Cultures 

Festival du film court au Zola, en renouvellement

actualisé le 14/11/2015 à 01h56

Lancé à l’aube des années 1980 à Gerland puis installé dans la foulée au Zola de Villeurbanne, le Festival du Film Court a connu de nombreuses métamorphoses.

Mais il demeure, à 36 ans, un phare précieux pour révéler les nouvelles générations. Et transmettre le témoin.

Festival du film court 2015

Festival du film court 2015

Il faut avoir de l’endurance oculaire lorsque l’on appartient au comité de sélection villeurbannais : cette année, ces passionnés ont eu à se prononcer sur près de 1 300 courts métrages inscrits en présélection dans la section principale, la compétition européenne.

C’est donc la quintessence de la production 2014-2015 qui a été retenue, soit 38 œuvres réparties en 7 programmes – auxquelles s’ajoute un bonus : une « séance de rattrapage » offerte à 5 films à la lisière de la sélection, méritant d’être vus même s’ils ne concourent pas pour un prix.

Beaucoup de films, mais surtout :

« Plus de cinéma en compétition que les années précédentes précise Laurent Hugues, le directeur des festivals, car ce n’est pas la même chose. Faire du cinéma, c’est employer un langage spécifique pour raconter une histoire, pour la véhiculer et caractériser ses personnages.»

Un langage, mais aussi plusieurs idiomes, pourrait-on compléter, tant grande est la diversité des formes rassemblées durant la dizaine festivalière : certes, le documentaire est absent et la fiction dominatrice, cependant que l’expérimental possède son représentant et l’animation compose le cinquième de la sélection.

Fabricants d’avenir

Une très juste proportion pour un secteur en pleine vitalité, à la créativité sans cesse renouvelée – on le verra dans les premiers films tout particulièrement. Cet éventail de styles et de genres est censé garantir la multiplicité des approches ; dans les faits, il s’avère que cela n’est pas aussi évident.

«Lorsqu’il a fallu construire les programmes note Laurent Hugues, on s’est aperçu que la quasi-totalité des films évoquaient des questions de transmission d’une pratique ou d’une coutume, d’héritage, ou les relations parents-enfants. En fait, il y a dans l’ensemble de la production comme une inquiétude sous-jacente, portant sur ce que sera demain : on cherche à renouer avec le passé pour avoir un avenir.»

Authentique thermomètre sociétal, le court métrage rend compte des préoccupations du moment :

«Il y a quelques années, l’incommunicabilité inter-générationnelle avait connu un engouement comparable. Mais n’avait pas été traitée de manière aussi richement diverse ! Ici, dans un même programme, le sujet est “éclaté” en variant les formes, les origines…»

Mais reste singulièrement cohérent.

Premiers pas, premiers plans

Parmi les garants de cette variété, les nouveaux venus figurent en bonne place : le festival accueille en effet une imposante délégation de premières œuvres – 8 sur 38 ! Emplies d’audace et de maturité, encourageantes pour le futur du 7e art, elles n’échappent pas à la thématique reine de l’année : la question de la transmission, ante ou post mortem.

Rayon animation, deux bijoux sans dialogue en disent bien plus long que quantité de films bavards : Port Nasty de Rob Zywietz et Sous tes doigts de Marie-Christine Courtès. Le premier, conte initiatique à la Moby Dick, raconte les rigueurs du Nord, de la mer, la cooptation virile, le danger avec un sens de l’épure graphique, un génie du trait et de l’usage minimal des couleurs qui laissent pantois – du flat design à l’état pur.

Quant au second, évocation des rapatriées d’Indochine sous les auspices de l’illustrateur Marcelino Truong, il met en lumière un fait méconnu de l’histoire honteuse de la République tout en célébrant une réconciliation familiale avec une élégance chorégraphique.

Un troisième film, réalisé en rotoscopie mais avec un rendu dans le style graphique de Christophe Blain ou de Johann Sfar, Yùl et le serpent de Gabriel Harel, ressemble à un rite de passage indien revu à la sauce urbaine : rugueux, poétique et impitoyable, servi par une technique brillante. Apprentissage du deuil et quête initiatique sont également au menu des fictions.

Citons parmi elles l’étonnant Sire Gauvin et le Chevalier vert, une très sérieuse reconstitution arthurienne entre Bresson et Boorman signée Martin Beilby — preuve que l’on peut triompher avec un argument littéraire ; le remuant Ghettotube, réflexion trash sur l’appréhension du virtuel et la confrontation au réel proposée par Saïd Belktibia.


Et puis, par le régional de l’étape Julien Sauvadon, Vous m’aimerez. Derrière ce titre incantatoire (ou prophétique ?) se cache une interrogation philosophique ô combien d’actualité sur le rire : de quoi est-il le fruit, est-il toujours inoffensif ?

Balzac disait qu’en amour, «il y en a toujours un qui souffre et l’autre qui s’ennuie», Sauvadon prouve qu’en humour, certains souffrent pour éviter que d’autres s’ennuient. Pas de quoi rire…

Par Vincent Raymond sur petit-bulletin.fr.

Retrouvez toute la programmation sur Festival du film court de Villeurbanne

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