Cultures 

Les Marronniers, une histoire du théâtre à Lyon

actualisé le 05/12/2015 à 08h47

Ils étaient au 3 bis. Lui est situé au 7. L’histoire du Théâtre des Marronniers est indubitablement liée à celle de Roger Planchon et Marcel Maréchal qui, de 1953 à 1957 avec son Théâtre de la Comédie pour le premier, et de 1960 à 1968 avec son Théâtre du Cothurne pour le second, ont écrit une page majeure de l’histoire scénique.

Désormais, se trouve là une des sorties du CNP Bellecour.

marronniers

Mais quand le comédien Daniel-Claude Poyet décide, dans les années 80, de quitter la troupe de la Criée de Marseille (que dirige alors Marcel Maréchal, justement) pour revenir dans sa ville, et trouve un local (en fait ancien atelier de couture) à louer au 7 rue des Marronniers, il y voit le signe que le théâtre doit à nouveau être au cœur de ce secteur longtemps dédié à la jeunesse.

En effet, la SEPR (Société d’Enseignement Professionnel du Rhône) y a installé son siège social à la fin du XIXe siècle et y a dispensé des cours jusqu’en 1978. Il a parallèlement vu naître, en 1944, à l’instigation d’André Philip (grand-père de l’actuel maire du 3e arrondissement), la République des Jeunes, préfiguration de la Fédération Française des MJC qui verra le jour quatre ans plus tard.

Dès 1985, dans ce théâtre de 50 places dont le credo est «l’acteur, l’auteur», comédiens débutants (comme Jean-Marc Avocat) et grands noms se retrouvent pour faire résonner des textes. La première pièce jouée sera un Phèdre en oratorio, mêlant de fait la musique à ce théâtre qui, aujourd’hui encore, la porte très haut. Et si les classiques ne sont pas exclus, Poyet cherche à faire entendre des écritures contemporaines.

C’est son ami, comédien majeur de son époque (notamment chez Planchon), Gérard Guillaumat, qui lui fait découvrir la prose de Michel Aulas (père du patron de l’OL), endossant au passage la responsabilité de diriger le jeune acteur Yves Pignard pour interpréter ses «pagnoleries en Beaujolais» (sic), Claudine, Toine et les autres – des extraits en seront montés du 10 au 21 décembre sous le titre Empreintes.

De l’argent public et des céramiques

Yves Pignard, crédit Tanguy Guzo.

Yves Pignard, crédit Tanguy Guzo.

À 27 ans, ce jeune passionné de théâtre, assistant du premier directeur des affaires culturelles d’une mairie de France (Villefranche) et, de surcroît, diplômé de typographie de la SEPR, trouve naturellement sa place dans ce théâtre naissant, au point qu’en 1991, Poyet lui en laisse la direction. Pignard a, comme son frère Jean-Jacques (longtemps maire de Villefranche et responsable de la culture pour le Département du Rhône jusqu’à la naissance de la Métropole), la culture chevillée au corps, loin de tout apparat et de toute posture.

Formé par Lise Delamare de la Comédie-Française à la diction et aux alexandrins, il apprend aussi l’impro et le théâtre forum via le Théâtre de l’Opprimé d’Augusto Boal.

C’est avec cette multitude de bagages et un intérêt pour de multiples formes d’expression corporelle qu’il programme des artistes comme Thierry Bordereau, Pierre-Alain Four et son ensemble Boréades (qui mélange baroque et rock), la Quincaillerie Moderne, Renaud Lescuyer… et qu’il se donne pour mission de «les accompagner dans d’autres cercles, ceux des Scènes nationales et des CDN».

Que les créateurs soient jeunes n’est pas une condition sine qua non, mais le projet est forcément à chaque fois naissant. Et si l’aventure de ce théâtre est d’initiative totalement privée, elle est vite repérée par la Ville et la DRAC – et aujourd’hui complètement inscrite parmi les Scènes Découvertes, ce label créé en 2002 par Patrice Béghain, ex-adjoint à la culture de Lyon.

Les subventions publiques des Marronniers s’élèvent aujourd’hui à 105 000 euros par an, auxquels s’ajoutent l’apport d’un club d’entreprises né du désir d’un fabriquant tassilunois de céramiques, Alain Bernard.

Anecdotique ? Certainement pas, ce maillage en forme de manifeste prouvant que si la culture se doit d’être une préoccupation des responsables publics, elle ne peut être totalement dépendante d’eux.

Remonter sur scène

Mais la complémentarité est aussi et surtout valable sur le plan artistique.

«Il faut assurer la pérennité des spectacles, analyse Yves Pignard ; la plupart de ceux qui passent chez nous ont une vie après, comme par exemple le chanteur lyrique Guillaume Andrieu qui tourne dans de nombreux opéras.»

Pour cela, il s’attache à donner une visibilité à chaque équipe accueillie (pas plus de neuf par an, qui jouent deux semaines plutôt que quelques jours) et à créer des passerelles avec le Conservatoire (le festival Éclosions en mai), avec le département d’écriture de l’ENSATT (Les Apéritives, lectures tout au long de l’année), le TNG..

Pour fêter ce trentième anniversaire, Yves Pignard remontera lui-même sur les planches de cette salle de poche, pour tenter une nouvelle fois de «donner du sens» à ce monde dézingué et éternellement post-traumatique que Planchon, Maréchal et Poyet n’auront pas eu le temps de voir.

Par Nadja Pobel sur petit-bulletin.fr.

Programme anniversaire :

« La rue des Marronniers, haut lieu de théâtre »
À la mairie du 2e arrondissement, mercredi 2 décembre

« Célestins, Ateliers, Marronniers, trois théâtres, trois statuts, enjeux et perspectives »
Au Théâtre des Marronniers jeudi 3 décembre

De la terre beaujolaise à une autre… Empreintes
Au Théâtre des Marronniers du 10 au 21 décembre

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