Société 

A Vaulx-en-Velin, manif sauvage contre Manuel Valls : périph bloqué et interpellations

actualisé le 16/04/2016 à 11h12

[Article mis à jour régulièrement] Pour la troisième fois, un comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté a été décentralisé.

Cette fois-ci, c’est la commune de Vaulx-en-Velin, fief de l’actuelle secrétaire d’État à la Ville Hélène Geoffroy qui avait été choisie.

Ce mercredi, après avoir présenté en conseil des ministres le projet de loi « égalité et citoyenneté » qui se veut une réponse à « l’apartheid territorial, social et ethnique», Manuel Valls et une dizaine de ministres sont venus « dans une ville emblématique de la politique de la Ville ».

Ils devaient y « présenter un bilan actualisé de la mise en œuvre des mesures en faveur de l’égalité et la citoyenneté et prendre de nouveaux engagements » selon les termes du communiqué de la préfecture.

Il n’y a pas que le président PS de la Métropole Gérard Collomb, non invité aux festivités, qui s’est énervé par la tenue de ce comité à Vaulx-en-Velin.

Un rassemblement de 500 personnes

Après une manifestation samedi en demi-teinte contre la loi travail, des syndicats (SUD, CGT, FSU), des mouvements politiques (comme le PCF, Ensemble, Lutte ouvrière, la Coordination des Groupes Anarchistes), le collectif unitaire 69 des intermittents et précaire ou encore le mouvement « Nuit Debout Lyon » appelaient à une nouvelle journée de mobilisation lyonnaise.

Le rassemblement déclaré en préfecture par les syndicats se situait devant le lycée Robert Doisneau. Lieu symbolique puisque, avant les vacances scolaires, ce lycée a connu une semaine de manifestations sauvages, de blocages, mais aussi d’interpellations : 19 selon le comptage de la police.

Vers 14h, environ 500 manifestants ont avancé de quelques mètres vers le Palais des sports pour lancer des slogans lorsque les ministres sont arrivés. « Retrait de la loi travail » mais aussi « de l’argent, il y en a dans les caisses du Panama ».

Ce sont essentiellement les militants politiques et des syndicalistes qui étaient représentés. On comptait une dizaine de lycéens vaudais, quelques étudiants et des personnes investies dans l’occupation « Nuit Debout » de la place Guichard.

Bien peu de Vaudais donc. Hormis les syndiqués CGT de la ville qui ont donné de la voix contre le gouvernement et particulièrement l’ex-maire de la ville, Hélène Geoffroy.

500 personnes massées derrières les grilles qui interdisaient l'accès à un large périmètre du centre-ville de Vaulx-en-Velin. ©LB/Rue89Lyon

500 personnes massées derrières les grilles qui interdisaient l’accès à un large périmètre du centre-ville de Vaulx-en-Velin. ©LB/Rue89Lyon

Manif sauvage et blocage du périph’

La manif a ensuite suivi un groupe d’une trentaine de manifestants, panneaux rigides en mains, qui ont tenté de forcer le barrage de CRS pour perturber la visite de la Mission locale par les ministres.
Après quelques coups de matraques, le groupe a reculé.

Ce fut le début d’une manifestation sauvage (car non-déclarée) dans les rues du centre-ville de Vaulx-en-Velin.

Les quelques centaines de manifestants ont tenté de s’approcher de la zone interdite – autour de L’École nationale supérieure d’architecture où se tenait ce « comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté ». La marche a dessiné un arc de cercle autour du centre, avec, au loin, les forces de l’ordre.

Puis des manifestants ont lancé l’idée d’aller « bloquer le périph' ».
D’un bon pas, environ 200 manifestants ont avalé les deux kilomètres qui séparent le centre-ville de la bretelle d’accès au périphérique lyonnais.

Blocage express du périph lyonnais par des manifestants contre la venue de Manuel Valls et autres ministres. ©LB/Rue89Lyon

Blocage express du périph’ lyonnais par des manifestants contre la venue de Manuel Valls et autres ministres. ©LB/Rue89Lyon

Une fois les manifestants sur le périph, au niveau du pont de Cusset, la police est intervenue.

