Cultures  Société 

Le salon Japan’Touch, une étonnante déferlante asiatique à Lyon

actualisé le 30/11/2015 à 16h38

Porteurs de cultures en expansion -musique K-pop, cosplay ou bonsaï- deux salons à Lyon réunissent chaque année un nombre énorme de fans.

C’était la dix-septième édition du festival Japan’Touch ainsi que la seconde du salon de l’Asie -qui a mis à l’honneur la Corée du Sud, ce week-end des 28 et 29 novembre 2015.

Korean pop à plein tube, des danseurs sur pile en scène, des influences qui se mélangent, un public plutôt jeune, enthousiaste, où se côtoient Pikachus et lolitas aux cheveux bleus. Le deuxième salon de l’Asie -qui s’est étendu à Eurexpo- a fait de la Corée son invitée d’honneur. Et de la musique pop coréenne sa bande son.

Christiane et Isabelle pendant le spectacle de danse - Crédit Eva Thiébaud

Christiane et Isabelle pendant un spectacle de danse K-pop. Crédit Eva Thiébaud/Rue89Lyon.

Ce spectacle de danse a été coordonné par Marion Martinez, qui s’est investie à titre personnel dans le show et qui est par ailleurs membre de l’association lyonnaise Litchee, promotrice de la culture sud-coréenne. L’association organise des cours de danse K-pop, porte l’agence de voyage Let’s go to Seoul, mais aussi le magazine K-pop Life, un bimestriel tiré à 15 000 exemplaires et dédié à la culture K-pop.

Jane Carda, rédactrice en chef de K-pop Life Magazine - Crédit Eva Thiébaud

Jane Carda, rédactrice en chef de K-pop Life Magazine – Crédit Eva Thiébaud

Jane Carda, directrice de l’association et rédactrice en chef du magazine, raconte le nouvel engouement des jeunes Français pour la Corée du Sud :

« L’intérêt international pour la culture coréenne pop a démarré dans les années 1990 avec les dramas, les séries télévisées coréennes. Puis sont venus les boys et girls bands. Mais c’est vraiment avec le Gangnam Style que le mouvement a mondialement explosé. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes s’intéressent à la culture pop coréenne : elle est moins extrême que les délires japonais, mais garde son grain de folie… »

Ce phénomène de popularité et de ciculation massive des contenus médiatiques de la Corée du Sud se nomme Hallyu, ou « Vague coréenne ». Elle a démarré en Asie du Sud-Est, soutenue par une industrie culturelle puissante mêlant séries télévisées et jeunes idoles de la musique.

Sa diffusion s’est accélérée avec l’utilisation des réseaux sociaux, des outils de pair à pair ou des sites de vidéos comme YouTube.

Dans son article « Hallyu, la vague du soft power coréen » Seok-Kyeong Hong-Mercier, maître de conférences à l’Université de Bordeaux, analyse le pouvoir à l’oeuvre :

« Conférant à l’Asie de l’Est un visage moderne, dynamique et glamour, la Hallyu est en train de fonder une autorité douce et différente, en Asie comme ailleurs. La question de son réel pouvoir dépendra de la nature de son contenu mais aussi de la politique multiculturelle locale du pays dans lequel elle s’exporte. »

Qu’en feront les jeunes Français ? L’avenir nous le dira. Car malgré sa place d’honneur, la Corée ne cède pas encore à un Japon qui dévoile arts martiaux, jardin zen, mangas, jeux de société, cuisine, mode, jeux vidéos ou origamis -c’est ce que l’on a constaté ce week-end à Eurexpo.

Japan’Touch, histoire de culture et de consommation

Concomittant au salon de l’Asie, le festival Japan’Touch y fête son 17ème anniversaire, et telle la grande vague de Kanawaga, il emporte tout sur son passage. Humblement parti des MJC lyonnaises avec quelques centaines de visiteurs, il attendait ce week-end plus de 40 000 participants. Une déferlante.

