Société 

Un salafiste lyonnais : « nous sommes des ennemis de Daesh »

actualisé le 22/12/2015 à 12h06

Appuyés par la préfet du Rhône, les représentants du culte musulman de la région lyonnaise ont annoncé ce mardi dix propositions pour lutter contre les « dérives » de certaines mosquées.

Cette offensive de « l’islam de la République » pointe une douzaine de mosquées considérées comme salafistes. Parmi elles, la mosquée de la rue Sébastien Gryphe, à la Guillotère (Lyon 7ème) est dans le viseur. Nous avons rencontré un de ses responsables.

La mosquée de la Rue Sébastien Gryphe. ©LB/Rue89Lyon

La mosquée de la Rue Sébastien Gryphe. ©LB/Rue89Lyon


Il y a salafistes et salafistes
« Salafi » signifie en arabe « les pieux ancêtres » ou les « prédécesseurs ». Ce terme désigne le Prophète, ses compagnons et les deux générations qui suivirent.
Mouvement littéraliste, le salafisme veut revenir à l’islam de ces origines en appliquant le Coran et la Sunna à la lettre. Il se divise aujourd’hui essentiellement en deux mouvements, d’un côté « quiétiste » et de l’autre « takfiriste » ou « djihadiste ».

Il y aurait entre 10 000 et 15 000 salafistes en France si l’on en croit les chiffres avancés par Manuel Valls. Selon Bernard Godard, auteur de « La Question musulmane en France », cité par le Progrès, « les salafistes quiétistes, les plus nombreux, sont dans une quête de sens, de pureté et de religiosité. Ils font de la prédication. Cela séduit les personnes en rupture avec la société ». La mouvance « takfiriste » ne représente qu’une minorité des salafistes et recherche une implication politique qui va jusqu’à l’usage de la violence. C’est l’une des divergences essentielles avec les salafistes appelés « quiétistes »

Les représentants du culte musulman veulent croire au « dialogue » et dans la capacité de ces salafistes à se « réformer ».

Mais comment imposer ce changement dans des mosquées dirigées par des salafistes, comme celles des 7ème et 8ème arrondissements alors que ces mosquées ne reconnaissent pas ces représentants de l’islam dans la région ?

Ces deux mosquées ne sont, par exemple, pas membres du CRCM et ne reconnaissent pas plus Kamel Kabtane qu’Azzedine Gaci comme portes-paroles.

S’ils acceptent de dialoguer, ces salafistes sont rétifs à toute injonction de ces représentants. Au passage Comtois (8ème arr.), les responsables ne veulent pas s’exprimer.

Rue Sébastien Gryphe, le responsable estime que « seul le préfet peut [les] fermer ». Interrogé par Rue89Lyon, il souhaite garder l’anonymat :

« Si les autorités nous ferment, nous ne nous y opposerons pas. C’est interdit religieusement de se révolter contre le gouverneur. Ceux qui le font sont nos pires ennemis ».

Mais cette attitude conciliante se limite à la gestion du lieu de culte. Cet homme d’une quarantaine d’années, djellaba et longue barbe, prévient qu’on ne pourra pas le convertir à un « islam light » :

« On ne nous empêchera jamais de pratiquer notre religion entre nous. Nous continuerons à porter la barbe et à nous vêtir comme nous l’entendons ».

Il poursuit :

« Ce qui gêne ces personnes [en parlant des représentants du culte musulman], c’est que nous sommes des religieux. Les rabbins ou les prêtres catholiques s’habillent d’une certaine manière. Nous, c’est la même chose. Pour atteindre la piété, nous devons nous vêtir comme des religieux, à la manière du Prophète ».

« Nous travaillons tous, nous avons tous des smartphones et des baskets de marque »

Une prière du vendredi limitée

Sous la menace d’une fermeture administrative en application de la réglementation sur les établissements recevant du public (ERP), cette mosquée dirigée par des salafistes a pris une décision d’importance. Après le passage d’une commission de sécurité, la mosquée de la rue Sébastien Gryphe limite le nombre de fidèles à la prière du vendredi à la capacité prévue (150 personnes) au lieu des quelque 300 personnes qui se pressaient lors de la principale prière. D’autres travaux seraient prévus pour se conformer aux prescriptions de cette commission et éviter de connaître le même sort que celle du quartier Pyramide aux Minguettes.

Selon eux, leur manière de se vêtir et de porter la barbe les éloignent des « tentations » notamment des « prostituées » qui ne les « racoleront » pas. Ce responsable de la mosquée ajoute en forme d’« appel au vivre ensemble » :

« Pour moi, ma femme ne doit pas discuter seule avec un autre homme. Mais chacun fait ce qu’il veut. Je n’oblige personne. Mais qu’on ne m’oblige pas ».

A ceux qui considèrent que les « salafis » viennent du « Moyen-âge » et ne sont pas dans la « modernité », il répond :

« Nous travaillons tous. Nous avons tous des smartphones et des baskets de marque et il n’est pas interdit de prendre part au vote. Nous ne vivons pas dans des grottes et nous respectons nos voisins. »

Il se revendique comme porteur du seul « vrai » islam, voire de « l’islam du juste milieu » et accuse les représentants du culte musulman d’être des « takfiris », c’est à dire de faire de la politique. Ce qui est, pour eux, la pire des insultes :

« Pour nous, Daesh est une secte. Nous les combattons dans nos prêches. On dénonce ces takfiris depuis des siècles. Nous sommes les pires ennemis de Daesh et l’Etat veut nous chasser alors qu’ils savent que nous n’avons rien à voir avec le terrorisme puisque nous sommes sous surveillance. Nous sommes pris entre le marteau et l’enclume ».

Pour le moment, aucun contact n’a été pris par les représentants du culte musulman avec les responsables de la mosquée de la rue Sébastien Gryphe. A l’inverse du passage Comtois (dans le 8ème arr.), ce lieu de culte du 7ème arrondissement est qualifié « d’opaque » ou de « mosquée de passage dont on ne connaît pas les responsables ».

> Cet article est extrait de notre enquête :

A Lyon, les représentants musulmans font le ménage chez les salafistes

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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