Appartement 16
  • 18:07
  • 12 janvier 2016
  • par Laurent Burlet

Roms à Lyon : les expulsions au bout du programme d’insertion

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Ce mardi matin, les trois principaux bidonvilles de la Métropole de Lyon ont été évacués sur décision du préfet du Rhône.


C’est l’aboutissement, un peu inattendu, d’un nouveau programme d’insertion lancé en octobre dernier.

Une soixantaine de Roms de Roumanie vivent depuis octobre 2014 dans ce bidonville. ©LB/Rue89Lyon

Une soixantaine de Roms de Roumanie vivaient depuis octobre 2014 dans ce bidonville de Saint-Priest. ©LB/Rue89Lyon

Comme d’habitude en matière d’évacuation de campements de Roms, les forces de l’ordre sont intervenues tôt ce mardi matin. Chose nouvelle, la police a agi simultanément dans trois bidonvilles : à Vaulx-en-Velin (rue Jacquard), à Saint-Priest (rue du Dauphinée) et à Villeurbanne (la Feyssine).

Surtout, les policiers en nombre étaient accompagnés d’agents de la Direction de la cohésion sociale (DDCS) chargés de proposer des hébergements d’urgence à tous les occupants qui vivaient encore dans les maisons de fortune.

Ce n’était pas l’habitude des précédentes expulsions de squats ou bidonvilles qui laissaient leurs occupants sur les trottoirs.

Le préfet du Rhône, Michel Delpuech, ne voulait pas rater cette opération et son aspect « humain » (selon ses propres mots). Mardi en début d’après-midi, il tenait même un point presse exceptionnel pour s’expliquer :

« Sur ces trois sites nous avons recensé environ 400 personnes qui vivaient dans des conditions de salubrité déplorables. J’ai voulu mettre fin à ces situations indignes de la République. (…) On l’a fait en marchant sur deux pieds : humanité et fermeté ».

En d’autres termes, après son prédécesseur Jean-François Carenco et son programme Andatu, le préfet a voulu lancé un nouveau programme d’insertion qui concerne seulement ces trois bidonvilles pour les vider de ses habitants avant de les raser.

« Humanité et fermeté »

Dans l’idée du préfet, côté « humanité », c’est donc le lancement du programme « village d’insertion » pour les familles avec enfants. Un projet baptisé I2E (que nous avions raconté en octobre dernier).

Malgré l’opposition des habitants de l’ouest lyonnais, le premier village de bungalows a accueilli 16 familles à Saint-Genis-les-Ollières la veille de Noël.

Début janvier, ce sont 7 familles qui se sont installées dans des bungalows sur un autre site à Saint-Priest.

Pour être sélectionné, il fallait « ne pas être connus défavorablement des services de police » et s’engager « à ne plus mendier ».

Au terme d’un diagnostic social mené par l’association lyonnaise Alpil, 145 personnes (adultes et enfants) ont été retenues et vont vivre sur les deux sites retenus. Pour l’instant, on compte 110 personnes, toutes issues des trois bidonvilles.

Il faut également ajouter six familles (soit 25 personnes) dont l’hébergement est pris en charge par les mairies de Vaulx-en-Velin et Villeurbanne car, selon la préfecture, leur « insertion était plus avancée ».

Quatre personnes placées au centre de rétention de Lyon

Pour les autres, c’est le volet « fermeté » qui tombe. Le préfet a d’abord demandé, comme c’est l’habitude, à la police de distribuer les obligations de quitter le territoire français (OQTF).

Depuis le mois de septembre 110 OQTF ont été notifiées dont 25 ce mardi, jour des trois évacuations. Quatre personnes ont été arrêtées puis conduites au centre de rétention de l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry.

Le message de fond est toujours celui tenu par Manuel Valls : les Roms ont vocation à vivre en Roumanie. Autrement dit, par le préfet du Rhône :

« La vraie réponse pour les Roms est en Roumanie ».

