Actualité  Politique 

A Vaulx-en-Velin, la « pagaille » dans les écoles sur fond de bisbilles politiques

actualisé le 25/09/2015 à 13h02

[Article mis à jour] Des enseignants de maternelle livrés à eux-mêmes et une organisation du périscolaire contestée : à Vaulx-en-Velin, la rentrée scolaire est difficile.

Ce lundi, pas moins de 350 personnes ont manifesté devant l’hôtel de ville pour dénoncer une situation dans les écoles « catastrophique ». Selon la maire PS de cette commune de l’Est lyonnais, Hélène Geoffroy, l’ancienne majorité communiste fait monter la sauce. 

Ce lundi à 18 heures. Devant la mairie de Vaulx-en-Velin, une foule compacte de 350 personnes est venue exprimer son ras-le-bol. Parents, enseignants et agents municipaux ont décidé de se mobiliser pour dénoncer des conditions de rentrée « chaotiques », soutenus par le collectif « On vaulx mieux que ça » et la CGT.

Benjamin Grandener tente de dresser une liste exhaustive des écoles rencontrant des problèmes de personnel.

Benjamin Grandener , enseignant à Vaulx-en-Velin et délégué syndical Snuipp, tente de dresser une liste exhaustive des écoles rencontrant des problèmes de personnel. Crédits : Mathilde Ceilles/Rue89Lyon.

Dans une classe de maternelle, 27 élèves sans Atsem

En cause notamment, des postes d’Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) qui seraient non pourvus.

Alors que, dans beaucoup de communes, certaines classes doivent se partager ces fonctionnaires territoriaux chargés d’assister les enseignants de maternelle, Hélène Geoffroy (PS) s’est engagée à maintenir le système mis en place par l’ancienne majorité communiste. Soit une Atsem dans chaque classe à Vaulx-en-Velin ; notons que les écoles de cette ville sont classées en Rep+ (zone d’éducation prioritaire).

Pour Claudine Manteau, enseignante en petite et moyenne sections mais aussi directrice de l’école maternelle Federico Garcia Lorca, la situation n’est plus tenable :

« Une des Atsem affectée à l’école est à temps partiel, chose que la mairie savait depuis longtemps. Mais l’autre mi-temps n’est pas pourvu, ce qui fait que je me retrouve seule face à mes 27 élèves trois jours par semaine. Comment voulez-vous dans ces conditions approfondir les apprentissages ? C’est juste la pagaille. »

Sa collègue Eléonore Boutonnet voudrait « tirer la sonnette d’alarme » :

« Ce matin, un de mes élèves s’est blessé dans la cour. J’ai été obligée de laisser toute ma classe pour m’occuper de lui. Cela pose de vrais problèmes en termes de sécurité. »

Certaines écoles seraient également dépourvues de personnels d’entretien.

Pour Christine Manteau et Eleonore Boutonnet, la situation devient intenable.

Plusieurs jours par semaine, ces deux enseignantes se retrouvent sans Atsem devant 27 élèves de maternelle. Crédits : Mathilde Ceilles/Rue89Lyon.

« Rompre avec la politique de l’ancienne majorité »

Contactée par Rue89Lyon avant la manifestation, la députée-maire PS Hélène Geoffroy a livré son explication :

« Trois ou quatre Atsem sur le secteur sont en arrêt maladie, et l’une d’elles est partie ailleurs juste avant la rentrée. Il a fallu recruter pour les remplacer, ce que nous sommes actuellement en train de faire. Deux jurys de recrutement se sont tenus en deux semaines. »

Pour la maire, la procédure pour laquelle elle a opté prend plus de temps. Et de déplacer cette question sur un terrain politique :

« Je veux rompre avec une méthode courante dans l’ancienne majorité qui consistait à remplacer ces arrêts maladie avec des personnes en insertion, embauchées sous le statut de contractuel. Nous souhaitons au contraire recruter des personnes qualifiées avec une formation petite enfance. »

La situation devrait donc, selon elle, être réglée sous peu : 

« Tous les postes seront pourvus d’ici la fin de la semaine, certains le sont déjà. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de m’entretenir sur le sujet avec les directeurs au cours d’une réunion la semaine dernière. « 

350 personnes se sont rassemblées pour exprimer leur colère.

