Politique 

Les 100 jours de Laurent Wauquiez : vous allez voir ce que vous auriez dû voir

actualisé le 23/09/2016 à 12h52

FACT CHECKING / Durant sa campagne des régionales 2015, s’il était élu, Laurent Wauquiez avait donné rendez-vous dans 100 jours.

100 jours pour quoi ? Pour « tout impulser » ou presque de son action et de son plan d’économies qu’il veut drastique.

100 jours après c’est aujourd’hui et on fait le bilan à travers beaucoup d’effets d’annonces, quelques annonces et des premiers choix politiques.

>> Retrouvez le bilan synthétisé dans la rubrique « 100 jours » de notre appli « Dans la tête de Laurent Wauquiez ».

 

Laurent Wauquiez voudrait être le candidat de la droite aux élections régionales de mars 2015.

Le soir du second tour des régionales, alors au micro de France 3 Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez déclarait :

« On ne va pas tout révolutionner en 100 jours, mais les engagements que j’ai pris, le programme d’économies, d’essayer de revoir la politique de formation et du social dans notre région, de travailler sur l’apprentissage, les engagements pour améliorer la sécurité des TER, les gares et les lycées, c’est tout de suite, on n’attend pas. Ce qui m’intéresse, c’est que pendant ces 100 jours, on commence à voir la différence… »

100 jours plus tard, voit-on la différence ? Si on demande à Google News, oui. Rares sont les journées sans une occurrence « Laurent Wauquiez ».

Ces jeudi 14 et vendredi 15 avril, la Région s’apprête à voter le premier budget de l’ère Laurent Wauquiez, le premier depuis qu’Auvergne et Rhône-Alpes ont fusionné.

Durant la campagne des régionales, entre les deux tours, Laurent Wauquiez et ses équipes avaient indiqué la liste d’une vingtaine de mesures qui seraient mises en place en 100 jours. Son style (nous) a déjà fait beaucoup parler mais nous allons reprendre ici ces promesses de campagne-là et voir ce qu’il en est au point d’étape fixé par Laurent Wauquiez lui-même.

1. Ce qui a été fait et qui ne coûtait pas cher

A peine élu, Laurent Wauquiez a annoncé souvent des mesures à l’impact plus important sur l’opinion publique que sur les finances de la région.

Ainsi, dans son volet « exemplarité » il promettait de baisser les indemnités des élus régionaux de 10 %, de faire adopter une « charte éthique pour mettre fin aux scandales et aux abus » et de mettre en place un « système d’indicateurs de résultats » pour mesure le travail des élus. En janvier dernier, l’indemnité des élus régionaux a effectivement été réduite de 10 % même si pour certains élus, ceux de l’Auvergne, la fusion avec Rhône-Alpes entraîne mécaniquement une hausse de leurs indemnités.

Il a par ailleurs réduit le nombre de vice-présidences, de 29 à 15, et de membres de la commission permanente et privés les élus de leurs téléphones portables et abonnements afférents. Le tout pour une économie estimée de 19 millions d’euros.

Il a également fait accepter une autre baisse de 10 % sur les crédits pour les collaborateurs de cabinets cette fois. L’opposition le soupçonne d’avoir pourtant élargi la composition de son cabinet de façon détournée. Pas de trace par ailleurs de la charte éthique et du système d’indicateurs de résultats.

Laurent Wauquiez avait également promis de ne voter aucune hausse d’impôts. C’est ce qu’il ressort des premières orientations budgétaires présentées le 1er avril. Rappelons une fois de plus que les régions n’ont quasiment pas de prise directe sur ces recettes en dehors de la taxe relative au carburant et des cartes grises. Pour ces dernières, la fiscalité plus avantageuse en Rhône-Alpes sera alignée pour l’Auvergne à partir de 2017.

Dans son tract de campagne, il avait également annoncé la création d’une vice-présidence dédiée au commerce de proximité. Juliette Jarry en a désormais la charge ainsi que de l’artisanat et…du numérique.

Suite à l’annonce de la ministre de l’Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, de supprimer les bourses au mérite pour les lycéens ayant obtenu la mention « Très bien » au bac, Laurent Wauquiez avait annoncé durant la campagne qu’une fois élu la région instaurerait la sienne. La bourse nationale a finalement été conservée mais réduite de moitié. Les lycéens concernés pourront ainsi la cumuler avec celle de la région fixée à 500 euros.

