Appartement 16

Hélène Marach, lauréate du concours d’écriture de la Fête du Livre de Bron

1320 visites | 6 commentaires

Plus de soixante auteurs ont participé au concours d’écriture organisé par la Fête du Livre de Bron, par Rue89Lyon et par Le Petit Bulletin. Autour de la très inspirante thématique de cette 30è édition du festival : “Que peut la littérature ?”.

Fête du Livre de Bron © C. Chaudagne

Hélène Marach, lauréate du concours 2016 avec un texte intitulé Hauteur, est le symbole du grand éclectisme des propositions. Des textes d’une grande qualité, avec beaucoup de variété dans la forme (prose, poésie, scènes de théâtre, réflexion théorique sur le rôle de la littérature)…

L’auteure a truffé son propre texte de références, comme une ode aux pouvoirs des livres et un clin d’œil aux lieux communs qui accompagnent souvent la création littéraire et la lecture.

Les membres du jury ont aussi souhaité décerner un prix spécial aux élèves de 3ème du collège Saint-Pierre à Marboz (dans l’Ain) pour leur participation et leur regard sur la littérature et ses pouvoirs.

Ci-dessous, retrouvez le texte lauréat.

Hauteur, par Hélène Marach

Tourner. Virer. Rallumer. Guetter la progression des aiguilles sur le cadran, elles glissent lentement et accrochent la lumière à vingt et moins cinq. Un petit fuseau doré qui s’allume et s’éteint sous la lampe de chevet.

Jambes agacées. Remonter la couette jusqu’à découvrir les pieds. Et puis se découvrir tout à fait parce que soudain il fait trop chaud. La radio en sourdine verse des nouvelles et puis de la musique. Se relever. Manger une pomme. Se recoucher avec espoir. Les jambes énervées sautent et cherchent de la fraîcheur. Introduire un oreiller entre le matelas et le drap pour remonter les pieds. Mais en courbure inversée, les genoux se révoltent…

Surélever le lit par les pieds en bas !

Attraper sur l’étagère à côté du lit, le gros Musil et puis Confiteor : L’Homme sans Qualité est moins épais et ça penche sur la gauche. Lui adjoindre le secours des Boucs. Quoiqu’un vieux Giono pourra peut-être faire l’affaire. Au hasard « Ça a pris au tonnerre de dieu, là-bas entre deux villages qui brûlaient des fanes de pommes de terre ». S’empêcher de lire. Nouvel essai. Ça n’est pas assez haut.

Au secours de l’échafaudage il y a là, Roberston Davies, Le Domaine des Murmures, La Côte Sauvage, Il est plus tard que tu ne penses et Boulgakov. Ne pas taper chez Hrabal ni Cossery qui sont un peu les chouchous. Faire deux piles de taille équivalente d’environ quinze cm. Est-ce suffisant ? L’Insoutenable Légèreté se défile. Mais Kadaré tout comme Mircéa Eliade résistent. Duras y passe avec Lol V. Stein et Le Barrage. Le Boucher.

Et hop ! L’art Français de La Guerre donne de la solidité à la base. Le Jour des Corneilles fait bon poids dans sa minceur, mais il contient une précieuse dédicace. L’échanger contre un petit Benacquista.

Voilà !

Deux tas équivalents compressés dans la nuit.


Partager cet article


Soutenez Rue89Lyon Vous avez apprécié cet article ?
Abonnez-vous pour que Rue89Lyon puisse
en produire d'autres et plus.

Publicité

À vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 characters available

6 Commentaires postés

  1. Ce texte d’Hélène Marach n’affronte pas la question “Que peut la littérature ?”
    Voici ma propre réponse :
    http://www.lignesdevie.com/2016/03/une-lutte-sourde-que-peut-la-litterature-rien-fete-du-livre-de-bron/

    • Au contraire Monsieur, la litterature a un pouvoir extraordinaire et surnaturel … Elle possède avant tout un effet libérateur pour celui qui la pratique .
      Elle peut être aussi la graine d’un mouvement révolutionnaire. Elle a parfois la faculté de faire germer les consciences et de les éveiller .C’est d’ailleurs pour cela qu’elle incommode tant et qu’elle est censurée quand elle va à l’encontre des choses bien établis …
      L’écriture donne aussi naissance à la vie. Toute oeuvre est écrite avant d’exister. Le destin, le code génétique, le codage informatique, les plans d’un architecte … Sont les précurseurs écrits de ce qui sera …

      • Certes, elle révèle et éveille en montrant l’intérieur des êtres et des sociétés, oui. C’est pour cela que nous l’aimons, que nous lisons. Par contre, elle n’a aucun pouvoir sur le monde, contrairement à la fiole de potion magique d’Astérix, le pouvoir est dans chaque être qui lit. Et cet être décide ou non d’agir, d’exercer ce pouvoir, d’orienter sa vie, de contribuer à la société.

        • Mais pourquoi écrivez vous autant si vous vous pensez que ça ne sert à rien ?

          • Pour donner accès à l’intérieur des êtres et de la société. La littérature est la seule à le faire. Ni la philo, ni la psy, ni l’histoire, ni la socio ne parlent de l’intérieur.

          • Donc elle peut et son pouvoir est ( entre autres ) : de ” donner accès à l’intérieur des êtres et des sociétés” …