Mais la situation administrative est confuse. Dans la majorité des cas, les OQTF sont rédigées avec comme motif l’« absence de ressources ». Ce qui est le cas de la majorité des Roms de ces bidonvilles. Certaines familles qui sont arrivées en décembre à Saint-Genis-les-Ollières avaient d’ailleurs reçues elles aussi des OQTF.

250 personnes hébergées « temporairement »

Ce matin les forces de l’ordre ont recensé encore 233 personnes sur les trois bidonvilles (dont 164 à Vaulx-en-Velin).

Mises à part les 4 personnes placées en rétention, les autres ont toutes reçu une proposition d’hébergement, certaines en même temps que leur OQTF. Elles seront hébergées pour la plupart à l’hôtel ou dans une ancienne caserne de pompiers ouverte pour le plan froid.

Alors que ce plan froid est déjà saturé à Lyon (environ 1500 personnes était sans solution d’hébergement fin décembre), la préfecture a donc réussi à trouver des solutions d’hébergement.

Mais ce n’est que « temporaire », insiste le préfet, sans préciser le nombre de jours. Cela dépendra du temps nécessaire pour les faire partir de Lyon, peut-on déduire des propos de Michel Delpuech :

« Ces personnes sont mises à l’abri de façon temporaire. Leur vocation est de rentrer en Roumanie ».

Conclusion : ces familles hébergées à partir de mardi soir vont devoir rentrer de gré ou de force en Roumanie. Le préfet envisage même un « transport collectif ».

« Si quelqu’un a la solution, présentez le moi ! »

Les associatifs qui soutiennent les Roms sont partagés sur la politique du préfet.

Certains mettent en avant le programme d’insertion et le fait que pour la première fois un préfet du Rhône procède à des expulsions en proposant de reloger tout le monde. Gilberte Renard de l’association CLASSES (scolarisation des enfants des squats) :

« Le préfet respecte la circulaire en proposant un relogement. C’est bien. Mais ce n’est que temporaire. Que va-t-il se passer pour eux dans quelques jours ? »

D’autres soulignent l’inutilité d’expulser les Roms du territoire, à l’image du Mrap, dans un communiqué délivré ce mardi en fin d’après-midi :

« La délivrance d’OQTF à des citoyens de l’Union Européenne n’a absolument aucun sens étant donné qu’ils bénéficient de la libre-circulation et peuvent revenir quelques jours plus tard sur le territoire français. (…) Si cette opération n’était finalement que de la poudre aux yeux et ne devait consister qu’à héberger quelques nuits les familles, les bidonvilles se reconstitueront et tout ceci n’aura servi absolument à rien si ce n’est à dépenser inutilement encore un plus d’argent public. »

Questionné à ce sujet, le préfet a retourné la question :

« Si quelqu’un a la solution, présentez le moi ! »


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7 Commentaires postés

  1. Les Roms de Roumanie étant des citoyens européens ont le droit de circuler. Ils reviendront donc. Il est vrai qu’ils devraient montrer qu’ils ont de quoi vivre et ont 3 mois (je crois) pour trouver un emploi … mais, les expulser n’est vraiment pas la solution, puisqu’ils seront de nouveau là dans quelques temps. Les expulser, c’est beaucoup d’argent pour pas grand chose, argent qui serait certainement mieux employé dans l’insertion.

  2. Moi je suis choquée par le manque de considération qu’on leur accorde. Nous devrions commencer par nous remettre nous aussi en question. Accorder un sourire et respecter un humain n’a jamais appauvri qui que ce soit. Récemment une Rom était assise par terre près d’un distribiteur d’argent, j’ai vu un banquier sortir et lui crier un tel mépris … La pauvre ne faisait rien de mal, elle était juste assise par terre, lui par contre n’a pas hésité à faire du tort à un humain en la traitant comme une moins que rien, il l’a violentée … De quel droit? Elle est son égal ! Le fait qu’il soit « bien » habillé et qu’il ait plus de biens matériels ne lui donnait absolument pas le droit de l’humilier de la sorte !!! Parfois quand je suis dans le métro et que l’un d’eux monte, soit pour faire de la musique soit pour mendier … On ne leur accorde même pas un regard, ils n’ont le droit qu’à de l’indifference voir du mépris DE NOTRE PART . Ca nous tuerait d’offrir un sourire ? Pas une pièce non, ça a bien trop de valeur … Mais un simple vrai sourire … Montrer de l’empathie face à notre équivalent qui souffre et qui n’a pas demandé à être dans cette situation …

