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Variations citoyennes 4/5 : Avec des réfugiés, en quête du mouvement idéal

actualisé le 27/05/2016 à 13h01

Une jeune femme court, s’arrête brusquement, regarde à droite, puis à gauche. Et sort de scène. D’autres avancent sur le rythme soutenu de la musique, se rencontrent, repartent en courant dans un autre direction, main dans la main. C’est pour la plupart la première fois qu’ils mettent un pied sur une scène de théâtre.

© Florent Quignon / Bloo

Mathieu Lebot-Morin a fait de nombreux exercices de diction avec les élèves du cours de français de Forum réfugiés. © Florent Quignon / Bloo

Dès le début de la quatrième séance, dans une petite salle du théâtre de la Croix-Rousse, le groupe de Forum réfugiés est consciencieux. Ils sont neuf, âgés de 23 ans à 55 ans, ils participent au projet Variations citoyennes du théâtre de la Croix-Rousse. Un pari qui leur a été lancé dans le cadre des cours de français dispensés par l’association Forum réfugiés.

Ils savent qu’ils n’ont pas beaucoup de temps pour répéter et font bien attention à reconstituer chaque mouvement imaginé par le chorégraphe Mathieu Lebot-Morin.

« C’est tout un travail de déplacements et de rencontres, toujours en mouvement. C’est quelque chose qui leur parle », décrit Céline Dumont, leur professeur de français.

« Retrouver la confiance en soi » et faciliter l’insertion professionnelle

Arrivés d’Albanie, du Kosovo, de Syrie ou d’Afghanistan, les neuf participants sont en France depuis moins de deux ans. Ils ont tous fait leur demande d’asile, et ont obtenu le statut de réfugiés après avoir fui leur pays d’origine.

« Les conseillers d’insertion professionnelle ont remarqué que certains ne résolvaient pas des problèmes du quotidien en raison d’un manque de confiance en eux. On leur a donc proposé cette activité au sein de Forum Réfugiés », explique Céline Dumont qui participe pour la première fois à Variations citoyennes.

Citoyenneté en scène

Le projet participatif Variations citoyennes rassemble pendant une année de pratique artistique 200 participants amateurs et des professionnels. Ils ont de 8 ans à 90 ans et ont été répartis dans 12 groupes de travail. Rue89Lyon, partenaire, suivra cinq de ces ateliers.
Objectif pour Jean Lacornerie, directeur du théâtre et metteur en scène : créer un spectacle qui prenne en compte cette diversité d’âge, de culture, d’état de santé, avec une exigence et une véritable ambition artistique. Il sera présenté sur la scène du Théâtre de la Croix-Rousse (31 mai et 1er juin 2016).

Quinze personnes ont été sollicitées, dix d’entre elles ont accepté et une seule s’est désistée pour des raisons personnelles.

Comprendre ce que dit Mathieu Lebot-Morin n’est pas toujours facile pour les nouveaux arrivants : le vocabulaire théâtral se mélange à la précipitation des répétitions.

Leur professeure remarque :

« Avec Forum réfugiés, nous avons souvent fait des projets d’apprentissage du français grâce au théâtre mais c’est la première fois que la langue est au service du théâtre. Ils ont un niveau de français vraiment disparate. »

Si certains se débrouillent avec la langue, d’autres ont effectué un master à l’Université française comme une des jeunes participantes, perfectionniste de la prononciation.

« Ne pas tomber dans l’informatif ou dans la morale »

© Florent Quignon / Bloo

Au fur et à mesure des séances, les gestes se précisent et les corps sont moins raides lorsque les mains les touchent. © Florent Quignon / Bloo

Le texte choisi par Mathieu Lebot-Morin pour être absorbé par le groupe est l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »

Pour Antigona, albanaise de 23 ans et plus jeune des participantes, le texte est fort en significations :

« L’article représente la liberté de penser et de mouvement. Cela signifie qu’on peut penser comme on veut et agir comme on veut, mais jusqu’à un certain point. On ne peut pas faire de mal à quelqu’un. »

Au moment de notre reportage, le chorégraphe ne savait pas encore comment serait mis en avant l’article pendant le spectacle. L’une des propositions était de le projeter au fond de la scène, sans forcément ajouter de texte. Pour le chorégraphe, le langage du corps se suffit à lui-meme : « il est universel ».

« Parfois l’abstrait est plus compréhensible que le concret. Chacun peut se projeter, affirme-t-il. Il ne faut pas tomber dans l’informatif ou dans la morale. »

Selon lui :

« Pour quelqu’un qui n’est pas à l’aise avec son corps, d’autant plus quand il ne parle pas la langue, prendre la parole ajoute parfois un malaise encore plus grand. »

« Comme l’impression d’être perdu dans un village »

Le morceau de musique choisi pour la scène de sept minutes dont se saisiront les membres de Forum réfugiés est dynamique, angoissant parfois.

Le quatuor Bella, qui jouera lors de la représentation, a proposé à Mathieu Lebot-Morin de jouer un morceau d’Albert Marcœur qui a pour habitude de chanter avec les quatre musiciens comme par exemple pour cette représentation :

Un travail portant uniquement autour de la musique a ensuite été réalisé avec les réfugiés pendant les premières séances. Le morceau devait absolument leur parler pour être interprété au mieux. Mathieu Lebot-Morin leur a donc demandé ce qu’ils en pensaient, après la première écoute :

« Cette musique donne comme l’impression d’être perdu dans un village, comme si on cherchait ses proches autour de soi ».

Le chorégraphe s’est donc inspiré de cette interprétation du morceau pour élaborer la variation de Forum réfugiés.

Le principe est simple : ils sont répartis dans trois couloirs et n’en changent jamais. Sauf dans le dernier tableau. Ils pourront changer de couloir comme on change d’avis. Les mouvements sont intégrés facilement, et les élèves répètent même pendant la pause accordée par Mathieu Lebot-Morin.

« Leur évolution est très rapide. Au début, ils étaient terrorisés et, à cause de cela, manquaient un peu de concentration. Maintenant ils sont à fond », se réjouit Céline Dumont.

Fou rire général

Mathieu Lebot-Morin acquiesce :

« Dans le théâtre il y a une mise en danger car on se montre à nu. »

Ils répètent inlassablement les mêmes pas. Leur motivation est manifeste. Au milieu de la répétition, Mathieu Lebot-Morin s’exclame, tout sourire :

« C’est magique ! C’est lumineux ! »

Et les rires ne sont jamais loin quand certains n’arrivent pas à faire les mouvements demandés.

Ainsi, comme l’une des participantes ne peut courir en raison de son genou abîmé, Mathieu Lebot-Morin lui indique qu’elle peut se déplacer plus doucement que les autres, comme si elle se baladait. Il lui montre comment faire en exagérant pour qu’elle comprenne bien.

La jeune femme, au moment de passer, répétera exactement les mimiques du comédien chorégraphe. Le fou rire est général.

L’expérience a plu à Antigona qui envisage de continuer à pratiquer le théâtre par la suite. Pour ce projet, elle pourra encore profiter de deux dernières répétitions pour s’entraîner avec ses camarades du cours de français, puis ce sera le grand saut devant le public.

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L'AUTEUR
Gaëlle Courty
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