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Variations citoyennes 2/5 : avec une troupe de comédiens trisomiques

actualisé le 18/05/2016 à 09h35

Dans la troupe des seize comédiens atteints de handicap et dirigée par Malo Lopez, l’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’Homme sonne comme un appel à la résistance.

Les voilà vent debout contre les idées reçues, les préjugés, les oeillères. Contre les barrières qui se dressent quand on entend le mot « handicap ». 

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©Simon Planquois/Bloo

Sur la scène de la salle des Rancy, « la brigade d’intervention citoyenne » (« bicit » dans le jargon de la troupe) ne pouvait pas être plus représentative. Romain, Fanélie, Corentin, David, Philippe, Hugo, (et Matthieu qui était absent lors de notre visite) sont atteints de trisomie.

Ils travaillent sur l’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’homme pour le projet Variations citoyennes mené théâtre de la Croix-Rousse (voir encadré ci-contre).

Avec un scénario très simple et ludique, la troupe entend bien faire passer un message simple, celui de la tolérance.

 Citoyenneté en scène

Le projet participatif Variations citoyennes rassemble pendant une année de pratique artistique 200 participants amateurs et des professionnels. Ils ont de 8 ans à 90 ans et ont été répartis dans 12 groupes de travail. Rue89Lyon, partenaire, suivra cinq de ces ateliers.
Objectif pour Jean Lacornerie, directeur du théâtre et metteur en scène : créer un spectacle qui prenne en compte cette diversité d’âge, de culture, d’état de santé, avec une exigence et une véritable ambition artistique. Il sera présenté sur la scène du Théâtre de la Croix-Rousse (31 mai et 1er juin 2016).

Nous sommes sur le plateau de « Question pour deux ronds », encore dépourvu de décor. Il s’agit d’un jeu télévisé de huit minutes dans lequel Sarah, effroyablement « normale », joue une présentatrice un peu cruche et Hugo interprète un candidat intello et prêt à tout pour gagner la coquette somme de 10 000 euros.

Pour cela, il lui faut répondre correctement aux énigmes et recomposer l’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’homme :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

En dehors de Corentin, personne ne connaît son texte, mais on s’applique à l’articuler car il n’y a qu’au moment des répétitions que les comédiens l’ont à disposition, soufflé par Malo. Elle rappelle à ses comédiens la technique :

« Je ne vous donne pas le texte car je préfère que vous le reteniez d’abord, pour que vous ne preniez pas des défauts de prononciation qu’on aura du mal à corriger après. »

« On apprend beaucoup quand on est spectateur »

Pour les premières étapes de répétition, c’est donc l’aisance sur scène et la compréhension du texte que travaillent les comédiens de la compagnie « Génération Théâtre » de l’association Altea, qui fête cette année ses 20 ans.

Répartis en deux groupes de différents niveaux, tous ne monteront pas sur scène. Le moins expérimenté interviendra dans le projet « par petites touches », explique Malo qui a créé ces deux « brigades » en référence aux « brigades d’intervention lyrique ou poétique ».

Accueil des visiteurs, animations spontanées et séries de mini-sketchs… Les missions sont à géométrie variable. Mais avant de rencontrer le public, les huit comédiens se mettent d’abord à sa place, enfoncés dans les fauteuils de la salle des Rancy pour observer leurs camarades de « la brigade d’intervention citoyenne » sur scène.

Car « on apprend beaucoup quand on est spectateur », assure Malo.

Ici, ce n’est pas aux comédiens de s’adapter à la pièce mais au metteur en scène d’adapter son scénario aux compétences et aux difficultés des comédiens, dans un objectif de dépassement de soi.

Ainsi, il n’est pas étonnant de voir Hugo, grand timide, tenir l’un des premiers rôles, ni d’observer Romain effectuer plusieurs déplacements, alors qu’il peut parfois se trouver désorienté dans l’espace, ni même de voir Fanélie obtenir plus de texte que prévu alors qu’elle éprouve quelques difficultés de diction.

« Je suis capable », s’est exclamée Fanélie, vexée dans un premier temps de ne pas avoir davantage de texte. Malo lui a alors confié une phrase supplémentaire, à la condition qu’elle soit « lancée avec la bonne intonation ».

Et cela ne fait que rajouter au défi car Fanélie a du mal à marquer la surprise, la colère, ou d’autres émotions comme le défi dans sa voix. Elle bute parfois sur les mots et s’y reprend à deux fois mais elle ne lâche jamais l’affaire. A 37 ans, c’est une femme qui se raconte fiancée ; elle ne cache pas un fort caractère, explosif sur scène, nous faisant oublier ou encore absorber son handicap.

Des visages dissimulés et des préjugés révélés

Cachés sous des cartons, représentant chacun un mot de l’article 1er de la DDH, les comédiens se mélangent et déconstruisent la phrase originelle pour en former quatre autres, qui prendront un tout autre sens.

Elles désignent des préjugés ancrés dans la société.

Ainsi, Hugo, le candidat de « Question pour deux ronds » répond naturellement que « tous ne doivent pas avoir d’esprit » au 1er round des devinettes. Au 4e round, les comédiens retirent les cartons et dévoilent leurs visages. Si les déplacements sont encore un peu hésitants, et que tout le monde n’est pas synchronisé, chacun a envie de parler des préjugés subis.

« Les gens ne savent pas vraiment ce que c’est que le handicap, ils ne nous regardent pas comme tout le monde, se demandent « Pourquoi il est comme ça ? », nous critiquent et se moquent. Moi j’aimerais bien qu’ils ne nous voient pas qu’à travers ça et qu’ils nous voient comme des comédiens. »

Malo a choisi dans la mise en scène de cacher les visages sur lesquels le handicap est le plus visible sous des cartons et de ne les dévoiler qu’au fil du jeu télévisé. C’est peut-être à ce moment-là que la pièce prend tout son sens.

« L’idée, c’est d’utiliser le visage de la trisomie pour dire que les personnes en situation de handicap sont évidemment dotées de raison et de conscience. »

« Je suis handicapé mais je suis aussi comme vous »

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©Simon Planquois/Bloo

Et ce propos, Malo le porte depuis 1996, et d’autres spectacles comme « Les Femmes curieuses » (2011),  « Sur le fil » ‘(2009) ou « Ceci n’est pas un chapeau » dans le cadre du projet « Variations climatiques » du théâtre de la Croix-Rousse.

Dans ce dernier spectacle, à part Philippe, on retrouve tous les membres de la « brigade d’intervention citoyenne ».

Objectif visé :

« Aboutir aux représentations publiques des spectacles mais aussi offrir à ces adultes une approche précise du théâtre favorisant leur épanouissement et surtout leur insertion sociale », écrit Malo sur le site de l’association.

On sent Corentin très touché par cette approche :

« Le fait qu’on mette en avant sur scène notre handicap, pour moi, c’est super important. On a du mal à aller vers les gens dans d’autres lieux comme les transports, parce qu’on ne sait pas comment ils vont réagir. Avec cette pièce, je veux leur montrer que oui je suis handicapé, mais je suis aussi comme vous, je suis capable de monter sur scène et d’être comédien. »

> Relisez le premier épisode de notre série sur Variations citoyennes : « Dans la classe de 5è Segpa du collège Clémenceau ».

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