Économie  FOOD !  Un créateur d'entreprise au rayon X 

Des kits pour faire de la bière chez soi ou comment « mettre un pied dans le brassage »

actualisé le 08/09/2016 à 23h17

Brasser sa bière à la maison de façon simple et peu chère, est-ce possible et pour quel résultat ? Julien Lemaire et Sylvain Jean, fondateurs de Bière & moi, font le pari que l’opération est possible, sans concurrencer la bonne bière des artisans professionnels.

Tous les jeudis, Julien et Sylvain ouvrent les portes de leur entrepôt à ceux qui voudraient les rencontrer.

Inspiré par un séjour en Nouvelle-Zélande où la bière se brasse à la maison de façon assez répandue, Sylvain embarque son ami à la conquête d’un marché tout juste émergent en France. Et c’est à Lyon qu’ils ont établi une entreprise qu’ils ont voulu à leur image : « honnête, verte et respectueuse de la boisson houblonnée ».

Nichés au sein d’une pépinière d’entreprise de Lyon, Julien et Sylvain sont tout sourire dans leur entrepôt, détendus, tongs au pied. Les trentenaires ont lancé en septembre 2014 Bière & moi, un site internet de vente de kits de brassage de bière. Qu’on peut produire depuis sa table de cuisine.

En plus du matériel nécessaire au brassage, les deux entrepreneurs s’obstinent à sélectionner avec soin les ingrédients qui feront la bière. Le premier kit est à 60 euros et permet de brasser 23 litres de bière. Il comprend les ingrédients et le matériel :

  • un fermenteur complet (robinet, couvercle, barboteur) de 30 litres,
  • une capsuleuse à bras,
  • 100 capsules,
  • un fourquet (spatule de brassage),
  • un thermomètre collant à cristaux liquides,
  • une dosette à sucre pour la mise en bouteille (calibrée pour 33, 50 et 75 cl),
  • un entonnoir pour faciliter la mise du sucre en bouteille,
  • un goupillon pour nettoyer vos bouteilles et fermenteur,
  • et un agent nettoyant et stérilisant.
Une fois les 23 litres consommés, il suffit de racheter d’autres ingrédients, pour un coût démarrant à 30 euros. Cela équivaut à 1,30 euros le litre de bière.

« On a vraiment trouvé une solution pour mettre un premier pied dans le brassage. Avec une bière qui pour le coup est intéressante quant à la qualité de ce qui sort et quant au prix », résume Sylvain.

Les deux entrepreneurs mettent aussi un point d’honneur à ce que tout soit expliqué le plus clairement possible.

L’atout de Bière & moi, c’est justement la facilité d’utilisation pour les grands débutants du brassage qui n’ont qu’à répondre à deux ou trois questions pour être redirigés vers les kits qui leurs correspondent.  Pas la peine de chercher des heures quel matériel acheter ou quel ingrédient correspond à telle ou telle recette trouvée au hasard sur Internet.

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Sylvain invente ses propres recettes qu’ils ont testé en amont. Selon le choix effectué par l’acheteur, la recette est glissée dans le colis, et peut se trouver sur le site. Chaque étape de la création est ensuite elle-aussi détaillée, afin que les néophytes ne soient pas perdus.

« C’est cet accompagnement qui manquait sur le marché français », déclare Julien.

« On buvait des bières comme tous les étudiants »

Les deux amis se connaissent depuis plusieurs années, depuis les bancs de leur école de commerce. Avant de s’orienter vers des chemins différents, mais toujours dans la branche commerciale. Julien est allé dans ce qu’il appelle « la relation entreprise-consommateur », où il a notamment fait beaucoup d’animations commerciales. Sylvain, c’est le contraire. Il a vendu les produits d’entreprises à entreprises et a aussi travaillé plusieurs années chez Cegid.

Sylvain ne cache pas son cheminement :

« On buvait des bières comme tous les étudiants, mais elles étaient davantage destinées à passer une bonne soirée et à ne pas dépenser trop d’argent. »

Il part en Nouvelle-Zélande pour un an. En même temps que les kiwis, il découvre le brassage de bière fait-maison qui est beaucoup plus développé là-bas.

« Ils avaient cet accompagnement qu’on ne trouvait pas en France à ce moment-là, explique-t-il. Les anglo-saxons ont une dizaine d’années d’avance sur nous à ce niveau-là, voire une quinzaine pour les Etats-Unis », confirme Julien, assis à ses côtés.

Sylvain rentre en 2013 avec l’envie de reprendre l’idée. Il retrouve Julien qui, de son côté, a démissionné de son poste.

« J’ai toujours su qu’au bout d’un moment, je ferai quelque chose en tant qu’indépendant mais je n’avais pas de projet précis », explique-t-il.

Ils s’associent avec l’objectif de créer leur entreprise.

Le projet est dès le début assez ambitieux. : un financement de 800 000 euros qui doit être réduit après lecture de l’étude de marché par l’expert-comptable.

« L’étude de marché nous a pris beaucoup de temps, elle était beaucoup plus complète que nécessaire. A la fin, on s’est rendu compte qu’il nous faudrait un budget démesuré et qu’il fallait un peu revoir notre copie. Simplement pour qu’on puisse exister, avance Sylvain. Il vaut mieux commencer doucement et monter petit à petit ».

