Société 

Affaires de pédophilie : des « erreurs de gestion » du diocèse aux mauvaises blagues d’un prêtre

actualisé le 27/04/2016 à 07h42

L’exercice de contrition avance lentement dans le diocèse de Lyon. Le cardinal Barbarin a réuni ce lundi « 220 prêtres » à Valpré, à Ecully, pour les « écouter » sur la lutte contre la pédophilie. Si le cardinal Barbarin a reconnu « des erreurs de gestion », certains propos tenus par des prêtres ont choqué des victimes.

La réunion s’est tenue à huis-clos et, le soir même, le cardinal Barbarin était absent du point presse. Il a laissé le soin à ses deux vicaires généraux de répondre aux questions des journalistes. Le vicaire Yves Baumgarten a notamment lu le communiqué du diocèse qui tire le bilan de cette rencontre.

Dans ce texte, on note cette formule :

« Le cardinal a notamment reconnu que le diocèse avait commis des erreurs dans la gestion et la nomination de certains prêtres. »

C’est un second acte de contrition de la part du cardinal Barbarin même s’il n’assume pas personnellement ces erreurs de gestion.

A Lourdes, il avait confessé une erreur au sujet du père Preynat, le premier curé lyonnais mis en examen pour des agressions sexuelles sur des mineurs :

« On peut me reprocher de l’avoir cru (…). Je ne dis pas que je ne me suis pas trompé ».

Décliner localement des mesures nationales

Mais cette « opération Valpré » a surtout consisté à décliner au local des mesures prises nationalement par l’église catholique.

  • Mise en place d’une cellule d’écoute « 7j/7 et 24h/24 » pour des victimes d’abus sexuels « commis par des personnes placées sous la responsabilité de l’Église ».
  • Mise en place d’un collège d’experts, composé notamment selon le Progrès du magistrat Jean-Olivier Viout, ancien procureur général de Lyon, d’un psychiatre, d’une psychanalyste, d’un médecin, d’un canoniste, d’une assistante sociale, d’un père et d’une mère de famille ainsi que du vicaire général modérateur chargé de présenter les dossiers. Le 30 juin 2016, le collège rendra ses avis sur les dossiers « problématiques » promet le diocèse.
  • Mise en place d’un accompagnement du personnel du diocèse et des paroisses « afin de faire face à la crise actuelle ».

D’autre mesures sont promises « à compter du 1er septembre prochain ».

La moitié des prêtres présents

Comme le relève RCF, cette « opération Valpré n’a réuni que la moitié des prêtres du diocèse. Même si les prêtres du diocèse de Lyon ne se sont guère exprimés sur le sujet, il apparaît que ce n’est pas la franche unanimité qui règne pour soutenir le cardinal Barbarin.

Selon un prêtre interrogé sous couvert d’anonymat en amont de la réunion de Valpré par l’AFP (via lepoint.fr), le clergé lyonnais est divisé par les « affaires » en cours : il y a d’un côté les « négationnistes » et de l’autre les « Savonarole », du nom de ce prédicateur italien qui dénonçait au XVe siècle la corruption morale des prélats romains.

L’AFP cite ce qu’a écrit le père Franck Gacogne de la paroisse Saint-Benoît à Bron dans le bulletin de sa paroisse du mois d’avril :

« La pédophilie, c’est moralement pire quand ça vient d’un prêtre […]. Oui, l’Évangile a été gravement trahi. […] Je n’ai que faire de la préservation de l’institution, elle n’a pas à être protégée à tout prix ».

Il y a quelques jours, l’association des victimes du père Preynat, La Parole libérée, avait écrit aux prêtres du diocèse, pour leur demander de se faire « les porte-parole des victimes silencieuses ».

« Honte d’être catholique »

L’association La Parole libérée a vivement réagi aux propos de prêtres recueillis en avant la réunion de Valpré par des journalistes.

France 3 a recueilli les propos de Jean Lacombe, prêtre à Villeurbanne :

« Le cardinal Barbarin a pu être un peu imprudent parfois […]. Mais je crois qu’il y a une sorte de harcèlement. Les médias font le procès des gens avant la justice », a-t-il ajout.

Disant aussi ne pas comprendre pourquoi les victimes « ont attendu si longtemps » et en estimant que leurs parents « auraient dû porter plainte ».

Georges Favre, prêtre retraité, a lancé une plaisanterie douteuse :

« Ma position ? Je n’ai pas violé beaucoup d’enfants ; je suis assez clean à ce sujet-là. Heureusement, parce que vous auriez pu en faire partie, comme vous êtes très jeunes les uns et autres », a-t-il lancé aux journalistes.

Avant de poursuivre :

« Finalement, c’est comme dans l’Éducation nationale, ça fait porter le soupçon sur toute une profession. Ça c’est regrettable, c’est un peu difficile à vivre ».


Ces propos de prêtres ne sont certainement pas à la hauteur de la situation. Comme le comptabilise l’AFP, depuis la mise à jour de l’affaire Preynat, cinq autres affaires d’agressions sexuelles ou de pédophilie ayant un lien avec le diocèse de Lyon ont émergé, en cours d’enquêtes ou d’affaires déjà jugées dans le passé.

Ce mardi, le directeur de cabinet du cardinal Barbarin affirme sur Twitter qu’il a été demandé à ces deux prêtres de présenter leurs excuses.

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