Les 350 personnes rassemblées devant l’hôtel de ville de Vaulx-en-Velin. Crédits : Mathilde Ceilles/Rue89Lyon.

L’enseignant Benjamin Grandener, délégué syndical Snuipp (principal syndicat), ne comprend pas cette politique municipale :

« Certaines Atsem contractuelles avaient suivi des formations en lien avec le projet pédagogique de l’école dans laquelle elles travaillaient. Elles ont été congédiées pour finalement être réembauchées dans d’autres écoles ! »

En quelques heures aujourd’hui, il dit avoir recensé au moins 13 écoles avec des problèmes de personnel, sur les 19 que compte la commune de Vaulx-en-Velin. L’enseignant se questionne tout haut :

« Cette situation explique cette mobilisation massive. On est le 21 septembre : quand la rentrée va-t-elle se terminer ? Quand va-t-on enfin pouvoir prendre le rythme de croisière ? »

Pour Yamina Djemmas, Atsem déléguée du personnel CGT, la cause du problème est politique :

« Les soucis ont commencé depuis le changement de municipalité. 45 Astem contractuels ont été arrêtés sans explication et prévenus au 31 août, ce qui ne leur permettait pas de se retourner. Je conteste clairement ces méthodes qui vont à l’encontre du dialogue social. Bien sûr, la mairie nous reçoit. Mais derrière, il n’y a rien. Alors la réunionnite, non merci ! « 

« Le périscolaire, c’est la cata »

Chez les nombreux parents venus exprimer leur ras-le-bol, beaucoup sont en désaccord avec l’organisation du périscolaire, à l’image d’une maman, Zahia Ayache :

« Quand je lis le journal municipal, j’ai l’impression qu’à Vaulx-en-Velin, tout va super bien. Ce n’est vraiment pas le cas. Le périscolaire, c’est la cata. Ce n’est pas clair, on ne sait pas qui fait quoi, même le personnel ne sait pas ce qu’il faut faire. Moi je préfère ne pas laisser mes enfants. Et puis, depuis qu’ils ont cours le mercredi matin, ils sont vraiment fatigués. On a imposé quelque chose sans consulter les parents. »

Zahia Ayache, ici avec ses enfants, se dit catastrophée par l'organisation du périscolaire.

Zahia Ayache, maman d’élève, ci avec ses enfants, se dit catastrophée par l’organisation du périscolaire. Crédits : Mathilde Ceilles/Rue89Lyon.

Un manque de communication que pointe Karim Khalil, un autre parent d’élève :

« On ne nous demande pas notre avis, il n’y a eu aucun échange au préalable. Franchement, je ne comprends pas la politique de cette mairie. Je n’ai pas les moyens de payer une école privée à mes enfants. Je suis à deux doigts de déménager pour leur offrir un meilleur enseignement ! »

Des revendications que la maire dit entendre sans pour autant envisager d’aménagements :

« Il y a un désaccord sur le périscolaire, on essaie d’améliorer. Il y a des marges de progrès. Après, le débat sur la réforme des rythmes scolaires est un débat national. Et honnêtement, je préfère que les enfants soient à l’école le soir plutôt qu’assis devant la télévision. Je n’oublie pas que ma ville est touchée par la précarité. »

Les élus répondent … par Facebook

Vers 18h30, la foule se met à huer. L’enseignant Benjamin Grandener vient d’apprendre qu’ils ne seront pas reçus. Contactée quelques heures avant le rassemblement, la maire nous avait expliqué devoir se rendre au conseil de Métropole et ne jugeait pas que sa présence serait « utile » sur le lieu de la manifestation.