Enfin, le président de région affirmait vouloir lancer un plan de modernisation des lignes ferroviaires et de mesures de sécurisation. Sont ainsi annoncées pour 2016 et 2017, le paiement de 37 rames de TER équipées de caméras de vidéo-surveillance ainsi que de 31 rames supplémentaires classique et la modernisation de plusieurs lignes ferroviaires.

2. Ce qui a été lancé et qui est déjà retombé

Image tirée du film « Il est génial Papy ! » de Michel Drach, avec Guy Bedos.

Image tirée du film « Il est génial Papy ! » de Michel Drach, avec Guy Bedos.

Après les attentats de Paris le 13 novembre 2015, Laurent Wauquiez a dégainé un « bouclier sécurité » pour financer différentes mesures à hauteur de 45 millions d’euros. Et peu importe si la région n’a que très peu de compétences en la matière. Il faut marquer les esprits. C’est ainsi qu’arrivent sur la table plusieurs idées dont la mise en place de portiques de sécurité à l’entrée de tous les lycées de la région.

La mesure est effectivement déployée depuis quelques semaines mais dans un climat pas franchement serein et dans une certaine cacophonie. Le lycée pilote de Moirans en Isère ne voulait pas de portiques , les services de la région en ont d’ailleurs convenu mais Laurent Wauquiez les a imposés. Les portiques annoncés se sont transformés finalement en tourniquets jugés tout aussi inutiles. Pour garder la face son entourage évoque une incompréhension sémantique concernant le terme de portique de sécurité.

Le déploiement du dispositif dans le Rhône est lui aussi problématique. Trois établissements doivent être équipés de portiques cette année dont le lycée Marie Curie à Villeurbanne. Le conseil d’administration a dit niet et la région a reculé.

3. Ce qu’on a du mal à voir venir

Laurent Wauquiez avait par ailleurs annoncé un ensemble de promesses relativement vagues. Suffisamment en tout cas pour qu’on ne puisse pas dire qu’elles ont disparu mais dont on ne sait pas bien si elles correspondent aux premières orientations budgétaires.

Ainsi, le candidat Wauquiez avait promis d’inclure dans le premier budget de la région des « mesures de soutien aux agriculteurs » : 4,3 millions d’euros sont annoncés pour le secteur sous forme d’aides à l’installation et à la transmission d’exploitations agricoles ainsi qu’un « Plan Eau Agriculture » pour éviter les sécheresses.

Il avait également évoqué un pacte « 1 apprenti, 1 entreprise ». La formule est efficace mais on se sait guère où elle en est. 3,1 millions d’euros sont annoncés sous formes d’aides « rapidement mobilisables pour les entreprises » en contrepartie d’engagements d’embauche d’un apprenti. Il semblerait donc qu’il s’agisse de la traduction de son « pacte » mais l’opposition estime « qu’il n’y a eu aucun débat d’orientation » sur le sujet.

Idem concernant sa promesse de « recentrer l’offre de formation professionnelle ». Le « budget de rupture », tel que Laurent Wauquiez le décrit, évoque bien une refonte de la formation professionnelle permettant de « réorienter les formations financées par la région vers les besoins réels des entreprises ». L’inverse aurait été surprenant et ça ne mange pas de pain. Mais là encore, on n’en sait pas plus.

4. Ce dont on n’a plus (vraiment) de nouvelles

Ici, il s’agit pour beaucoup de mesures visant à rassurer. Les territoires ruraux notamment avec la promesse d’un « fonds d’intervention pour le maintien des commerces de proximité ». Mais aussi un peu tout le monde dans le contexte actuel sécuritaire lié aux risques d’attentats avec « la sécurisation des sites Seveso » ou la mise en place « dès janvier 2016 » d’une « police ferroviaire » proposée dès octobre 2015.

De tout ça on en a perdu la trace. La police ferroviaire, Laurent Wauquiez a dû s’apercevoir qu’elle existait déjà à la SNCF et que la Surveillance Générale était bien présente dans la région. D’autre part cette compétence ne relève pas de la région, Laurent Wauquiez en avait d’ailleurs fait la demande au Premier ministre. Une proposition qui a donc peu de chance de voir le jour.

Depuis son élection, on a souvent vu ou entendu Laurent Wauquiez faire la promo des produits de la région et notamment de la lentille du Puy-en-Velay. Des produits qu’il veut voir servir dans les assiettes des établissements scolaires de la région. Mangeons Français et surtout mangeons local. Très bien, mais on ne voit pour le moment rien venir en la matière. Pire, la région s’apprête à dépouiller les acteurs du bio et notamment des circuits courts d’une partie des aides régionales. Le pragmatisme nous échappe sur ce coup-là.

