Cultures  Société 

A Lyon, des ados et leurs parents face aux questions du numérique

actualisé le 24/03/2016 à 21h08

Un ado devant un écran, une image qui angoisse pas mal de parents. A l’occasion de Super Demain, qui avait lieu ce samedi à Lyon, nous en avons rencontrés quelques uns, au milieu de professionnels du numérique, makers, designers, étudiants, appliqués à mieux faire comprendre les usages et les bonnes méthodes autour des outils numériques, des écrans, des technologies et des nouveaux médias.

Arthus et Zélie avec leur mère Claire, lors de la journée Super Demain. Crédit : AC/Rue89Lyon

Par Alice Colmart et Dalya Daoud

A la maison, tout le monde a son ordinateur et sa tablette. Claire, mère de deux enfants, a acheté une imprimante 3D à ses enfants, qui eux sont en pleine création d’une chaine Youtube.

« Il est très important pour nous de faire découvrir à nos enfants tout ce que le numérique permet. Ne pas le faire ce serait être hors époque. »

Sous la proposition massive de technologies, il n’empêche que les enfants suivent des règles d’or :

« On donne à nos enfants des volumes de droits de consultation, on est vigilants à ce que les écrans ne remplacent ni les copains, ni les autres activités. Pour ne pas être victimes des méfaits des nouvelles technologies, il faut les connaître. »

Claire a déjà sans doute compris beaucoup de choses. Pour autant, beaucoup de questions ont été posées pendant les conférences de Super Demain et notamment celle justement intitulée « Facebook, Snapchat, Minecraft… Comment aider les adolescents à bien utiliser les écrans et le numérique ? » (animée par Rue89Lyon).

Vanessa Lalo, psychologue des médias numériques, a débuté la rencontre par un constat : l’exposition aux écrans ne cesse d’augmenter et notre manière de les utiliser évolue à grande vitesse :

« Aujourd’hui, nos enfants utilisent plusieurs écrans en même temps. Entre la télévision, le web et le téléphone, on ne sait plus exactement ce qu’ils font. »

Si le multi-usage est un problème pour certains parents, cette famille « ultra connectée » a mis en place son propre fonctionnement.

Nouvelles temporalités

Le droit de consultations, point abordé pendant la conférence, est selon Vanessa Lalo difficile à définir.

« Avec le numérique est arrivée une nouvelle temporalité. Textos illimités, Internet illimité… C’est la toute première fois depuis l’histoire de l’humanité que nous sommes confrontés à des objets qui ne s’arrêtent pas. Un livre à une fin, un jeu à une fin. Le numérique n’en a pas. L’enfant se lassera difficilement d’une tablette, car l’interactivité est pour lui un stimulant.»

Vanessa Lalo explique ainsi qu’il est essentiel d’imposer un « cadre de confiance ». Pour la psychologue, le fait de fixer un cadre en imposant des horaires n’est pas une solution :

« Plus l’enfant sera frustré, plus il enfreindra les règles dès qu’il en aura l’occasion. Il restera deux heures de plus devant l’ordinateur de ses copains ou de ses grands-parents. »

Il faut donc que l’enfant puisse s’auto-réguler, qu’il prenne conscience de ses propres limites.

« Utiliser un minuteur, un rappel, un réveil, pour réaliser que le temps passe peut être une solution. Le parent n’aura pas le mauvais rôle car l’enfant s’arrêtera par lui-même.»

L’exposition hebdomaire aux écrans se répartit comme suit :

Chez les 1-6 ans

  • Télé : 7h20 en moyenne par semaine
  • Contenus web : 3h10 en moyenne par semaine
  • Jeux vidéo : 2h40 en moyenne par semaine

Chez les 7-12 ans

  •  Télé : 9h50 en moyenne par semaine
  •  Contenus web : 5h en moyenne par semaine
  • Jeux vidéo : 4h50 en moyenne par semaine

Chez les 13-19 ans

  • Télé : 10h25 en moyenne par semaine
  • Contenus web : 11h45 en moyenne par semaine

« Tu joues trop ! »

« Tu joues trop ! ». La psychologue s’appuie sur le phénomène des « doudous numériques » :

« Comment reprocher à notre enfant qu’il consomme trop d’écrans alors que nous passons nos journées devant ? Nous sommes scotchés à notre téléphone, qui est devenu la prunelle de nos yeux. L’enfant prend simplement exemple sur nous.»

Autre difficulté, une différence entre générations.

« Les enfants sont nés avec le numérique alors que les adultes sont en difficulté, à la fois fascinés et apeurés. Ce creux générationnel rend l’accompagnement difficile. »

Et ce manque de suivi peut parfois entrainer des réactions excessives comme « arracher les fils de l’ordinateur de son enfant » lorsque l’on perd patience.

« Le problème ne vient pas toujours du numérique. Ce n’est pas lui qui est violent, c’est nos réactions qui le sont. »

Philippe Cazeneuve, concepteur et ingénieur numérique, constate pour sa part la création d’une tour de Babel des médias sociaux :

« Selon l’âge que l’on a, on utilise tel ou tel réseau social. Une mère de famille va sur Facebook, un ado uniquement sur Snapchat, un jeune sur Twitter et aucune de ces personnes ne se croisent. »

« L’idée n’est pas de fliquer son ado »

Trop violent, pas assez intellectuel, abêtissant. Si le contenu du web nous déplait, nous en sommes pourtant les auteurs.

