Société 

Tags islamophobes à Lyon : « Il ne faut pas céder à la provocation »

actualisé le 08/09/2016 à 22h43

L’ambiance est calme ce vendredi après-midi, jour de prière à la Grande Mosquée de Lyon, malgré l’agitation inhabituelle liée à la venue du préfet du Rhône, Michel Delpuech. Après l’attaque de Nice et les actes islamophobes commis dans l’agglo de Lyon, les fidèles venus se recueillir partagent pour beaucoup un sentiment d’indignation mais aussi une envie d’apaisement.

Après les tags islamophobes incitant à la haine, retrouvés dans le quartier de la Part-Dieu, la venue du préfet (programmée par ailleurs) à la Grande Mosquée de Lyon était particulièrement attendue. Quelques jours plus tôt, des inscriptions semblables avaient été découvertes sur le muret entourant le plus grand lieu de culte musulman de l’agglo, situé à Bron.

Les actes commis à Part-Dieu avaient été signés par une « milice catholique », totalement inconnue et autoproclamée.

Nasredine, un fidèle de la Grande Mosquée, aimerait éviter de tomber dans l’hystérie collective :

« Il ne faut pas céder à la provocation, bien au contraire. La mosquée doit rester un lieu d’ouverture où tout le monde peut se rendre librement. Malheureusement nous avons pris l’habitude de ses actes envers les musulmans. »

De son côté, Djamal accompagné de son fils d’une dizaine d’années, essaie de prendre du champ :

« Avant de parler de religion, il faut se rappeler que nous sommes tous humains et nous sommes en train de perdre cette notion d’humanisme. »

Habitué des lieux, il a absolument voulu condamner l’attaque sanglante perpétrée à Nice :

« Les personnes qui agissent au nom de Daesh n’ont plus la volonté de vivre. Elles empêchent les autres de le faire. Nous avons appris notre religion par amour et non sur Internet ou lors de réunions secrètes. Leurs actes ne correspondent absolument pas à l’Islam que nous connaissons et que nous apprenons. »

Des actes « ignobles qui rappellent les méthodes des nazis à la Nuit de Cristal »

Michel Delpuech, le préfet du Rhône et Kamel Kabtane, recteur de la grande mosquée de Lyon. Crédit Romain Chevalier

Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée de Lyon et Michel Delpuech, le préfet du Rhône. © Romain Chevalier/Rue89Lyon.

Lors de son discours devant les fidèles venus pour la grande prière du vendredi, Michel Delpuech, préfet du Rhône, a rappelé que les vecteurs de propagandes étaient multiples, avec en premier lieu Internet.

Il a également vivement fustigé les tags, découverts dans différents endroits de l’agglomération, à l’encontre des musulmans allant même jusqu’à faire une comparaison entre ces actes islaphomobes et les nazis :

« Depuis les attentats de Nice, on a vu des inscriptions abjectes visant les musulmans. « Dehors ou la Mort » était-il inscrit sur le muret de la mosquée de Bron. Je condamne à nouveau, avec la plus grande fermeté, ces actes ignobles qui, en désignant à la vindicte votre communauté, rappellent, ni plus ni moins, les méthodes qui conduisirent les nazis à la Nuit de Cristal. »

Pour Kamel Kabtane, recteur de la Grande Mosquée à l’initiative de qui le préfet s’est déplacé ce vendredi :

« Les musulmans ont peur. Je vois pour la première fois des propos de mort écrits sur les murs de nos mosquées, sur les murs de la ville ».

Selon lui :

« Les musulmans sont victimes de la double peine. D’un côté Daech qui les menace et qui les tue et de l’autre des extrémistes qui veulent attenter à nos vies. »

En sortant de la mosquée, Anis, âgé d’une trentaine d’année, a encore martelé, comme chaque fidèle interrogé, que « ces actes ne représentent pas les musulmans », craignant cependant qu’un conflit ne finisse par éclater.

« Nous sommes en train de tomber dans le panneau de Daech. L’organisation islamique cherche à déclencher une guerre civile. »

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