Société 

Depuis les Minguettes, il a (re)marché jusqu’à Paris contre le racisme

Comme en 1983, Arbi Rezgui a traversé la moitié de la France à pied. A cette époque, il faisait partie des « marcheurs permanents » de ce qu’on a appelé la « Marche des beurs ».

32 ans plus tard, il a réuni une poignée de marcheurs. Ils sont partis le 17 octobre de son quartier des Minguettes.

> Nous republions notre article du 16 octobre dernier

Arbi Rezgui photographié en février 2015 devant le centre commercial des Pyramides, aux Minguettes, d'où partira sa marche. ©LB/Rue89Lyon

Arbi Rezgui photographié en février 2015 devant le centre commercial des Pyramides, aux Minguettes, d’où partira sa marche. ©LB/Rue89Lyon

En 1983, une poignée de jeunes des Minguettes avaient lancé la Marche pour l’égalité et contre le racisme, en réaction à des bavures policières. Une quarantaine de « marcheurs permanents » ont traversé la France à pied, de Marseille à Paris.
A leur arrivée dans la capitale, ils étaient en tête d’une manifestation qui avait finalement réuni 100 000 personnes, avant d’être reçus par François Mitterrand.
Parmi ces marcheurs, Arbi Rezgui, 19 ans à l’époque, habitant de Villefranche-sur-Saône (dans le Rhône). Bien des années plus tard, le voilà qui veut revivre la Marche. Comme une « histoire qui ne s’est pas terminée », nous dit-il.

« En 1983, je voulais combattre l’injustice. De retour de Paris, on a créé une association avec Hacène Balaïnouni (un autre marcheur de Villefranche, ndlr). Ça n’a duré qu’un an ».

Comme pour beaucoup d’anciens marcheurs, les lendemains de la Marche se sont révélés difficiles. Et les tentatives de prolonger le mouvement ont échoué. C’était l’heure de SOS Racisme et de son « Touche pas à mon pote », vus comme une grande machine à récupération politique, par tous les anciens marcheurs.

Installé depuis 1989 sur le plateau des Minguettes d’où cette histoire est partie, Arbi dit s’être « réveillé » avec les commémorations des trente ans de la Marche et la sortie du film avec Jamel Debbouze, intitulé « La Marche ».

« Ce film ne relate pas la réalité. Mais ça nous a permis de sortir de l’ombre et de faire découvrir aux jeunes générations que l’anti-racisme existait avant SOS Racisme ».

Depuis 2013, il ne veut plus retomber dans l’oubli.

« Montrer qu’on existe »

Aujourd’hui âgé de 51 ans, père de six enfants et sans emploi, il explique que ce sont des « raisons personnelles impérieuses » qui le poussent à reprendre la route. Avec le même discours qu’en 1983 :

« Certes, il y a moins de crimes racistes. Mais la situation des populations des quartiers populaires a empiré. On nous ghettoïse dans des ZUP, on nous discrimine quand on cherche un emploi. Et quand on évoque l’islam, c’est pour parler de Daesh. »

Comme en 1983, « face à la montée du racisme » il veut réaffirmer « les valeurs du vivre ensemble, de l’égalité et de la fraternité ».

« Nous, les personnes issues de l’immigration, il faut qu’on montre qu’on existe. Nous sommes des citoyens français et la France n’est pas un pays de race blanche contrairement à ce que dit Nadine Morano ».

Convergence place de la Bastille à Paris

Arbi rêve de faire mieux qu’en 1983 où 100 000 personnes avaient fini par défiler à Paris. Pour cela, sa marche va converger avec une autre manifestation intitulée « Marche de la dignité et contre le racisme » qui partira du quartier parisien de Barbès. L’appel a été lancé sur Facebook. En voici un extrait :
:

« Comme il y a 30 ans, comme il y a dix ans, contre l’humiliation quotidienne, contre le mépris, contre l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie, galopantes, contre les crimes policiers, s’impose une nouvelle marche : la marche de la dignité. »

Les deux « marches » doivent se rejoindre place de la Bastille, le 31 octobre.

Cette seconde marche d’un jour est, elle, organisée par un collectif de soixante femmes la Mafed (« marche des femmes pour la dignité »).
Pour mobiliser autour de cette date, un meeting se tenait vendredi dernier à Saint-Denisun week-end sur « les violences policières » a également été programmé (vendredi et samedi à Lyon), autour de la commémoration du massacre du 17 octobre 1961.

Mais les femmes de la Mafed n’ont pas co-organisé la marche d’Arbi, comme l’explique la militante lyonnaise Nargesse Bibimoune, auteure de « Dans la peau d’un Thug (voyou, ndlr) » :

« Nous soutenons sa marche mais nous n’y participerons pas. Il nous rejoindra à Paris. En tant qu’ancien marcheur, son initiative a toute sa place dans notre démarche car nous voulons nous inscrire dans l’histoire des quartiers populaires en valorisant nos luttes ».

Même dispositif qu’en 1983 à quelques gros détails près

Comme en 1983, Arbi Rezgui a mis en place le même dispositif :

  • une camionnette avec une sono et les affaires des marcheurs
  • les marcheurs et la banderole sur laquelle sera inscrit : « Marche citoyenne des quartiers populaires »

A un détail près : la Marche de 1983 avait été préparée un an à l’avance et s’était appuyée sur les réseaux protestants et catholiques sociaux, représentés par Jean Costil et le curé Christian Delorme. Ce qui avait permis aux marcheurs d’être hébergés et d’organiser des débats ainsi que des manifestations dans un grand nombre de villes traversées.

Pour 2015, Arbi compte sur les « médias » et le bouche à oreille pour que « les municipalités ouvrent des salles ».

Mais sa communication reste, pour le moment, limitée à son seul compte Facebook « Arbi la Marche » et à un reportage sur France 3.

Arbi Rezgui reconnaît qu’en dehors de deux ou trois personnes qui lui « donnent un coup de main », il est tout seul à la manoeuvre. Un choix qu’il assume.

Depuis qu’il a lancé cette idée en février dernier, il a prévenu : il sera au rendez-vous, ce samedi à 8 h, au centre commercial des Pyramides, le sous-quartier des Minguettes où il vit.

Et même seul, il reprendra la route.

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L'AUTEUR
Laurent Burlet
Laurent Burlet
Journaliste à Rue89Lyon - politique - questions sociales - écologie.
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