Quelques minutes plus tard pourtant, un parent d’élève signale être en contact avec un adjoint… via les réseaux sociaux. Stéphane Thirion a créé il y a quelques mois une page Facebook pour partager les photos de la fête de l’école maternelle Grandclément. Peu à peu, cette page est devenue revendicative.

Or, sur un post, un élu a répondu aux parents dans un commentaire, quelques dizaines de minutes avant le début de rassemblement. De quoi provoquer la colère des manifestants. Benjamin Grandener ironise :

« Nous avions pourtant prévenu la municipalité depuis plusieurs jours pour être reçus. La prochaine fois, je demanderai une audience par Skype ! « 

A la suite de la publication de cet article, l’élu en question nous a écrit. Il s’agit de Stéphane Gomez, adjoint à la politique de la ville. Il donne son point de vue et affirme qu' »aucun rendez-vous n’a été pris » avec la maire de Vaulx-en-Velin :

« J’ai apporté la contradiction aux militants PCF qui multipliaient les commentaires. (…) Je demandais si une demande de rendez-vous avait été faite puisque cela faisait plusieurs mois que l’on savait que se tiendrait ce même jour une séance publique de la Métropole. »

A la suite de la publication de l’article, Stéphane Thirion a tenu à préciser que les parents d’élèves mobilisés sont « apolitiques » :

« Nous soutenons les directeurs d’écoles, enseignants et ATSEM pour le bien et l’intérêt de nos enfants ».

Pour la maire PS « une tentative d’instrumentalisation »

La maire Hélène Geoffroy s’accroche à son analyse politique de la situation. Elle qui a fait tomber en mars 2014 un bastion communiste, voit dans cette mobilisation la main de l’ancienne équipe municipale.

« Il y a parmi ces manifestants des gens de bonne foi, inquiets et peut-être méfiants vis-à-vis de la parole politique. Mais cette manifestation fait l’objet d’une tentative d’instrumentalisation par l’ancienne majorité. J’en suis convaincue.

Il va falloir à un moment accepter de laisser travailler l’équipe municipale. Et dans quelques temps, les Vaudais jugeront. Je démontrerai que ce que je dis, je le fais. « 

La CGT a de nouveau appelé à manifester le 28 septembre prochain pendant le conseil municipal.

Les communistes vaudais rejettent les accusations de la municipalité « Geoffroy-Bertin »

Dans un communiqué de presse délivré mercredi soir, la section communiste de Vaulx-en-Velin a tenu à « répondre » à Hélène Geoffroy.

Dans ce texte, l’équipe municipale est nommée « Geoffroy-Bertin » du nom de l’adjoint Stéphane Bertin qui menait une liste « sans étiquette » aux dernières municipales qui a fusionné au second tour avec la liste socialiste.

« Les communistes de Vaulx-en-Velin, tout comme l’ancienne majorité, ne sont pas responsables de la mauvaise politique mise en place par Madame Geoffroy et son acolyte golfeur Monsieur Bertin. Les usagers du service public, les enseignants, les agents territoriaux, les syndicalistes, ne sont pas manipulés par les communistes. Remettre la faute sur les communistes et sur l’ancienne majorité relève d’une certaine irresponsabilité. »

La section PCF en profite pour « rappeler » qu’Hélène Geoffroy, en tant que députée socialiste, a voté « pour » « la baisse des dotations aux communes et la réforme des rythmes scolaires » alors que les communistes y sont « opposés ».

> Article mis à jour le 23 septembre à 12h30 avec les propos de l’adjoint Stéphane Gomez

> mis à jour le 24 septembre à 12h30 avec le communiqué de la section PCF de Vaulx-en-Velin.

> Mis à jour le 25 septembre à 13h, avec l’ajout des propos de Stéphane Thirion et de notre correction. Nous avions écrit que les commentaires de l’élu Stéphane Gomez sur la page « Parents maternelle GrandClément » avaient été supprimés. Ce n’est pas le cas. Ils sont toujours visibles.

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Mathilde Ceilles
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