Environnement 

Livraison de vin bio ou naturel par bateau, un projet estampillé COP21

actualisé le 07/11/2015 à 17h48

« On peut transporter l’équivalent de 30 000 bouteilles (soit 50 palettes), soit 5 camions frigorifiques en consommant quatre fois moins qu’eux. » Les propriétaires de la péniche l’Alizarine, qui se trouve à quai à Confluence jusqu’à jeudi, se sont spécialisés dans le transport du vin et font la promotion de ce mode de transport « le plus écologique ». Ils sont labellisés « COP21 ».

Raphaël Sauzéat et Cécile Sauthier sur leur péniche "L'Alizarine" amarrée sur le quai Rambaud à Confluence. © BE Rue89Lyon

Raphaël Sauzéat et Cécile Sauthier sur leur péniche « L’Alizarine » amarrée sur le quai Rambaud à Confluence. © BE Rue89Lyon

Cécile Sauthier, propriétaire de la péniche l’Alizarine avec Raphaël Sauzéat, voit sa péniche comme un «bateau ambassadeur » du transport fluvial. Partie d’Avignon il y a quelques jours, la péniche va naviguer jusqu’à Paris pour l’ouverture de la COP 21.

D’ici là, au gré de leurs différentes étapes, comme de celle de Lyon, ils vont informer, faire découvrir ce mode de transport de marchandises et faire goûter les produits des territoires traversés.

Une ligne régulière Vallée du Rhône-Paris

Si le fret fluvial est bien présent sur le bassin Rhône-Saône, il concerne essentiellement du transports de gros de matériaux. Avec leur péniche petit modèle, ils se savent sur un marché plus réduit.

« On bouscule aussi des habitudes, des marchés », explique Cécile Sauthier.

Ils proposent un service de livraison de vin (mais aussi de jus, bières ou conserves) de la Vallée du Rhône à Paris, allant de quelques cartons à des lots conditionnés en palette de 600 bouteilles, gérés intégralement du pré-acheminement à la péniche jusqu’à la livraison finale au destinataire.

« Pour une livraison d’une palette, le prix global par bouteille est de 38 centimes. Pour un seul carton c’est forcément plus cher mais pour une petite quantité de cartons on peut arriver à 60 centimes par bouteille environ », détaille Raphaël.

L’argument mis en avant est évidemment son caractère écologique et moins polluant que que la route :

« En plus, on n’encombre pas les centre-villes, on est un transport plus doux pour le vin, sans casse ni risque de choc. On est plus lent mais en massifiant le transport et en arrivant en ville on gagne sur le temps de déchargement », estime la propriétaire.

Ce mode de transport nécessite toutefois une gestion particulière du temps. « Tout le monde doit anticiper le facteur temps. On ne peut pas travailler en flux tendu », reconnaît Benoît Vinet. « L’anticipation de la commande rebute des producteurs », avoue Cécile.

Structurée en SCOP, leur activité commerciale débutée en janvier de cette année a pour l’heure séduit des viticulteurs en agriculture biologique ou « nature » engagés dans une démarche environnementale.

« La cale est climatisée et maintient la température autour de 15°. Il n’y a donc aucun risque que le vin reste bloqué plusieurs heures au soleil ou dans le froid sous la bâche d’un camion. Une température constante c’est important notamment pour des vins naturels qui sont plus fragiles. Le transport fait partie de l’histoire du vin », explique Raphaël Sauzéat.

« Un camion est beaucoup plus subventionné que nous »

Le projet « Voyage pour le climat » a été initié par l’association « Vivre le Canal » et sa péniche « Le Tourmente » partie de Bordeaux en septembre et dont l’Alizarine a pris le relais à Avignon.

Sur ce trajet particulier jusqu’à Paris, la péniche ardéchoise transporte 1800 bouteilles du domaine bordelais Emile Grenier, en agriculture biologique. Le viticulteur Benoît Vinet est de l’étape lyonnaise.

« C’est dans la continuité de notre démarche sur notre vignoble. Après avoir travaillé sur l’équilibre écologique dans nos vignes, en réintroduisant notamment des arbres. Notre autre préoccupation est notre impact carbone. Passer par Lyon pour faire Bordeaux-Paris n’est clairement pas l’idéal mais ce voyage permet de sensibiliser, de construire un réseau », explique-t-il.

Par ce projet labellisé COP21, l’équipage entend interpeller également les pouvoirs publics. Ils jugent encore trop faible le report vers le fluvial du transport routier notamment et des distorsions de concurrence encore trop pénalisantes. L‘échec de la mise en place de l’écotaxe n’a pas favorisé le mouvement.

« Comparativement à nous, un camion sur la route est beaucoup plus subventionné. Alors que l’on pollue beaucoup moins. Du coup, on n’est pas encore compétitif. Au Grenelle de l’environnement, l’objectif de 20 % de report du routier vers le fluvial a été fixé à horizon 2020. On est en 2015 et même pas 1 % n’a été fait », regrette Cécile Sauthier.

Pour l’heure, l’entreprise a décidé de s’aligner sur les prix du transport routier pourtant non rentables pour son format. Face à une situation économique « préoccupante », une campagne de soutien via la plateforme Ulule a été lancée.

« Tant qu’on a pas 50 producteurs qui travaillent régulièrement avec nous, les autres ne viendront pas. Pour l’heure, on a travaillé avec des convaincus », explique Cécile.

Raphaël ne s’attendait pas à passer autant de temps à expliquer l’intérêt du transport fluvial et sa logique pour le vin.

« Les plus gros vignobles ont été historiquement plantés sur les axes fluviaux pour transporter les barriques. Sans la Marne, le champagne n’aurait sûrement pas pu gagner Le Havre et arriver en Angleterre. »

Une rencontre est prévue au ministère de l’écologie, à leur arrivée à Paris.

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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