dikembe Motumbo après un shoot marqué : « Welcome to the NBA ».

« On se mélange, il n’y a pas de couleur, pas d’âge »

Comme la plupart des sports urbains, le basket de rue permet de faire tomber les barrières qui existent. Accessibles à tous, à tout moment de la journée et situés au cœur de la ville, les terrains sont d’ailleurs très largement convoités. Si durant la journée, les street-ballers se font rares, à partir de 18 h, les playgrounds se remplissent à vue d’œil.

Sur le banc, chacun attend son tour. Les matchs étant relativement courts (une dizaine de minutes), les rotations se font rapidement. Ici, personne ne s’accapare le terrain. Le but n’est pas de jouer individuellement mais bel et bien de partager. Car tous les street-ballers rencontrés sont unanimes. Les terrains sont d’abord un lieu de rencontre et d’échange :

« Le street-ball reflète la beauté de la rue. On se mélange, il n’y a pas de couleur, pas de culture, pas d’âge. On vient tous pour la même chose. On prend du plaisir et c’est tout », explique Joseph.

Bien que ce sport de rue ait pris de l’ampleur au fil des années, Joseph déplore tout de même un changement dans les pratiques de la discipline :

« Je suis nostalgique de mes premières années de street. Avant, c’était vraiment un univers particulier. On venait avec nos enceintes, lançait du bon son hip-hop des années 90 et c’était parti. On pouvait jouer pendant des heures. Aujourd’hui, cette « vibe » n’existe plus. J’ai le sentiment que le street est devenu une mode plus qu’un état d’esprit ».

Le street-ball favorise les oppositions entre défenseurs et attaquants. © Amélie James

Le street-ball favorise les oppositions entre défenseurs et attaquants. © AJ/Rue89Lyon

Le street-ball est pourtant bel et bien en train de s’imposer puisqu’il est désormais reconnu par la Fédération Internationale de Basket-ball (FIBA). La discipline du 3 x 3, opposant deux équipes de trois joueurs et directement issue du street-ball, fait ainsi l’objet de compétitions et de championnats internationaux.

Après s’être illustré aux Jeux olympiques de Rio en tant que sport de démonstration, le 3 x 3 serait même sur la voie de devenir une discipline olympique.

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