Société 

Roms : que vaut le nouveau programme d’insertion dans le Rhône ?

actualisé le 04/10/2015 à 20h08

Avant de procéder au démantèlement des trois grands campements de Roms dans l’agglomération de Lyon (« sans benne ni tractopelle »), la préfecture du Rhône a présenté un programme d’insertion qui doit suivre.

Un plan qui rappelle Andatu, une précédente opération arrêtée en fin d’année dernière malgré son succès -mais qui revoit toutes les conditions budgétaires.

Une soixantaine de Roms de Roumanie vivent depuis octobre 2014 dans ce bidonville. ©LB/Rue89Lyon

Une soixantaine de Roms de Roumanie vivent depuis octobre 2014 dans ce bidonville de Saint-Priest. ©LB/Rue89Lyon

A son arrivée en avril dernier, le nouveau préfet du Rhône Michel Delpuech avait procédé à l’expulsion de plusieurs squats et du bidonville de Bron où résidaient environ 200 Roms de Roumanie. A l’époque, certaines associations comme le MRAP (mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) avait dénoncé « une politique absurde et incohérente en violation de la circulaire ministérielle du 26 d’août 2012 ». Laquelle prévoit, entre autres, que tous ces terrains squattés fassent l’objet d’un diagnostic social et de propositions de relogement.

De façon presque ironique, aujourd’hui, c’est le préfet lui-même qui en appelle à ce texte.

« C’est une démarche dans le droit fil de la circulaire d’août 2012 ».

Il ne souhaite plus « envoyer des forces de police, des bennes et des tractopelles » pour démanteler ces camps. Pour le préfet, ces personnes vivent dans des conditions qui « ne sont pas dignes pour elles-même, pour le voisinage et pour la République ».

Les trois bidonvilles de Roms de l’agglomération concernés sont situés :

  • à Vaulx-en-Velin où environ 250 personnes habitent impasse Jacquard depuis juin 2014.
  • à Villeurbanne, à la Feyssine, où environ 100 personnes ont élu domicile depuis plus de deux ans en bordure du périphérique.
  • à Saint-Priest, où 70 personnes vivent derrière une tranchée de deux mètres de profondeur et sont également expulsables immédiatement.

Autre source de motivation pour agir : les risques sanitaires après des cas d’enfants mordus par des rats ; la sécurité après des incendies dans le campement de Saint-Priest.

« Mettre fin à la mendicité, au ferraillage et à la prostitution »

La préfecture propose donc aujourd’hui un « village d’insertion » pour les familles avec enfants, dans le cadre du projet « IEE » (prononcer I2E) pour « Insertion par l’Emploi et l’Ecole ». Selon le diagnostic « bien avancé » des populations de ces bidonvilles, le dispositif devrait concerner 150 personnes environ.

Le dispositif prévoit leur hébergement dans des préfabriqués modulaires et regroupés où elles seront également nourries et qui sera gardienné. Ces familles, choisies « sur la base du volontariat et de leur engagement » annonce la préfecture, seront accompagnées vers des programmes de formation et se verront verser une aide de 4 euros par jour et par adulte.

En contrepartie il est demandé, dans un engagement contractualisé, à ces personnes de :

  • « mettre fin à la mendicité, au ferraillage ou dans certains cas à la prostitution »,
  • « s’intégrer dans un dispositif de formation pour accéder à l’emploi » (mais les personnes seront principalement dirigées vers les métiers en tension),
  • « de scolariser leurs enfants ».

Le dispositif est prévu pour durer trois ans avec une sortie des familles dès lors que leur autonomie est atteinte par l’obtention d’un travail et d’un logement social ou dans le parc privé.

« Certaines familles ne sont déjà pas loin de l’insertion totale », assure Xavier Inglebert préfet délégué à l’égalité des chances.

Les enfants seront scolarisés durant un an dans ce « village », dans des classes dédiées avant d’être dispersés dans les écoles du secteur.

