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Alter-Conso ou l’évangile des circuits courts à Lyon

actualisé le 13/06/2016 à 08h55

Cela fait dix ans qu’Alter-Conso met en relation citadins de l’agglo et paysans des alentours, dix ans de circuits courts et de produits frais. Pour cette date anniversaire, voilà cinq choses à savoir sur cette petite société coopérative qui se présente comme une structure égalitaire et qui se vante d’être « une utopie réalisée ».

1. L’ambition d’un « service public »

C’est à la sortie de Sciences-Po que deux amis créent Alter-Conso, avec la volonté de « changer le monde de façon réaliste ». Dans un premier temps, le projet est ambitieux, se souvient Thomas Klein, l’un des deux fondateurs :

« Au début on voulait créer un service public de l’alimentation qui fournit tous les quartiers à des prix équitables. On a fait le tour des mairies pendant un an pour vendre notre projet. On s’est vite rendu compte qu’il était compliqué de faire bouger nos politiques, on nous répondait soit qu’il n’y avait pas de budget, soit que nous allions concurrencer les commerçants. »

C’est donc seul qu’ils fonderont Alter-Conso : 23 000 euros sont apportés par l’Union européenne dans le cadre de l’aide aux micro-projets. Mais la volonté initiale reste la même : en même temps qu’ils portent l’idée d’apporter une alimentation saine dans un maximum de quartiers, à un prix équitable, ils ont envie de « professionnaliser le milieu en inventant un nouveau métier de logisticien ».

Alter-Conso

Chaque semaine, un salarié et un agriculteur sont présents sur l’un des 14 lieux de distribution, dispersés à travers tout le Grand Lyon. © SS/Rue89 Lyon.

2. Un modèle économique fondé sur le panier et l’abonnement

Fête anniversaire 
Pour ses 10 ans, Alter-Conso organise une fête au Jardin des Chartreux ce samedi 11 juin, au programme : animations, ateliers, conférence gesticulée et musique pour causer de notre lien à la terre et à notre alimentation.

La coopérative n’est pas un revendeur, mais fait le lien entre agriculteur et consommateurs avec un système de paniers et d’abonnements. Les clients ne choisissent donc pas les produits qu’ils auront dans leur achat. Pour Frank, salarié d’Alter-Conso depuis un an, c’est loin d’être une faiblesse :

« Ne pas avoir le choix, prendre ce qui pousse et ce qui est frais amène à la découverte. Après un an d’abonnement, les consommateurs changent leur rapport à la nourriture et aux repas, ils ne les voient plus comme une corvée et lui donnent même souvent plus d’importance »

Pour la cinquantaine d’agriculteurs de la coopérative, il s’agit d’un moyen de maîtriser les circuits de distribution et de bénéficier de la transparence qu’apporte la vente directe.

« La vente par paniers ou en abonnement permet aux agriculteurs d’avoir une meilleure visibilité et une meilleur rentabilité, le prix de chaque panier est intégralement reversé au producteur. »

Les paniers sont disponibles dans l’un des 14 lieux de distribution disséminés dans tout le Grand Lyon, soit un lieu par quartier. Pour un couple, il faut compter 12,70 euros pour un panier hebdomadaire. A cela s’ajoute les frais de fonctionnement de la coopérative qui correspondent à 20% du prix du panier, 10% pour les personnes non imposables et étudiants, 0% pour les bénéficiaires du RSA où du minimum vieillesse.

C’est notamment grâce aux frais de fonctionnement d’une part et à une participation versée par les agriculteurs qu’Alter-Conso peut vivre et payer ses huit salariés. En 10 ans, Thomas Klein estime que se sont 10 millions d’euros qui ont transité par la coopérative, avec un chiffre d’affaires par an d’environ 240 000 euros.

3. « Pour nous, le bio vient après l’autonomie »

Les produits que les lyonnais viennent chercher chaque semaine, proviennent pour la plupart des coteaux et des monts du lyonnais et ne sont jamais situés à plus de 80 km de la ville. Si les produits sont locaux, ils ne sont pas encore 100% bio, comme l’explique Franck.

« Pour nous, le bio vient après l’autonomie. Il faut d’abord une agriculture diversifiée et plus humaine, puis on peut passer au bio petit à petit. Si on vise une agriculture durable avec des produits sains, nous préférons accompagner l’existant à changer d’autant que les investissements peuvent être lourds. ».

Une stratégie qui s’est révélée payante, selon Thomas Klein.

« Je crois qu’on a eu un impact important sur le basculement vers le bio. Il y a dix ans, il n’y avait que deux agriculteurs bio dans la filière fruits. Aujourd’hui on est passé de 10% à 80%  de producteurs bio chez Alter-Conso. On a également aidé a maintenir des exploitations qui étaient dans des situations difficiles. »

 

4. Des salsifis « pour les bobos » ?

Chez Alter-conso, on parle plus volontiers de consommateurs que de clients. Car eux aussi peuvent s’investir dans la coopérative, notamment à travers l’association qui  participe tous les mois au conseil de coopération et qui rassemble agriculteurs, salariés et consommateurs.

« C’est un moment ou l’on peut chercher un équilibre. Récemment des consommateurs ont demandé s’ils pouvaient avoir des salsifis, les paysans en ont donc planté. Les demandes des consommateurs peuvent être prises en compte et l’offre affinée, ce qui permet une amélioration continuelle. »

D’ailleurs qui sont ces consommateurs qui privilégient les circuits courts plutôt que la grande distribution ? Des bobos ? Comme le caricaturait Nicolas Sarkozy dans une réunion de son parti sur l’agriculture et la ruralité (« Notre puissance agricole serait remplacée par la possibilité donnée aux bobos d’aller faire leurs courses à la ferme dans le cadre des circuits courts »).

« Il n’y a pas vraiment de profil type, nous avons toutes les générations. Il y a des cadres aussi bien que des ouvriers que des étudiants, mais ce sont surtout des personnes qui ont le bac, s’il y a une homogénéité, elle est plus culturelle qu’économique », explique Frank.

 

5. Privilégier les réseaux plutôt que les appuis institutionnels

Aujourd’hui, Alter-Conso poursuit son chemin, sans subvention. D’autant que, comme nous le rappelions, la Région a décidé de baisser le montant de l’enveloppe dédiée à l’agro-écologie. La priorité est donc donnée à l’échange entre structures. Franck raconte :

« Lorsque Alter-conso a commencé, la limite a été fixée à 50 agriculteurs et 800 consommateurs, le plafond a été atteint en 2008. A présent, nous préférons essaimer pour suivre la demande ».

Croc’éthique et l’arbre à légumes  sont deux associations nées de cette essaimage avec Alter-conso : elles distribuent 27 points de livraison dans tout le grand Lyon.

Dans un même esprit de coopération, le collectif Raccourci lancé en janvier 2015 rassemble les associations de l’économie sociale et solidaire du Rhône liés à l’alimentation et met en relation les différents circuits-courts de la ville. Pour Franck, l’avenir va vers plus de mutualisation et d’entraide :

« Il faut que l’on puisse échanger sur nos pratiques, promouvoir l’économie sociale et solidaire et mutualiser nos moyens. Il y a de nouveaux acteurs et toujours autant de demande ».

>> Vous pouvez retrouver des points de vente privilégiant les circuits courts via l’appli de Rue89Lyon. <<

 

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