Société 

Dans l’Ain, un festival de black metal programme des groupes néonazis

actualisé le 08/09/2016 à 22h55

SOS Racisme voulait le faire interdire, mais le préfet de l’Ain a validé son maintien : le Ragnard Rock Fest aura bien lieu malgré la présence de plusieurs groupes néonazis.

Au début du mois de juillet, l’association anti-raciste écrivait au préfet de l’Ain pour demander l’interdiction de la deuxième édition d’un festival de black metal, le Ragnard Rock Fest, qui mêle concerts et animations vikings à Simandre-sur-Suran, du 21 au 24 juillet.

Ce qui pose problème est la présence de plusieurs formations de la scène National Socialist Black Metal (NSBM) parmi la vingtaine de groupes.

SOS Racisme détaille le pédigrée de trois groupes :

  • « Le groupe Graveland a participé au festival italien nommé « Hot Shower » le 2 avril 2016 à Milan en référence aux méthodes utilisées par le régime nazi pour exterminer les personnes de confession juive durant la Seconde guerre mondiale ».
    Dans un interview à Decibel Magazine de 2010, le leader de Graveland précise sa pensée politique. Il affirme notamment que « Nous avons tous besoin de la ségrégation raciale pour préserver notre propre culture et de la spiritualité » ou justifie encore l’antisémitisme : « qui vient de l’évaluation de la situation et des activités du lobby juif international politique contemporaine. »
  • « Noktural Mortum est un groupe ukrainien qui s’est récemment produit au soutien de l’organisation ultranationaliste ukrainienne AZOV en 2014 et en 2015, dénoncée par l’ONU et Amnesty International comme étant coupable de violation des Droits de l’Homme. La symbolique de ce groupe épouse celle du régime nazi, et c’est une des raisons pour lesquelles les prestations de ce groupe sont interdites dans divers pays européens ». Dans son répertoire, le vieux groupe a cette chanson « The call of the Aryan Spirit » (« L’appel de l’esprit aryen ») avec des paroles comme : « Cracher à la gueule des Juifs, les découper en morceaux » (« Spit in jewish faces, cut them into pieces »), comme le relevait le huffingtonpost.
  • « Naer Mataron est un groupe grec qui a pour bassiste le député du parti d’extrême droite Aube Dorée, Giorgos Germenis.

Les antifascistes de Fafwatch Franche-Comté ont également publié un post très détaillé sur ces groupes qui seront présents au Ragnard Fest.
Où l’on apprend notamment que :

  • Les Ukrainiens de Noktural Mortum ont joué en 2014 à un concert organisé pour Pravyï sektor (Secteur Droit – un parti ultranationaliste) et pour le bataillon Azov constitué de miliciens d’extrême droite. Deux autres groupes ukrainiens présents au festival affichent également leur soutien à Secteur Droit.
  • Les Polonais de Graveland, l’un des groupes cultes de la scène NSBM, a été interdit de scène en Allemagne.
  • La boutique grenobloise « Terre Celtique » tenait un stand en 2015 et sera présente en 2016. Son propriétaire est Christian Mollier, un activiste de l’extrême droite iséroise.


« Aucun groupe néonazi »

Dans un communiqué, les organisateurs ont répondu aux accusations des organisations anti-racistes :

« Lors de la première édition en 2015, (avalisée par les autorités locales) Nokturnal Mortum par exemple était déjà présent, sans créer le moindre problème, ni faire du festival une tribune néo-nazie. 3/4 des membres d’origine (il y a 22 ans) ne sont plus présents et pour cause, les membres actuels étaient des enfants… Pour Graveland, le groupe est actuellement très loin de ces erreurs de jeunesse… Quant à Malpeste, le groupe n’a jamais eu de propos antisémites, racistes. C’est un groupe local. Qui se voit affubler d’une réputation bien nauséeuse. (…) Un humain ne peut-il avoir le droit de se tromper de chemin pour ensuite suivre un chemin de rédemption ? »

Interrogés par France 3 (à 14’25’’ du JT ci-dessous), l’un des organisateurs, Franco Giannelli, se montre catégorique :

« Il y a des groupes qui se revendiquent NSBM. Vous pouvez aller sur Internet et vous aurez les images des concerts. Il y a des svastika partout, des drapeaux nazis, ça « sieg » dans tous les coins. Aucun de ces groupes-là ne sera jamais présent au Ragnard Fest. »


Pourquoi le préfet n’interdit pas le festival

L’argumentaire des organisateurs a visiblement convaincu les autorités. Dans un mail envoyé à SOS Racisme le 13 juillet, le directeur de cabinet du préfet de l’Ain explique pourquoi le festival ne sera pas interdit.

Il commence tout d’abord par détailler les raisons pour lesquelles il aurait pu interdire ce festival :

« L’autorité de police (CE, ord des 9, 10 et 11 janvier 2014, affaire de Dieudonné M’Bala M’Bala) est même fondée à interdire le spectacle afin de prévenir la commission des infractions pénales que sont des propos à caractère antisémite, qui incitent à la haine raciale, qui font l’apologie des discriminations, persécutions et exterminations perpétrées au cours de la 2nde guerre mondiale et sont de nature à mettre en cause la cohésion nationale). »

Au final, le préfet ne retient que la problématique de l’ordre public :

« Ce festival s’est déroulé l’an passé dans de bonnes conditions. »

Le préfet annonce toutefois qu’il a été demandé aux forces de sécurité (gendarmerie et renseignements) de « procéder aux relevés d’infractions de tous actes à caractère raciste et antisémite qui seraient constatés ».

Le préfet n’interdit pas le festival car, explique son directeur de cabinet, il a reçu des engagements. Dans son mail, le représentant du préfet affirme que le comité d’organisation s’est engagé :

  • « à accroître sa vigilance auprès des festivaliers, bénévoles, artisans et commerçants afin qu’aucun produit vendu ne puisse véhiculer une idéologie politique »
  • « à expulser toute personne, y compris artiste, qui aurait un comportement inapproprié pendant le festival, et à signaler son identité à la gendarmerie le cas échéant »,
  • « à ce que toutes les chansons des groupes qui se produiront aient été communiquées et vérifiées par le comité d’organisation, ce dernier étant composé de membres comprenant toutes les langues parlées sur le site du festival, et à ce qu’aucune ne véhicule d’idée de haine raciale et à tendance politique, de même s’agissant des visuels et des décors ».

Loïc Rigaud, du bureau de l’association « Agir pour l’égalité – SOS Racisme », qui avait écrit au préfet, conteste cette manière de procéder :

« On connaît ces groupes de black metal et leurs propos sont sans ambiguïté. Il faut agir sur ces groupes en les interdisant pour ne pas laisser libre court à la haine des étrangers et à l’antisémitisme. »

Pour leur première édition, les organisateurs regroupés au sein de l’association « La compagnie d’Edoras » avaient annoncé entre 10 000 et 12 000 festivaliers.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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