Jean-Pierre Gimenez, directeur et programmateur des festival, retrace l’histoire de l’évènement :

« J’ai créé l’association Asiexpo il y a dix-huit ans, pour promouvoir les cultures asiatiques. On organisait notamment un festival de cinéma qui a pris de l’ampleur au fil des années. Fonctionnant quasiment sans subvention, trop lourd à porter, il a été abandonné au profit du Japan’Touch qui grandissait très vite à ses côtés et qui faisait rentrer de l’argent. Aujourd’hui, le Japan’Touch n’est plus porté par Asiexpo mais par la SAS Asie Expo Events. »

Si les stands d’associations culturelles ou sportives sont gratuits pour les exposants, les vendeurs de marchandises et  produits dérivés en tout genre doivent eux payer la location de leur emplacement. Un investissement rentable selon la plupart d’entre eux. La vague asiatique est évidemment commerciale ; dans les boutiques des allées d’Eurexpo où se presse une foule bigarrée de jeunes gens, se vendent à la pelle bonnets pandas, katanas, vêtements, lentilles, DVDs ou accessoires mangas.

Sur un stand du Japan'Touch - Crédit Eva Thiébaud

Sur un stand du Japan’Touch 2015. Crédit Eva Thiébaud/Rue89Lyon

Emilie et Valentin, cosplayers

Comme fatigués par l’effervescence consumériste qui règne autour d’eux, on a rencontré deux cosplayers se reposant contre une paroi de l’espace d’exposition.

Emilie, 22 ans, a adopté le style visual kei, qu’elle explique être celui des boys band japonais. Appuyé contre son épaule, Valentin, 19 ans, dans le look steampunk, a choisi de faire vivre un vagabond tueur. Les deux lyonnais racontent leur passion pour le déguisement et le jeu de personnage :

« Le cosplay, c’est une façon d’être au monde. Nous nous intéressons aussi à la culture et à l’histoire des pays asiatiques, notamment la Corée et le Japon, qui ont énormément évolué ces 100 dernières années. Même si, en France, nous n’avons rien à leur envier, leur mode de vie est très intéressant. »

Valentin et Emilie, cosplayers - Crédit Eva Thiébaud

Valentin et Emilie, cosplayers. Crédit Eva Thiébaud/Rue89Lyon.

Emilie et Valentin sont loin d’être les seuls personnages déguisés ce samedi au Japan’Touch ; dans la multitude de visiteurs on croise de nombreuses personnes, toujours assez jeunes, aux allures de personnages de mangas, de jeux vidéos ou de films.

Tandis que des dizaines d’adolescents fendent la cohue avec leur carton « Free hugs » (traduction : câlins gratuits), Luffy, Mario et Luigi, Stich ou Chewbacca font des selfies à la chaîne. Certains d’entre eux participeront au concours de Cosplay, compétition où les concurrents déguisés jouent une saynète souvent humoristique, et qui remporte un vif succès auprès du public.

Ambiance Pikachu et free hugs - Crédit Eva Thiébaud

Ambiance Pikachu et free hugs. Crédit Eva Thiébaud/Rue89Lyon.

« Le futur du bonsaï, c’est l’Europe »

La culture sud-asiatique envahit-elle la France ? Tout prêt des jeunes gens travestis en héros animé, « Parfaite Lumière » collectionne et vend des objets et des antiquités autour de la cérémonie du thé. Au milieu des bols et des théières, quelques paires de ciseaux lui permettent de tisser des liens entre thé et bonsaï.

Un atelier découverte et création, organisé par l’école de l’Art du Bonsaï de Lyon a justement lieu un peu plus loin. Jocelyn Pellegrini, 40 ans et élève de l’école -première du genre en France- taille amoureusement son arbre en avouant sa fascination pour l’équilibre et l’esthétique épurée de cet « art du vivant ».

Jocelyn Pellegrini à la taille du bonsaï - Crédit Eva Thiébaud

Jocelyn Pellegrini à hauteur de son bonsaï. Crédit Eva Thiébaud/Rue89Lyon.

Bruno Heller, le « maître » enseignant l’art du bonsaï, explique le contexte dans lequel se développe cette pratique aujourd’hui :

« Pour créer un bonsaï, il faut entre 12 et 15 ans de travail. Il s’agit d’un loisir élitiste ; les outils et les arbres sont très chers. Cet art traditionnel est en perte de vitesse au Japon. Le futur du bonsaï, c’est l’Europe. »

On pensait cette pratique passée de mode. Mais non. Au contraire. Du bonsaï à une K-pop qui ne nous sort pas de la tête, en passant par le cosplay, Japon et Corée continuent de fasciner en France et de faire germer chez un public relativement jeune et de plus en plus important des passions dévorantes.

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