Société 

Loi travail : le préfet interdit à 18 personnes de manifester à Lyon

actualisé le 08/07/2016 à 15h26

Le préfet du Rhône a pris des arrêtés pour interdire à 18 personnes d’aller manifester ce mardi soir contre la loi travail. C’est une première à Lyon depuis le début du mouvement social.

Rémi (prénom d’emprunt), un étudiant lyonnais de 23 ans, a reçu ce matin la visite d’un policier. Il lui a remis en main propre un arrêté signé du préfet du Rhône qui lui interdit de se rendre sur le parcours de la manifestation contre la loi travail et d’aller en Presqu’île.
18 personnes sont visées par ce genre d’arrêté d’interdiction.

La plupart des personnes concernées sont des militants contre la loi travail qui ont été interpellés lors de deux manifestations sauvages en marge du précédent cortège officiel, le 28 juin dernier.

Ce jour-là, 25 personnes au total avaient été arrêtées pour des « dégradations » et des « attroupements dans le but de commettre un délit ». Ces arrestations avaient débouchées sur 19 gardes à vue.

Des motifs qui n’avaient pas débouché, pour la majorité d’entre eux, sur des poursuites de la part du procureur de la République.

Rémi et Mehdi, deux personnes interdites de manifestation

C’est le cas de Rémi. Celui-ci, qui se présente comme ayant des « affinités anarchistes », est de toutes les manifs depuis le début de la mobilisation contre la loi travail.

Ce mardi, il a suivi un petit groupe qui est parti en manif sauvage pour, dit-il, « crier des slogans anti-capitalistes à côté du parcours officiel ». Coursé par la police, un premier groupe de quatorze personnes s’est fait arrêter.

Rémi a fait sept heures de garde à vue :

« On me reproche d’avoir fait tomber deux poubelles jaunes ».

Depuis sa garde à vue, il dit n’avoir eu aucune activité militante contre la loi travail. Mehdi, un chômeur de 31 ans, a reçu de la part de deux policiers le même arrêté d’interdiction. Lui a été interpellé l’après-midi du 28 juin pour une autre tentative de manif sauvage.

Arrêté pour un « attroupement en vue de commettre un délit », il a été relâché, sans poursuite, au bout de 20 heures de garde à vue.

Les manifestants contre la loi travail visés

Dans son arrêté, le préfet reproche à Rémi de s’être « défavorablement illustré notamment par sa participation à des actions revendicatives violentes lors d’une manifestation organisée le 28 juin ; qu’il a de nouveau été observé participant à un attroupement en vue de commettre un délit et auteur de dégradations de biens en réunion ».

Et de conclure que Rémi :

« envisage de participer aux manifestations à venir dans le centre-ville de Lyon pour prendre part à des actions revendicatives de nature à constituer un trouble grave pour l’ordre public ».

Contactée par Rue89Lyon, une porte-parole de la préfecture du Rhône expose la finalité de ces « mesures préventives » :

« L’idée est de viser un groupe clairement identifié. Pour eux, la loi travail est un prétexte pour s’en prendre aux policiers ».

Mehdi se présente comme « écologiste et anti-capitaliste ». C’est une des figures de Nuit Debout. Il a déjà été condamné à du sursis pour « non dispersion sur un rassemblement non-autorisé », suite à la venue de Manuel Valls à Vaulx-en-Velin. Il veut balayer ces accusations :

« Je n’ai jamais été masqué, je n’ai jamais participé à un black bloc. Je n’ai jamais jeté quoique ce soit contre la police. Il cherche à criminaliser le mouvement en cassant les gens les plus actifs ».

Une mère venue manifester pour soutenir son fils interdit de manifester ce 5 juillet © SS/Rue89 Lyon

Une mère venue manifester pour soutenir son fils interdit de manifester ce 5 juillet. Comme la plupart des autres interdits de manifestation, il a été interpellé le 28 juin mais aucune charge n’avait été retenue contre lui © SS/Rue89 Lyon


L’état d’urgence, fondement des interdictions de manifester

Pour la journée de mobilisation du 17 mai, 53 personnes avaient déjà été interdites de manifester en France, à Paris, Nantes et Rennes, avait précisé le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, cité par l’AFP.

A Lyon comme ailleurs en mai dernier, ces arrêtés préfectoraux sont des mesures individuelles (un arrêté par interdiction).

C’est l’état d’urgence, entré en vigueur après les attentats du 13 novembre, qui les permet.

Rémi comme Mehdi n’iront pas manifester ce soir. Ils risquent six mois d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende.

Jeudi soir, deux personnes interdites de manifestation ont été interpellées.

Mais ces deux militants lyonnais promettent de saisir la justice contre cette mesure d’interdiction. A Paris, neuf arrêtés préfectoraux avaient été annulés par le tribunal administratif.

> Article mis à jour à 23h avec la photo de mère de famille venue manifester pour soutenir son fils

> mis à jour le 6/07 à 9h avec les deux interpellations de la manifestation du 5 juillet.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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