Grenoble sous ma loupe
Chronique politique écrite depuis Grenoble par Victor Guilbert. Un regard critique sur l'atelier municipal dite d'une "autre gauche", ce "laboratoire" d'expériences politiques initié en 2014 dans la capitale des Alpes.
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Grenoble se retire du financement de la ligne TGV Lyon-Turin

actualisé le 08/09/2016 à 23h00

[Article mis à jour le 19 avril] Le maire écolo de Grenoble Eric Piolle et son équipe ont adopté ce lundi 18 avril une délibération pour désengager la ville de sa participation financière au projet ferroviaire Lyon-Turin, préservant « entre 32 et 100 millions d’euros d’investissements ». 

Le Lyon-Turin est basé sur "des projections erronnées" selon le maire de Grenoble Eric Piolle (EELV) et sa première adjointe Elisa Martin (PG). Crédit : V.G. / Rue89Lyon

Le Lyon-Turin est basé sur « des projections erronées » selon le maire de Grenoble Eric Piolle (EELV) et sa première adjointe Elisa Martin (PG). © VG/Rue89Lyon

Pendant près de deux heures, c’est à faible vitesse que les élus grenoblois ont débattu de l’amendement soumis au vote du conseil municipal, ce lundi soir.

La municipalité verte-rouge-citoyenne d’Eric Piolle proposait de retirer la signature de la ville de protocoles d’accord de 2002 et 2007, l’engageant à participer avec la Métropole et le conseil départemental de l’Isère au financement de certaines infrastructures ferroviaires du projet de ligne à grande vitesse (LGV) entre Lyon et Turin.

Sans surprise, la délibération a été adoptée avec le soutien de circonstances des deux élus du front national (FN); le groupes socialistes et celui de la droite ayant quant à eux voté contre.

« Une dérive préoccupante du coût »

Pourtant, à l’époque, les élus écologistes dont certains encore élus aujourd’hui avaient voté en faveur de la participation financière de la ville. Pourquoi détricoter aujourd’hui, ce qu’ils avaient approuvé à l’époque ?

Pierre Meriaux, conseiller municipal délégué à la Montagne et au Tourisme justifie :

« En 2002, le projet Lyon-Turin était encore axé principalement sur un projet de fret ferroviaire. Ce n’est plus le cas. Mais en 2007, l’engagement pris par le maire de l’époque (Le socialiste Michel Destot, NDLR) n’a même pas été soumis au conseil municipal ».

Et l’élu qui a défendu la délibération ajoute :

« Mais surtout, il y a eu une dérive préoccupante du coût. En 2002, l’engagement des trois collectivités [ville, Métropole et département de l’Isère, NDLR] portait sur 53,4 millions d’euros. En 2007, l’enveloppe a été revue à la hausse à 129,72 millions d’euros. En suivant l’évolution du coût total du projet, nous serions aujourd’hui sur une participation de l’ordre d’environ 330 millions d’euros. Le tout sans connaître la clé de répartition et donc la part demandée à la ville ».

Pierre Meriaux (premier plan) et Jacques Wiart (second plan) ont porté la délibération devant le conseil municipal de Grenoble. Crédit : V.G. / Rue89Lyon

Pierre Meriaux (premier plan) et Jacques Wiart (second plan) ont porté la délibération devant le conseil municipal de Grenoble. ©VG/Rue89Lyon

Croche-pied à Michel Destot

Pour l’opposition socialiste, il s’agit surtout « d’un plaidoyer à charge contre l’ancienne municipalité et son maire, Michel Destot ».

Car l’ancien édile grenoblois qui est toujours député de l’Isère, est effectivement le rapporteur du projet de loi sur le Lyon-Turin et le co-auteur avec le député de Savoie Michel Bouvard (LR) d’un rapport sur le financement du nouvel axe ferroviaire transalpin. Ils préconisaient en juillet 2015 de mettre les poids lourds à contribution pour financer une partie du coût total du projet, estimé entre 26 et 30 milliards d’euros.

Un mois plus tard, ce rapport était la victime collatérale du fiasco des portiques Ecomouv’, enterrant définitivement l’instauration du principe de l’écotaxe.

Dans un communiqué envoyé ce mardi en réaction à la délibération, Michel Destot exprime sa « consternation » :

« Cette triste décision dénote une nouvelle fois la volonté de la municipalité d’accélérer l’isolement croissant et la perte d’attractivité de Grenoble. […] En se désolidarisant des autres collectivités rhônalpines signataires et alors que le phénomène de saturation de la section Saint-Exupéry/Saint-André-le-Gaz est bien connu, la Ville de Grenoble opte pour l’étroitesse et le repli sur soi, prenant parti contre un projet majeur pour l’Europe entière, porteur de progrès environnementaux, sociaux et économiques incontestables. ».

« La Ville de Grenoble oublie les usagers du TER »

Si la décision grenobloise saura sans doute satisfaire une partie de son électorat opposé à ce « grand projet inutile », ce n’est pas le cas des membres de l’association pour le développement des transports en commun de l’agglomération grenobloise (ADTC), pourtant proches de la municipalité écologiste.

Dans un communiqué, ils estiment que la ville va à l’encontre des besoins des usagers :

« Le protocole dont la ville de Grenoble [s’est retiré] concerne la ligne d’accès au tunnel de base Lyon-Turin et non le tunnel lui-même qui est financé par l’Europe et les États français et italiens. Cette ligne entre Lyon et Chambéry permettrait de dé-saturer l’axe Lyon-Grenoble-Chambéry et réduirait les temps de parcours. Comment va-t-on améliorer les liaisons TER si on n’investit pas dans les liaisons TER ? »

Car si la municipalité d’Eric Piolle s’est retirée pour « recentrer les investissements sur des projets de transports utiles », il n’a pourtant pas annoncé une réattribution de la somme préservée sur d’autres aménagements ferroviaires, préférant citer le coût du « plan-école » pour justifier l’économie réalisée.

> Article actualisé le 19 avril à 22h avec le communiqué de Michel Destot, en réaction à l’adoption de la délibération.

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L'AUTEUR
Victor Guilbert
Victor Guilbert
Auteur du blog "Grenoble sous ma loupe" et journaliste à Grenoble, je planche notamment sur la politique locale au pied des Alpes.
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