Tribune 

Centrale nucléaire du Bugey : « chronologie d’une lyonnaise insouciance »

actualisé le 17/03/2016 à 09h32

Tribune / Les élus genevois (de la ville et du canton) s’inquiètent de la présence à 70 km du cœur de leur cité d’une centrale nucléaire vieillissante, incontinente au tritium. Ils ont même porté plainte contre X pour « mise en danger d’autrui », pointant le cumul des risques, le défaut d’information et l’incapacité de réagir en cas d’accident.

Bugey sous les feux des projecteurs

La centrale nucléaire du Bugey est visée par une plainte, déposée contre X par la ville et le canton de Genève, pour « mise en danger d’autrui » et « pollution des eaux ». C’est l’avocate Corinne Lepage, ex-ministre de l’Environnement, qui porte la procédure. Nous ouvrons nos colonnes à Pierre Hémon, président du groupe des élus EELV de la Métropole de Lyon, qui prépare un voeu relatif à la question de cette centrale et le déposera à l’occasion du prochain conseil métropolitain. Rue89Lyon

 

Visiblement nos préfets rhônalpins successifs et nos édiles locorégionaux font preuve de plus de sang-froid et de constance dans leur inébranlable confiance envers le nucléaire français.

C’est peut-être ce qui explique le peu d’empressement du maire de Lyon comme du président de la communauté urbaine, puis de la Métropole lyonnaise (la centrale du Bugey est distante de moins de quarante kilomètres), à demander des informations précises sur les mesures envisagées pour protéger la population.

Ce n’est pourtant pas faute de les avoir interpellés.

La centrale du Bugey à Saint-Vulbas, à 30 km de Lyon et 70 km de Genève. Crédits : IG/Rue89Lyon.

La centrale du Bugey à Saint-Vulbas, à 30 km de Lyon et 70 km de Genève. Crédits : IG/Rue89Lyon.

Cinq ans après Fukushima

Petite chronologie.

Le 16 mars 2011 : quelques jours après la catastrophe de Fukushima, les élus écologistes des différentes villes de la région écrivent au préfet de région lui demandant de réunir une conférence régionale sur la sureté et sécurité nucléaire : aucune réponse.

Le 4 avril 2011 : demande réitérée lors d’un conseil du Grand Lyon, sans remarque du président.

Le 27 mars 2012 : après le refus du cabinet du maire de Lyon qu’un vœu soit soumis au conseil municipal, les élus écologistes rédigent un courrier (cosigné par les groupes de la majorité) demandant au préfet qu’il organise des réunions d’information publiques sur l’éventuel élargissement de la Zone de Sécurité Renforcée autour de la centrale du Bugey : aucune réponse.

Le 16 avril 2012 : par l’entremise d’une question orale les élus écologistes du Grand Lyon proposent à Gérard Collomb de demander au Préfet d’organiser des réunions d’information sur les plans particuliers d’intervention et l’extension du périmètre de sécurité. Accord de Gérard Collomb. Un courrier signé de sa main est adressé le 23 mai 2012 au préfet de région.

Le 22 avril 2013 : les élus écologistes écrivent au préfet pour lui demander sa réponse au courrier de Gérard Collomb datant de 11 mois. Aucune réponse.

Le 28 mars 2013 : questionné par les élus écologistes sur un éventuel retour, Gérard Collomb répond : « vous faites bien de me rappeler que monsieur le préfet ne m’a pas répondu, je vais lui réécrire. »

Le 23 mars 2015 : lors du conseil de métropole, les élus écologistes réitèrent leur demande à Gérard Collomb concernant une éventuelle réponse du préfet à ce courrier du 23 mai 2012 (deux ans déjà !). « Aucun retour » répond Gérard Collomb, qui promet de relancer le nouveau préfet…

Plus de nouvelles à ce jour.

Quel périmètre de sécurité ?

La CLI (commission locale d’information) de Bugey va se réunir le 4 avril prochain. Les élus genevois sont invités. Et pas le président de la Métropole ? Et pas le maire de Lyon ?

Et pourtant les questions ne manquent pas concernant la santé et la sécurité des « Grands Lyonnais ». Nous nous en tiendrons à quatre.

  • Qu’en est-il du périmètre de sécurité renforcée autour de la centrale dont le rayon devait passer de 10 km à 100 km ?
  • Qu’en est-il des nécessaires études d’impact sismique et d’inondation, sachant que la centrale, a été construite sur une zone sismique et inondable ?
  • Qu’en est-il des mesures de sécurité et sureté particulières, liées à l’âge de cette centrale, mise en service entre 1979 et 1980 ?
  • Qu’en est-il du stockage et de la distribution de pastilles d’iode aux populations vivant à l’intérieur de ce périmètre ?

Le souci de la sécurité de nos concitoyens doit nous amener, à exiger réponses. Et cela que nous soyons partisans ou opposants au nucléaire !

Par Pierre Hémon, président du groupe des élus EELV de la Métropole de Lyon

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