Manger local et embaucher local également, voilà ce que promettait Laurent Wauquiez. Comment ? A travers notamment les clauses d’insertion dans les marchés publics et le candidat d’annoncer ainsi une « préférence régionale dans les marchés publics ». Rien n’a été annoncé ni débattu jusqu’alors, Laurent Wauquiez a déclaré à quelques journalistes qu’une conférence de presse serait bientôt tenue sur le sujet.

Autre promesse dont on n’a plus de nouvelles : la réalisation d’un campus numérique à Charbonnières-les-Bains. Le financement des premières études étaient promises pour ce premier budget. Aucune trace dans les orientations présentées jusqu’à maintenant.

5. Des décisions sorties du chapeau

La commune du Puy-en-Velay dans le département de la Haute-Loire. Photo CC by Mike Rowe via Flickr

La commune du Puy-en-Velay dans le département de la Haute-Loire. Photo CC by Mike Rowe via Flickr

Le style Laurent Wauquiez depuis son élection s’est souvent traduit par la prise de décisions (déjà) contestées. Y compris parfois même au sein de son propre camp.

Il y a les décisions que les mauvaises langues jugeront clientélistes en direction de son territoire ou de sa famille politique. Ainsi, 300 000 euros accordés pour la « mise en lumière » de la ville du Puy-en-Velay (Haute-Loire) dont il était le maire jusqu’à peu. Il a également fait savoir que la Région était prête à être le « premier financeur » pour les travaux de restauration de la statue Saint-Joseph qui domine….Le Puy-en-Velay. Il a part ailleurs demandé à Orange d’accélérer le raccordement à la fibre du quartier de Taulhac, quartier qui comprend une zone d’activité notamment, situé sur la commune….du Puy-en-Velay.

Il avait promis de ne pas oublier l’Auvergne une fois à la tête de l’exécutif régional. On ne peut pas lui reprocher d’avoir menti. Il a ainsi annoncé un « pacte régional pour le Cantal » doté de 125 millions d’euros sur 5 ans pour « désenclaver » le département.

Crédits : Xavier Rauffet / Jazz à Vienne.

Le festival Jazz à Vienne. © Xavier Rauffet / Jazz à Vienne.

Ou bien la décision de doubler la subvention pour le festival « Jazz à Vienne », ville iséroise dont le maire dirige la fédération départementale des Républicains. Il a également été décidé de donner 50 000 euros au syndicat étudiant de droite l’UNI pour l’organisation de forums dans les universités sur le thème de l’insertion.

Il y a aussi les décisions qui ne font pas l’unanimité dans son propre camp. Comme la décision de financer à hauteur de 100 millions d’euros la réalisation de l’A45 devant relier Lyon à Saint-Étienne. Certains élus de droite s’y opposent, notamment le député du Rhône Georges Fenech pour qui cette autoroute serait une « erreur historique ».

6. Un plan d’économies moins drastique que prévu ?

Il le claironnait pendant la campagne des régionales : la gestion socialiste à la région sous Jean-Jack Queyranne était une gabegie. Il promettait donc un plan d’économie « drastique » de l’ordre de 300 millions d’euros sur l’ensemble du mandat. Rien que pour la première année, 75 millions d’euros d’économie sont avancés. Ce sera bien compliqué. L’opposition en doute et parle de 45 millions seulement.

Laurent Wauquiez espère ainsi économiser :

  • 17 millions d’euros sur les services généraux grâce notamment aux décisions concernant la baisse du « train de vie » des élus. Tiens, c’est déjà 2 millions de moins qu’annoncé en janvier.
  • 36 millions d’économie doivent émerger de la « redéfinition des politiques » (subventions aux associations, soutien aux évènements culturels, dépenses de transports…)
  • 15 millions sur les frais financiers de la gestion de la dette
  • 7 millions d’économie réalisés sur la péréquation de la cotisation sur la valeur ajoutée.

Pour l’opposition à la gauche de Laurent Wauquiez, ces deux derniers postes et les 22 millions correspondants sont à retirer du total. Les économies sur la gestion de la dette sont le fait notamment « de taux d’intérêt plus favorables » et du recours à « l’émission de titres obligataires depuis 2013 » à mettre au bénéfice de l’ancienne majorité. Par ailleurs, la fusion des deux anciennes régions a selon elle automatiquement « réduit la participation de la nouvelle région à la péréquation ».

Selon l’opposition socialiste, l’économie réelle présentée par Laurent Wauquiez pour 2016 s’élèverait à 45 millions d’euros.

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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