Grenades lacrymogènes sur l’autoroute puis charge à coups de matraques, sous un orage de grêlons. Au moins deux personnes ont été interpellées au cours de cette intervention. Et au moins un manifestant a été blessé au crâne par un coup de matraque. Le blocage du périph’ dans le sens sud-nord aura duré à peine 10 minutes.


La charge de la police et la pluie torrentielle ont eu raison de la manif sauvage. A 16h30, l’heure était à la dispersion.

« Des extrémistes armés de manches de pioches »

Ce mercredi à 19h30, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, s’est fendu d’un communiqué de presse pour « condamner très fermement les violences qui se sont produites » lors de la manifestation de cet après-midi.

Dans le communiqué du ministre de l’Intérieur, le bref blocage de l’autoroute puis la charge de la police font l’objet d’un autre récit :

« Des extrémistes armés de manches de pioche ont agressé des représentants des forces de l’ordre en service ».

Et de préciser que « quatre policiers ont été blessés, dont deux ont dû être hospitalisés ». Leurs blessures sont sans gravité, selon la préfecture du Rhône citée par le Progrès.

Le ministre ajoute que « trois individus ont été interpellés. Ils devront répondre de leurs actes devant la Justice. »

Il conclut par un chiffre : « depuis un mois, 131 policiers et gendarmes blessés au cours d’opérations de maintien de l’ordre à l’occasion de différentes manifestations ».

« Un blocage pacifique »

Dès le soir de cette manif sauvage, des participants au blocage du périph’ ont réagi et témoigné.

Tous insistent sur l’aspect « pacifique » de cette action.

L’un des coordinateurs de « Nuit Debout », Cyril, a pris la plume sur la page Facebook du mouvement :

« Après envoi de grenades lacrymogènes par les CRS, les mobilisés ont quitté l’autoroute et sont partis pacifiquement sans aucune violence envers les forces de l’ordre. Comme ils étaient sur le trottoir en train de reculer doucement, les policiers ont attaqué tout d’un coup et ils ont frappé fort. J’ai été particulièrement choqué d’être le témoin de cette violence des forces de l’ordre alors que le blocage était pacifique et de voir que les gens ont été attaqués alors qu’ils partaient tranquillement. »

Tout comme notre journaliste présent sur place, aucune des personnes qui nous ont contactés n’a vu de manifestants « armés de manches de pioche », pour reprendre les termes du ministre de l’Intérieur.

C’est également ce qui ressort des commentaires postés au bas de cet article. « aiecafaitmal » et « Dlbk » insistent sur la « réponse des plus violentes de la part des forces de l’ordre ».


Les accusations de Bernard Cazeneuve se dégonflent

Dans sa « synthèse » quotidienne envoyée ce vendredi aux médias locaux, la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du Rhône revient sur les trois personnes interpellées mercredi suite au blocage du périph’.

Les trois personnes âgées de 21, 24 et 31 ans ont été placées en garde à vue pour la « participation à un attroupement après sommations » :

« Ils venaient de tenter de bloquer la circulation du boulevard périphérique et ne se dispersaient pas à l’issue des sommations d’usage. »

Les « individus de 24 et 31 ans » ont été interpellés à la hauteur du pont de Cusset.

S’agissant de l’« l’individu de 21 ans », il a été interpellé 20 minutes après, à 16h30, dans l’enceinte de la station de métro « Laurent Bonnevay » à Villeurbanne :

« Il venait, à hauteur du boulevard périphérique, de jeter des projectiles sur les policiers alors même que les sommations ordonnant la dispersion avaient été faites. Par ailleurs, il était en possession d’un couteau et d’une pierre. »

Une procédure pour « port d’arme prohibé de catégorie D et violences volontaires aggravées » a été ouverte contre lui, en plus de la « participation à un attroupement après sommations ».

Contrairement au ministre de l’Intérieur, la police de Lyon ne parle à aucun moment, parmi ces trois personnes interpellées, « d’extrémistes armés de manches de pioche qui ont agressé des représentants des forces de l’ordre en service ».

Les trois personnes sont passées vendredi en comparution immédiate.

Les deux premières ont été condamnées à deux mois de prison avec sursis et la troisième à trois mois de prison avec sursis.

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