Un hébergement d’urgence sera proposé dans le même temps aux personnes malades ou handicapées. Quant aux personnes visées par une OQTF « elles seront reconduites à la frontière », assure le préfet.

Un « Andatu » bis ?

Ce plan « IEE » nous rappelle le dispositif mis en place par l’ancien préfet Jean-François Carenco, baptisé « Andatu ». Un plan d’insertion par l’emploi et la scolarisation là aussi, mis en place en 2013 et arrêté à la fin 2014 malgré un bilan positif.

Le dispositif « I2E » apparaît déjà moins « généreux » que son prédécesseur, qui ne donnait pas immédiatement accès à logement bâti. A la préfecture on parle de dispositif « conditionnel », alors qu’ « Andatu était inconditionnel ».

Le projet « Andatu » assurait aux familles, en échange des mêmes contreparties, le droit au RSA, aux allocations familiales, un logement social et l’accès à tous les emplois alors que jusqu’en 2015 les Roumains n’avaient accès qu’à une liste de 150 emplois en tension.

Un dispositif qui avait bénéficié de financements de l’Europe pour un peu plus de la moitié du coût total mais avait également nécessité la participation de l’Etat, de la Métropole et du département du Rhône (pour le versement du RSA), ainsi que de la Fondation Abbé Pierre. « Andatu » avait finalement coûté 2 650 000 euros hors prestations sociales (le conseil général du Rhône avait versé 814 000 euros de RSA).

Pour le programme « I2E », la préfecture annonce un budget quasiment équivalent de 3 millions d’euros sur 3 ans. Mais sans versement de RSA et d’autres prestations sociales, ce nouveau programme coûtera au final moins cher à l’Etat et aux collectivités locales, en premier lieu la Métropole de Lyon qui a repris les compétences du Conseil Général du Rhône. Ainsi le financement européen via le Feder et le Fse couvrira 70 à 80 % du coût global, indique-t-on à la préfecture.

Malgré ce qu’assurait la préfecture à l’époque, on comprend en creux que la question du financement fut l’une des raisons de la mise à mort du projet « Andatu ». C’est également, plus loin de chez nous, une question de financement qui avait mis fin au « village d’insertion » de Roms de Saint-Ouen en Seine-Saint-Denis, expérience lancée à l’époque de la gouvernance de Nicolas Sarkozy.

Grosses tensions autour du site retenu, à Saint-Genis-les-Ollières

L’opérateur du programme sera l’association Habitat et Humanisme. Il lui reste désormais à trouver des sites d’implantations pour ses « villages d’insertion ».

La préfecture regarde du côté des terrains de l’Etat dans l’agglomération et a repéré le site de Chapoly à Saint-Genis-les-Ollières et appartenant au ministère de la Justice. Dans cette petite commune de l’Ouest Lyonnais, l’implantation annoncée de ce « village » ne fait pas l’unanimité.

Le conseil municipal réuni en session extraordinaire par le maire Didier Crétenet (DVD) a même voté une motion refusant la création du « village d’insertion ». Des tracts du Front National ont été postés dans les boîtes aux lettres de la commune pour dénoncer son arrivée. Un lieu où sont déjà hébergés des réfugiés politiques, accompagnés par Forum Réfugiés, opérateur du programme « Andatu ».

Par souci d’apaisement, le préfet a annoncé ce vendredi privilégier l’implantation de son dispositif sur « deux ou trois sites d’appui » pour éviter de concentrer les 160 personnes en un même lieu. Mais dans l’attente le programme devrait commencer d’ici au mois de novembre sur un seul site, celui de Saint-Genis-les-Ollières.

A demi-mot, Michel Delpuech a passé un message aux élus locaux pour trouver des lieux d’accueil :

« Je souhaite que les élus de la Métropole comprennent l’urgence de la situation ».

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L'AUTEUR
Bertrand Enjalbal
Bertrand Enjalbal
Journaliste à Rue89Lyon
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