    • par contre ça ne vous choque pas quand ils s’en prennent à des personnes agées pour leur soutirer de l’argent quand ils s’intallent sous les fenetres des immeubles et que des dégradations sont constatés Si vous les aimez tant que ça pourquoi vous ne les prenez pas chez vous Je suis fatiguée d’entendre « oh les pauvres » qui soit dit en passant son loin de l’etre Vous voulez vous rendre utile alors commencer par les gens qui sont ici ceux qui vivent et qui travaillent en france et qui ne peuvent pas louer un appart aux 40% de femmes qui dorment dans la rue aux jeunes qui n’ont pas de boulot y a de quoi faire …

      • Ce sont des humains comme vous et moi et moi. Je n’ai parlé que de ce que j’ai vu et constaté. Je n’ai pas commenté la décision du préfet parce que je sais que ce n’est pas de mon ressort et que dit j’aurais certainement dit n’importe quoi faute de compétences en matière de politique. Mais tous les roms ne sont pas des voleurs ! Et il faut juger chaque humain selon ses actes et pas selon ses origines ! Si je réagissais comme vous l’écrivez et bien je détesterais tous les blancs au vu de ce que je subis chaque jour de la part de certains blancs et je serais très injuste parce qu’il y a du bien dans toute la race humaine. Et pour finir une citation qui ne justifie pas mais explique ce qui peut conduire certaines personnes à mal se comporter :
        “Les hommes sont comme les lions, comme toutes les bêtes, comme tous les êtres vivants. La faim les rend féroces. Et qu’est-ce que la pauvreté, sinon une faim généralisée ?”
        Ce sont des humains comme vous et moi ! Et si vous aviez grandi dans les mêmes conditions de vie peut être auriez-vous commis pire que les actes que vous décrivez …. Ou peut-être pas.

        • si les conditions ne leurs conviennent pas ils peuvent toujours repartir et l’excuse de dire que parce qu’ils vivent dans des conditions difficiles sont excusables pour leurs actes c’est lamentable. ces gens ne viennent pas s’intégrer mais faire du fric sur le dos de la france je n’ai rien contre les étrangers qui viennent travailler mais pas pour une poignée de fainéant qu’on doit nourrir l’argent que l’on dépense serait bien plus utile pour aider les français qui se retrouvent dans la misère à cause d’une politique merdique et qui subissent une misère imposée. Commençons par solutionner notre propre misère avant d’aider des gens qui n’en n’ont rien à faire de la france mais rien ne vous empèche de donner la moitié de votre salaire pour les aider.

          • Qui vous a dit qu’ils n’aimeraient pas travailler et s’intégrer ? Vous n’avez pas compris ce que j’ai écrit … Bref, prenez donc chez vous et donnez la moitié de votre salaire à ceux que vous défendez puisque ça semble vous tenir tellement à cœur

  3. Merci pour cette objectivité. Ça tranche franchement avec les propos de François Sapy (Tribune de Lyon) dans son édito d’aujourd’hui :
    « Je pense que ces personnes, souvent adeptes d’une forme de bien-pensance tout à fait contre-productive en termes de droits humains, n’ont jamais mis les pieds (ni les yeux…) dans l’un de ces camps. »

    Émettre ses idées dans des éditos (foireux) me semble beaucoup plus facile que de raconter comment se passe les choses. Mais bon, Mr Sapy a visiblement connu un médecin qui avait connu un patient qui avait une fois parlé à un rom…