Un pied dans la botte
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Naufrage en Méditerranée : la photo électrochoc d’un bébé bercé

actualisé le 02/06/2016 à 08h41

Que s’est-il passé depuis la diffusion de la photo d’Aylan Kurdi, ce petit garçon de trois ans mort en septembre 2015 et retrouvé sur une plage turque ?

La semaine du 27 mai 2016, plus de 700 personnes auraient péri en tentant la traversée de la Méditerranée.

Depuis le début de l’année, plus de 2500 seraient mortes noyées en mer. Le quotidien italien La Stampa a décidé de publier une nouvelle photo pour montrer la mort en face.

La photo est terrible. Un bébé de quelques mois, visage à peine flouté, semble dormir dans les bras d’un homme. Il pourrait être son père, mais il n’en est rien. L’homme porte d’épais gants et un masque qui lui mange les yeux. Derrière, on devine son regard figé sur le visage bleu de l’enfant. Car le bébé est mort, et l’homme a les traits tirés. La légende indique :

« Un secouriste chante une dernière berceuse à un bébé mort noyé lors d’un naufrage en Méditerranée au large des côtes libyennes. »

bebe
Ce mardi 31 mai 2015, le journal italien La Stampa a pris la décision de publier en Une cette photo choc. Le journal avait déjà publié en septembre 2015 la photo d’Aylan Kurdi, un petit garçon retrouvé mort sur une plage turque. Le cliché avait fait le tour du monde, tant il était insupportable. Alors pourquoi publier à nouveau une photo tout aussi insupportable ?

La réponse est dans le titre de l’éditorial qui accompagne la Une :

« Une autre défaite. Mais les morts innocents ne doivent pas rester invisibles. »

Que s’est-il passé depuis la photo d’Aylan ?

Massimo Russo, le rédacteur en chef qui signe l’édito, revient sur le choix de diffuser la photo du corps du petit Aylan dans son journal, comme l’avait fait Le Monde dans une tribune explicative :

« L’année dernière, lors de la mort d’Aylan, nous écrivions que cette photo serait la dernière occasion pour voir si les gouvernements européens pouvaient être à la hauteur de l’Histoire. L’image portait en elle les polémiques, même si la majorité des lecteurs nous écrivirent pour dire qu’ils comprenaient ce choix. Nous ne voulions pas nous détourner, nous refusions de faire semblant de ne rien voir. »

Parmi les polémiques, une critique revient souvent, selon Massimo Russo :

« Certains, comme l’écrivain Antonio Scurati, ne retiennent pas seulement qu’il s’agit d’une mauvaise décision, mais pensent que les photos de ce genre contribuent à nous anesthésier, et nous fournissent une émotion passagère qui nous dispense d’agir vraiment. »

Alors, sur internet, La Stampa propose aux lecteurs de répondre à un sondage. « Est-il juste de publier une photo de ce genre ? » 86 % considèrent que oui, 9 % non, parce qu’elles « anesthésient la douleur ».

stampa

Une berceuse pour le bébé… et pour les autres

La question se discute donc. Mais pas pour le journaliste de La Stampa, ni pour l’organisation non gouvernementale (ONG) à l’origine du cliché. Il a en effet été pris le 27 mai par un photographe qui accompagnait une équipe de secouristes de Sea-Watch. L’ONG allemande a pris la décision, le 30 mai, d’envoyer l’image aux médias accompagnée du témoignage du secouriste :

« J’ai commencé à chanter une chanson pour me réconforter et essayer de donner le moindre sens à ce moment déchirant et incompréhensible. Il y a six heures, cet enfant était vivant. »

Dans le communiqué joint à la photo, l’organisation explique sa démarche :

« A l’aune de ces événements désastreux, il devient évident pour les organisations sur le terrain que les appels aux politiciens pour éviter de nouvelles morts en mer n’ont aucune conséquence. Si nous ne voulons plus voir de telles images, nous devons mettre fin à cette situation. »

D’une certaine manière Sea-watch indique que c’est la faute des politiques menées qui nous obligent de voir ces enfants noyés. Combien encore d’Aylan, combien encore de bébés morts et bercés en mer pour réveiller nos politiques ? C’est la question que soulèvent ces clichés.

La semaine du 27 mai, plus de 700 personnes, hommes, femmes et enfants, sont morts noyés en mer en tentant de rejoindre l’Europe. Selon l’ONU, 9500 personnes ont péris en mer depuis 2014. Et déjà 2500 depuis janvier 2016.

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