Ils repartent finalement sur un projet de 80 000 euros.

  • 20 000 euros serviront aux stocks : Frigos, machines, etc…
  • 20 000 euros pour l’approvisionnement en ingrédients (qui a doublé aujourd’hui),
  •  20 000 euros de logiciel informatique de gestion,
  • 20 000 euros pour d’autres dépenses diverses (administratif, charges…)

La somme dépensée pour le logiciel informatique peut étonner.

« Le logiciel a été monté pour le premier plan à 800 000 euros. On a donc un très beau logiciel qui ne nous sert que peu de fois. C’est une petite erreur parmi d’autres », relativise Sylvain.

La moitié des fonds correspond à un apport personnel tandis que l’autre moitié a été empruntée aux banques. L’étape du prêt bancaire n’a pas été compliquée contrairement à d’autres entrepreneurs.

Applaudimètre qui explose

Bien que réticentes au début, les banque n’ont pas hésité à prêter les fonds nécessaires à Sylvain et Julien après qu’ils ont gagné, en 2014, l’un des prix du concours du meilleur projet de la Chambre de Commerce et d’Industrie.

Pour l’occasion, Julien s’était d’ailleurs mis en scène dans une vidéo promotionnelle expliquant la base du brassage.

C’est le public qui leur a décerné le prix Coup de cœur. Quatre mois avant que les statuts ne soient déposés.

« C’était la folie ! », s’exclame Julien. « On a dépassé les limites de l’applaudimètre d’après ce qu’ils nous ont dit, termine Sylvain. Le discours a ensuite changé. Plus personne ne nous a fermé la moindre porte et ça a débloqué notre projet. »

« La bedaine ne pousse que quand on boit de la bière industrielle »

Les deux commerçants sont passionnés par leur métier, et ça se voit : ils parlent avec affection de l’orge et du houblon. Quand ils abordent la question des industriels et des grandes entreprises européennes, qui vendent elles aussi des kits de brassage, ils mordent :

« L’écart de saveur est énorme, assure Sylvain. Ils n’utilisent que du maïs, parce que ce n’est pas cher. »

Il ajoute, malicieux :

« La bedaine ne pousse que quand on boit de la bière industrielle, à cause du sucre non fermenté ».

Mais il n’y a pas que le marché de la bière qui compte pour eux. Promoteurs d’une Europe forte, ils tiennent à commander en particulier au sein de l’Union et regretteraient donc que le Royaume-Uni s’en sépare. Et puis, ils essayent aussi de se faire labelliser Entreprise verte par la mairie de Lyon.

« On est une génération qui a été éduquée différemment de celle d’avant parce on a des sujets qui n’étaient pas les leurs. On pourrait parfois penser qu’on n’a pas de combat à mener. Mais en fait on en a un : c’est l’environnement », lance Sylvain, avec conviction.

Les deux trentenaires ont donc à cœur de limiter les circuits longs, de réduire l’emprunte carbone de Bière & moi, de n’utiliser que des emballages entièrement recyclables et d’éviter le gaspillage.

« On a mis beaucoup d’argent et de temps dans une entreprise qui nous plait et comme on aimerait bien que toutes les entreprises soient. Aujourd’hui on peut se regarder dans la glace et se dire qu’on essaye de ramener la bière au niveau où elle devrait être, tout en respectant l’environnement. »

« C’est bien qu’on se fasse copier »

Les kits débutants sont ceux qui fonctionnent le mieux.

Il faut dire que Bière & moi fonctionne plutôt bien après un an et demi d’existence. Les fondateurs commencent petit à petit à se rembourser. Sylvain et Julien ont eu quatre fois plus de commandes en avril qu’en décembre dernier – alors que c’était la période propice de Noël.

Alors qu’avant, il n’y avait que le géant européen qui dominait le secteur, ils sont maintenant plusieurs en France à ouvrir leur commerce de vente de kits de bières à domicile. Les produits sont les mêmes que ceux vendus par Bière & moi et le principe est à peu de choses près identique.

« C’est bien qu’on se fasse copier car ça nous dit clairement qu’on ne se plante pas trop ou qu’au moins on choisit des bons produits. Après ça nous oblige à être toujours un temps en avance par rapport aux autres», confie Sylvain.

Ils renouvellent ainsi constamment la gamme. Le Grainfather est la dernière innovation mise en vente sur leur site internet, elle permet de créer une bière de A à Z, avec un matériel digne d’un professionnel mais qui ne prend toujours pas beaucoup de place.

« Dans un marché en pleine expansion, comme c’est le cas pour la bière, il est vraiment important de se tenir au courant des innovations », assure Julien.

Et leurs quatre mains ne suffisent plus pour emballer les kits. Bière & moi va accueillir un employé d’ici très peu de temps, en contrat à durée indéterminée.

« On n’a pas envie d’embaucher avec des contrats précaires comme font parfois les autres entreprises. Et puis le CDI c’est la norme, il ne faut pas l’oublier », estiment-ils, visiblement sur la même longueur d’onde.

En partenariat avec

CCILM quadri sans fond

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L'AUTEUR
Gaëlle Courty
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