Cultures 

C’est bien beau d’être artiste #25 : Denis Plassard ouvre le bal

actualisé le 08/01/2016 à 09h01

Denis Plassard, chorégraphe et danseur de son état, installé dans le 8è arrondissement de Lyon avec sa Compagnie Propos, a pris ses aises dans un musée. pas des moindres, celui des Beaux-Arts de Lyon. Il y était, les 4 et 5 novembre derniers, pour faire vivre au public une visite chorégraphiée en lien avec l’exposition actuelle Lyon Renaissance, Art et humanisme (visible jusqu’au 25 janvier).

Une heure de grâce où il a reproduit en dansant les attitudes des personnages de toiles de maître. Il y reviendra, ce vendredi 8 janvier, pour proposer un bal, cette fois. Toujours en lien avec l’exposition, la danse doit réunir un large public, tant en la matière il est devenu un véritable maître de Cérémonie.

Denis Plassard aux Musée des Beaux Arts

Denis Plassard aux Musée des Beaux Arts le 5 novembre 2015

Déjà artisan de deux bals dédiés l’un aux surréalistes (en janvier 2014), l’autre à Jacqueline Delubac (en janvier 2015), Denis Plassard sera aux manettes de son troisième bal donné au musée. Une chorégraphie participative puisque le public est invité à reproduire des séquences dansées de 5 à 15 minutes, que Denis Plassard montrera du haut d’une estrade puis fera répéter une ou deux fois avant que chacun ne se lance, avec ses partenaires. C’est bien là le principe de ces bals : créer du lien par la danse, par le mouvement et par le corps.

Le 2 janvier 2015 dans la perspective du bal Delubac, Denis Plassard déclarait dans le Progrès :

« L’idée est que ce soit accessible à tous. Que les gens s’amusent à faire des pas dont ils n’ont pas l’habitude. Cela fait dix ans que je fais des bals chorégraphiques, je connais les stratégies pour les emmener en situation de danse avant même qu’ils n’aient eu le temps de se dire : oh, mince, j’ose pas » !

A chaque fois, ces bals avec musique live sont très réussis et on ne doute pas que l’univers Renaissance, sera l’occasion de belles chorégraphies de groupe et peut être de belles rencontres. Nul besoin d’être déguisé, même si cela n’est certes pas interdit, des accessoires sont fournis par le musée qui suffisent à créer l’illusion.

Et une création pour la Biennale

D’illusion, il sera aussi question dans la prochaine création de Denis Plassard qu’il prépare actuellement pour la prochaine Biennale de la danse de Lyon. Albertine, Hector et Charles, est le deuxième volet d’une trilogie qui traite de la manipulation et qui met en jeu 3 marionnettes, créées par Emilie Valantin.

Denis Plassard a rencontré cette célèbre créatrice et manipulatrice de marionnettes lors de la mise en place d’un cortège franco-italien de 800 amateurs pour le défilé de la Biennale 2014. Albertine, Hector et Charles sont des avatars humains, marionnettes de grandes tailles manipulées au noir, qui évoluent dans une sorte de jeu vidéo figurant l’enfer en 9 niveaux (les 9 cercles de Dante). Deux beatboxers et une chanteuse accompagneront cette création.

A l’occasion d’une répétition de ce futur spectacle dans les locaux de sa compagnie (le studio Lucien), il convenait d’interroger plus avant Denis Plassard sur lui-même, via notre questionnaire « Orgueil et Préjugés ».

Rue 89 Lyon : Quel a été votre premier geste artistique ?

Denis Plassard : A l’école maternelle, mon institutrice me faisait danser et de là, le goût pour le spectacle m’est venu. L’envie « d’être sur scène » ! Cette institutrice a dit à mes parents de me faire faire de la danse et cela a été le cas, à Montreuil, pendant 4 ou 5 ans. Elle s’appelait Madame Durand et je ne l’ai jamais revue.

« L’année dernière, une de mes danseuses s’est cassée un bras à la première d’un spectacle »

Quelle pratique artistique trouvez-vous intolérable ?

Tout ce qui est dogmatique et de l’ordre de la posture.

Quelle est pour vous la plus grosse arnaque artistique ?

Si je me place en tant que spectateur, pour moi il n’y a pas d’arnaque possible. Même si je déteste ou je ne comprends pas, cela provoque quelque chose en moi, donc il n’y pas d’arnaque.

Votre pire souvenir pendant un spectacle ?

L’année dernière, à la création de Suivez les instructions (premier volet de la trilogie sur la manipulation, évoquée plus haut, NDLR), une des danseuses s’est cassée un bras.

Avec lequel de vos parents pensez-vous avoir un problème ?

Alors… Lequel des deux risque de lire cela ! On a forcément un problème avec ses parents, ne serait-ce que l’idée que l’on ne correspond peut être pas à ce qu’ils voudraient qu’on soit.

« Les politiques devraient aller à des endroits de complexité, mais ils n’y vont pas »

A quelle personnalité politique pourriez-vous dédier un de vos spectacles ?

Aucune. Je trouve que les politiques ne se questionnent pas assez sur l’artistique, c’est toujours dans le raccourci quand ils parlent de nous les artistes. Ils devraient aller à des endroits de complexité mais ils n’y vont pas.

Le dernier produit culturel consommé / acheté / emprunté ?

De la musique tout le temps, du cinéma, des spectacles. Mon dernier film, c’était Le fils de Saul et mon dernier spectacle, de l’Opéra au Théâtre de la Croix Rousse pour L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau.

« Je rêve de me reconvertir à un autre métier, un vrai métier »

Avez-vous déjà sacrifié votre art pour de l’argent ?

Non. Je fais des compromis mais ne n’ai jamais fait quelque chose que je ne voulais pas faire, pour de l’argent. Lors de la création du spectacle DéBaTaille (création 2008 NDLR), la Fondation BNP qui avait aimé le spectacle m’avait interpellé et mon administratrice m’encourageait à répondre à leur sollicitation mais finalement je n’ai pas voulu « y aller » !

Le projet du prochain spectacle c’est : 1/ se refaire une santé financière
, 2/ montrer que vous êtes (toujours) en vie, 3/ prouver à un plan drague que vous êtes artiste contemporain ?

Réponse 2. En tant qu’artiste et directeur de compagnie, on a 2 casquettes. On est à la fois dans la création et la stratégie. Je ne fais pas de création indépendamment de toutes contingences, ce n’est pas possible.

Et sinon, vous comptez faire un vrai métier, un jour ?

Je rêve de me reconvertir à un autre métier, un vrai métier. Le jour où je n’aurai plus envie de faire artiste j’arrêterai car continuer pour continuer n’a pas de sens. Je revendique le fait que le métier d’artiste est avant tout un métier d’artisan. J’aurais aimé être enseignant pour transmettre. En fait, j’aimerais avoir une deuxième vie.

A vivre : le Bal Renaissance, le vendredi 8 janvier 2016 de 18h à 22h (3 sessions de 45 minutes) au Musée des Beaux-Arts de Lyon dans le cadre de l’exposition « Lyon Renaissance – Art et humanisme » (réservation indispensable auprès du Musée).
A découvrir : Albertine, Hector et Charles, prochaine création de Denis Plassard présentée en avant première du 11 mai au 12 mai 2016 au Théâtre de l’Onyx (44) puis en septembre 2016 dans le cadre de la Biennale de la Danse de Lyon.

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Catherine Quiblier
Catherine Quiblier
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