Cultures  L'anti-Routard de Lyon 

Réhabilitation du jardin Rosa Mir à Lyon : « remplacer un à un des centaines de coquillages »

actualisé le 09/09/2016 à 00h26

Le jardin Rosa Mir va bientôt rouvrir et la presse locale sera la première à le visiter dans sa version pimpée, ce mercredi. Les agaves et coquillages sont en place, beaucoup de Lyonnais sont dans les starting-blocks pour découvrir ce jardin extraordinaire, niché dans les pentes de la Croix-Rousse.  

Jardin Rosa Mir. ©SS/ Rue89Lyon

Jardin Rosa Mir. © SS/Rue89Lyon

Pour l’occasion, nous avons demandé à l’architecte Camille Jacquemin (cabinet Archipat à Lyon) comment ce travail de réhabilitation s’est déroulé. Elle s’est chargée avec Gaël Robin de ce travail de minutie dans ce jardin hors-norme, classé monument historique du XXème siècle.

Rue89Lyon : Comment ont été lancés les travaux de réhabilitation du jardin Rosa Mir ?

Des visites encadrées par groupe de 15 personnes

Si le jardin n’a pas été ouvert au public dès la fin des travaux, c’est parce que la Ville de Lyon cherche le meilleur moyen pour que les visiteurs profitent du jardin sans l’abîmer. « Ce n’est pas un espace vert accessible au public comme les autres, il est très fragile. Les visites seront encadrées », précise le service communication de la Ville.

Gérard  Collomb tease sur la « réouverture prochaine », mais aucune date n’a encore été déterminée. Il est possible que des visites soient programmées le samedi après-midi, encadrées, avec des petits groupes de 15 personnes environ.

Camille Jacquemin : Notre cabinet a été consulté dès 2012 par la Ville de Lyon pour faire un diagnostic. La phase d’étude – très importante – a duré trois ans, et les travaux ont commencé en septembre 2015. Ils n’ont été terminés que très récemment.

La réhabilitation a été complexe car le jardin est classé monument historique. Nous avons tout d’abord mené une étude historique sur le jardin puisque nous ne possédions aucune information dessus. Son auteur, Jules Senis, n’a laissé aucun plan. Pour pouvoir le restaurer, il fallait pouvoir comprendre comment il avait imaginé ce jardin et, surtout, comment il l’avait réalisé. Par un travail d’archives, nous avons pu comprendre l’histoire du jardin ainsi que son évolution.

L’association « Les amis du jardin Rosa Mir » nous a bien aidé pour cela. Elle possède énormément de documentation : nous nous sommes donc basés sur des articles de presse et toutes les photographies qu’on a pu trouver du vivant de Jules Senis.  Pendant cette première phase de diagnostic, nous avons aussi réalisé des sondages, pour voir comment était construit le jardin de manière structurelle.

Plusieurs scénarios de restauration ont finalement été établis. Les contraintes sont assez spécifiques du fait des particularités du jardin et de l’accès pour les personnes à mobilité réduite que nous voulions absolument réaliser.

 

Jardin Rosa Mir

Jardin Rosa Mir © SS/Rue89Lyon.

Quelles sont les particularités de ce jardin et comment a-t-il été conçu à l’origine ?

L’auteur a plutôt bien conçu son jardin ; il était maçon. Il a heureusement prévu des fondations pour ses structures. On sent bien que c’est son travail qu’il a mis en œuvre ici.

Il a principalement tiré parti des matériaux qu’il avait sous la main à l’époque. On peut voir par exemple qu’il a utilisé des tuyaux préfabriqués en béton dont on se servait dans les années 1970 pour faire des tuyaux d’évacuation.

Les plantes espagnoles chères à Jules Senis

Les plantes espagnoles avaient été quelque peu oubliées au fur et à mesure des années et des ajustements effectués par les services de la Ville de Lyon. Voilà que les 400m² de verdure sont à nouveau tels que l’auteur du jardin, Jules Senis, l’avait souhaité. Un bel hommage rendu à l’espagnol arrivé à Lyon après avoir fui la guerre civile dans son pays.

Il est ensuite venu recouvrir ces structures de pierres, de coquillages et de plantes grasses. C’est vraiment la particularité de ce jardin.

Il a aussi pris le temps de fabriquer énormément de choses lui-même. On voit qu’il avait ses propres astuces. Dans le but de conserver l’étanchéité, il a par exemple percé une à une chaque coquille Saint-Jacques qu’il avait remplies de terre pour y faire ses plantations. Ce système permettait l’évacuation de l’eau et empêchait qu’elle stagne puis détruise les structures.

L’enjeu était donc de réhabiliter le jardin en respectant les techniques utilisées par Jules Senis.

Oui, nous avons repris tous ses anciens principes en essayant de les améliorer, avec des moyens modernes. Nous avons par exemple conservé tous ses systèmes d’évacuation d’eau, mais nous y avons ajouté des membranes géotextiles pour améliorer l’étanchéité. Ces membranes ne sont bien entendu pas visibles puisqu’elles sont sous la terre.

Nous avons également dû repenser toute la gestion des eaux pluviales puisque c’était le plus gros problème du jardin. L’eau stagnait et abîmait les structures. Nous avons donc fait des drains sous les dallages. Il y a eu un gros travail là-dessus.

Pour finir, nous avons fait un gros travail de remise en valeur : l’idée était de remplacer des coquillages, de recoller les pierres ou de remplacer des escargots. Tous souvent abîmés par la main de l’homme. Les maçons ont eu beaucoup de patience pour remplacer un à un les coquillages qui étaient en mauvais état.

Nous venons tout juste de replanter le jardin. La végétation est aujourd’hui à nouveau en accord avec ce qu’elle était quand Jules Senis a créé son jardin : elle est méditerranéenne. Il y a notamment beaucoup d’agaves et de plantes grasses.

Jardin Rosa Mir ©SS/Rue89 Lyon

Jardin Rosa Mir ©SS/Rue89 Lyon

> Article mis à jour le 23 juin avec les photos du jardin, prises pendant la visite presse.

>> L’anti-Routard de Lyon <<

Le Jardin Rosa Mir devrait être bientôt ouvert au public, mais dans des conditions très spécifiques au regard de la fragilité du lieu. Cette interview entre donc dans cette rubrique de l’Anti-guide Lyon, chère à Rue89Lyon qui a entamé l’exploration d’une autre face de Lyon. Nous vous convions à emprunter les chemins pour lesquels les guides touristiques ne font que de pauvres mentions. Outre le fait que ces lieux insolites, décalés, méconnus (choisissez le qualificatif) doivent raconter une histoire, nous avons fixé comme seul critère qu’ils doivent être accessibles au public ou, au moins, être visibles de l’extérieur.

 

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