Le blog du taulard inconnu
Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en publiant ses écrits, alors il est anonyme. C'est aussi pour protéger son identité que le nom de la prison dans laquelle il se trouve n'est pas révélé pour l'instant. C'est une prison de la région Rhône-Alpes, quelque part dans une zone grise près de l'autoroute, bref, une prison banale. Quand viendra l'heure de sa libération, il dévoilera son identité et le lieu de son incarcération.
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Blog du Taulard #49 : « L’enfermement : une véritable torture »

actualisé le 23/10/2015 à 11h06

Le Conseil constitutionnel a été appelé à se prononcer sur le droit du travail en prison ! L’OIP avait posé une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) pour faire croire à son utilité dans la scandale carcéral. On existe comme on peut ! Et 240 universitaires, humanistes et démocrates, cela va de soi, signent une pétition pour demander au gouvernement de faire respecter le droit du travail pour les prisonniers. C’est pas beau ça ?

Alors on s’en occupe pas des prisonniers, hein ? On veut leur donner un statut au moment même où le MEDEF avec l’aide des socialistes veut détricoter ce même droit du travail en rêvant de l’abolir. C’est merveilleux, non ?

 

 L’idée de justice restauratrice, une entourloupe de première

Making of


Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en faisant publier ses écrits, alors il est anonyme. Il est sorti de prison au cours de l’écriture de ce blog. Mais nous ne révélerons son identité et le nom de la prison dans laquelle il a été détenu qu’après le délai de prescription du délit pour lequel il pourrait être poursuivi, c’est à dire avoir fait sortir des informations de sa cellule sans autorisation de l’administration pénitentiaire, transgressant les règles régissant la communication du détenu avec l’extérieur.
Rue89Lyon

De l’autre côté, Carcéropolis, ce blog tenu par un ancien taulard, venu servir la soupe aux télés pour les aider à accréditer la thèse de la radicalisation en prison et organisant sous prétexte d’art en prison des pompes à fric dont les taulards ne verront jamais la couleur, nous annonce un colloque d’envergure à l’université catho de Lille sur le sens de la peine, le 12 novembre.

Des tas d’universitaires, bardés de diplômes de psycho-socio-crimino-philosophico-gratte-moi-le-dos, qui ne connaissent rien, évidemment, à l’enfermement ne l’ayant pas subi, alliés aux gens de justice, magistrats et autres gens de probation, acharnés de la condamnation, vont réfléchir, enfin, venir présenter leur thèse, cachés derrière l’idée de justice restauratrice, une entourloupe de première utilisant la résilience a des fins vraiment pas nettes et en la dévoyant.

Au lieu de se préoccuper de l’aberration de la taule, de dénoncer cette barbarie injustifiable, de mobiliser pour inventer une véritable régulation sociale digne de l’humain, on fait du droit ou de la pseudo philosophie ! Je ris avec une profonde tristesse devant ces mascarades.

 

il est impossible d’humaniser les taules

A quoi peuvent donc bien servir ces opérations ?
Je vais te le dire, lecteur, leur utilité  : ce sont des opérations de com’ qui servent tout simplement à justifier la prison sous le prétexte de l’humaniser ! A maintenir ce système inique au nom d’une rédemption bidon et d’une dette imaginaire à payer.

Je ne sais pas comment le dire autrement : il est impossible d’humaniser les taules, l’enfermement n’est pas humain, c’est seulement une véritable torture. La peine n’aura jamais de sens, elle restera une peine, qu’on fasse de la sémantique ou pas. La punition est totalement anti-pédagogique et la faire exister au nom d’une structuration mentale installant le principe de réalité est une forfaiture monstrueuse.

Je le dis, partout, dès que je peux, aux gens que je croise. Je me retiens de hurler en dépit de la désespérance que cela implique. Quand je ne pisse pas dans un violon, les quelques personnes qui y sont sensibles abandonnent très vite cette piste car elle remet trop de choses en cause et chacun préfère rester dans le connu, même s’il est abject, plutôt que d’aller s’aventurer dans une liberté véritablement humaine qu’on appelle rapidement licence en évoquant l’absence de limite, alors qu’il n’en est rien. Ce sont les seules questions qui vaillent si on veut avoir une société d’humains dignes de ce nom.

Le centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe, la prison la plus sécurisée de France ouverte en mai 2013. ©Ministère de la Justice

Le centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-sur-Sarthe, la prison la plus sécurisée de France ouverte en mai 2013. ©Ministère de la Justice

Les nouvelles taules sont encore plus désespérantes que les anciennes

Voilà, ces colloques, ces raouts, ces pinces fesses, ces pétitions ne sont que des « charlineries » qui existent pour diviser les enjeux en petits morceaux dénués de sens, des bouts orphelins qu’on se garde bien de mettre en lien pour garder secret la véritable nature de cette barbarie et, du coup, se donner bonne conscience au prix d’Emmaüs.

Prenons un seul exemple pour bien comprendre ce que je dis. Les nouvelles taules qu’on a construit (en offrant des ponts d’or aux Bouygue et Cie), en pleurant sur ces vieilles prisons insalubres, pleines de rats et de cafards, de mycoses et d’humidité malsaine, on l’a fait au nom de la dignité et du bien être humain, non ?

Que nenni, mon bon, c’était juste le discours de présentation pour masquer ce qui se sourdait dans la tête des décideurs et autres, l’arbre qui cachait la forêt. Elles sont encore plus désespérantes que les anciennes, renforçant la surveillance (de l’électronique à fond), la solitude, la dépression et on en a profité pour les éloigner des regards du passant de la ville. Tu as beau avoir une douche dans la cellule, tu es propre mais encore plus isolé.

On a eu assez d’infos de films, de débats, là-dessus, on ne peut pas ne pas le savoir. Et ils en ont profité pour construire de véritables QHS à la Guatanamo comme Condé-sur-Sarthe où ne sont pas enfermés les fameux sérials killers (c’est vrai qu’il y en a si peu) mais ceux qui s’évadent, se rebellent et ne se soumettent pas aux systèmes judiciaire et pénitentiaire, comme Christophe Khider. Alors, avoir un statut de travailleur, avoir le droit de vote, ne plus se faire fouiller après chaque parloir, ne pas avoir d’écoute dans sa cellule, … ça va changer quoi ? Une sodomie avec vaseline reste une sodomie. L’image est triviale, je le reconnais, mais elle a la vertu de dire sans détour.

Va donc lire, le bouquin d’Astrid Manfredi, « la petite barbare » et tu verras, sans l’aide des savants qui pérorent, comment se construit ce qu’on appelle délinquance. Et si tu veux aérer tes neurones, lecteur, et humer le vent libertaire, procure toi le numéro 41 de « l’Envolée » spécial Hafed Benotman, paix à son âme, un voleur émérite qui écrit si bien. Si ça te plaît tu pourras acheter ses romans, ils sont en poche, donc pas chers.

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J'ai parlé de mon quotidien en prison et maintenant de ma vie dehors. Je ne me plains pas, ni ne cherche à me faire plaindre. Je n'ai nul besoin, ni moi ni les autres prisonniers, de compassion, ou encore pire, de pitié. Je témoigne, simplement.
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