« Les utilisateurs d’Internet en font ce qu’il est. »

Selon la psychologue, c’est à nous, internautes, d’alimenter le web de choses intéressantes.

Le danger des publications trop personnelles sur le web a été abordé à de nombreuses reprise durant l’événement Super Demain. Fanny Georges, maître de conférence à Paris 3 qui étudie l’identité numérique depuis 15 ans, rejoint la plupart des spécialistes en la matière. Sur « les traces que l’on laisse à travers nos publications. »

Vanessa Lalo le résume simplement :

« Certains internautes partagent des photos de leurs soirées trop arrosées, des jeunes filles postent des photos parfois trop suggestives. Il faut alerter nos enfants sur le fait qu’il est très facile de retrouver ces fichiers, même supprimés.»

Comme la plupart des jeunes filles de leur génération (70 % des collégiens sont sur Facebook et sur Snapchat), Brune et Eva, collégiennes, sont actives sur les réseaux sociaux.

Brune et Eva, collégiennes à la journée Super Demain. Crédit : AC/Rue89Lyon.

Brune et Eva, collégiennes à la journée Super Demain. Crédit : AC/Rue89Lyon.

Pour elles, pas question de poster n’importe quoi. Et c’est le facteur « parents » qui est même dissuadant.

« Facebook est bien plus surveillé qu’Instagram. Je fais attention à ce que je poste parce que ma mère a depuis peu un profil Facebook », explique Brune.

Reste à ce que leur vigilance naisse non d’une crainte mais d’une prise de conscience de l’impact de leurs publications. Pour Catherine Selo, consultante en veille et communication digitales, se faire expliquer Snapchat par son ado est fascinant :

« L’idée n’est pas de le fliquer ni même de s’inscrire sur ce réseau social, mais de comprendre. En plus l’ado se sent valorisé car il nous apprend quelque chose, le rapport est inversé. »

S’ouvrir aux métiers du numérique

Un leurre consiste à croire que « le numérique n’est pas réel, différent de la réalité » explique Vanessa Lalo.

« En pensant cela, on ferme les portes à l’avenir. Nous avons en effet peu de recul sur les métiers de demain. Qui aurait imaginer voir apparaitre le métier de « community manager » dix ans auparavant ? »

Pour Magali Rofidal, chargée de projet au sein d’Imaginove (pôle de compétitivité de la filière numérique en Rhône-Alpes), difficile de se projeter. Mais une chose est sûre :

« Tous les secteurs d’activité vont avoir besoin de compétence en numérique. C’est comme en son temps l’électricité : une innovation que tous les domaines professionnels utilisent évidemment. »

Vanessa Lalo voudrait lutter contre le stéréotype du fan du web très (trop) geek, coupé de toute vie sociale. Elle explique par exemple que les enfants « gameurs » sont de très bons communiquants.

« Un enfant qui lit toute la journée est parfois plus en difficulté sociale qu’un enfant qui joue. En effet, il n’aura pas de sujets en commun avec ses camarades. L’enfant qui aura managé des équipes virtuelles pendant 10 ans peut devenir un très bon manager. »

Selon elle :

« Il faut féliciter un enfant qui gagne aux jeux vidéos. Si l’enfant échoue, il faut l’aider. Pour lui, ce sera bien plus important que des zéros à l’école. »

Les jeux-vidéos, des outils intellectuels

« Grâce aux jeux-vidéos, les enfants font des choses fabuleuses aujourd’hui, explique la psychologue. Ils ne réalisent pas qu’ils ont des compétences car personne ne le leur dit. Il faut utiliser ces jeux pour donner des compétences aux enfants. »

Parmi eux, Minecraft a séduit 70 millions de joueurs dans le monde.

« Minecraft est un jeu créatif fabuleux qui consiste à détruire et reconstruire son monde. On apprend à travailler la solidité des matériaux, appréhender le calcul de volume ou encore le fonctionnement de mise à l’échelle. »

Vanessa Lalo a ainsi rencontré des gameurs qui savaient, très jeunes, utiliser des matériaux comme le verre ou le fer.

« Il faut transformer ces informations en savoir. Valoriser sa logique son orientation dans l’espace ou encore s’intéresser à ce qu’il fait. Si le parent ne dit pas à son enfant qu’il sait faire, celui-ci ne peut pas le savoir.  »

Jouer avec lui, c’est encore la meilleure des solutions. C’est d’ailleurs par ce biais que Cyril, animateur pour l’atelier Minecraft, a rassuré les parents venu à Super Demain.

 

L'atelier Minecraft, pour sensibiliser les parents aux jeux-vidéos. DR.

L’atelier Minecraft, pour sensibiliser les parents aux jeux-vidéos. DR.

« Les parents viennent pour comprendre. On propose des clefs pour accompagner les enfant et ils jouent avec eux », explique t-il.

Pour s’approprier les médias numériques, il faut « s’intéresser à l’activité de son enfant », ont simplement rappelé de nombreuses voix.

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L'AUTEUR
Alice Colmart
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