Le temps additionnel
"Celui qui ne connaît pas l'histoire est condamné à la revivre" nous a dit Karl Marx. Je mets des événements de l'actualité de l'OL en perspective avec l'histoire du club et du football. Et éventuellement avec mauvaise foi.
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Sans le vouloir, Valbuena fait déjà partie de l’Histoire de l’OL

actualisé le 26/09/2015 à 22h47

Il devait être la recrue phare du mercato, la pièce manquante au puzzle offensif, le signe de l’ambition retrouvée. Mais parce que le football nous fait dire qu’il est parfois plus que du sport (et oui), Mathieu Valbuena est déjà bien plus qu’un joueur lui aussi. A l’OL, il est un symbole.

le pendu à l'effigie de Valbuean, Capture d'écran vidéo ligue1-officiel

Le pendu à l’effigie de Valbuean, Capture d’écran vidéo ligue1-officiel

De retour au Vélodrome après y avoir joué en tant que Marseillais, désormais passé à Lyon, Mathieu Valbuena a reçu un accueil tout particulier.

Beaucoup de joueurs naissent aux yeux d’un club au cours d’un geste hors norme, d’un moment de grâce. Un but, un dribble, un doublé… Demandez à Jimmy Briand, buteur sublime ce week-end avec Guingamp, si sa vie lyonnaise a été la même après avoir offert à Lyon le derby de novembre 2013.

Valbuena est de ceux-là, d’Anfield à Dortmund il est devenu Marseillais avec ses tripes, sa combativité, sa loyauté sans faille et bien sûr ses plongeons. Si jouissifs pour ses partisans, si agaçants pour ses adversaires.

Son histoire lyonnaise aurait pu s’écrire de la même manière, s’il avait marqué face à La Gantoise par exemple, ou dimanche soir au Vélodrome, quand son enchaînement amorti poitrine/frappe à la 93ème minute a semblé suspendre le cours du temps.

Le hasard du calendrier a accouché d’un Olympico bien tôt dans la saison, au Vélodrome de surcroît, et le petit vélo devenu Vélo’v a rencontré son destin. Celui des joueurs que l’on admire non pour leur génie mais pour leur résilience.

Les ennemis de mes amis sont mes ennemis

L’OL est mal en point depuis le début de la saison. C’est indiscutable. Les événements déplorables qui ont eu lieu au Vélodrome dimanche soir camouflent temporairement une saison bien mal engagée. C’est dans ce contexte, favorable aux attitudes autant qu’aux performances, qu’est née Mathieu Valbuena, le lyonnais.

A peine entré sur la pelouse, une bronca historique a accueilli celui qui fut tant applaudi autrefois sur cette même pelouse. Des joueurs qui ne sont pas importants à Marseille, comme Rekik, Cabella et bien sûr Alessandrini, ont été gagnés par la furie collective, se rendant coupables de gestes que l’on souffre de voir sur un terrain. La communication déplorable du président Vincent Labrune, il est vrai contraint par la fragilité de sa position (il est le 6ème président du club depuis 1999), a achevé de nous donner l’impression qu’on assistait à tout sauf à du sport.

Preuve que le match a largement dépassé le strict contexte sportif, ce courrier adressé par Patrick Mennucci (député des Bouches du Rhône, 4ème circonscription) à Mathieu Valbuena :

«Le football n’est pas une question de vie ou de mort, c’est quelque chose de bien plus important que cela»

Le mot est de Bill Shankly, il a rarement si bien raisonné sur le football français qu’en ce dimanche 20 septembre 2015.

Soudain, dans la fureur et les cris, Valbuena n’était plus. Il n’était plus le transfuge, l’ex-Marseillais regardé avec méfiance à Lyon. Il n’était plus l’insupportable simulateur, le cache-misère d’une génération de joueurs français incapables de rendre au football son lustre fédérateur quatre-vingt-dix-huitard.

Soudain il était juste un homme digne sur une pelouse, affublé d’un maillot rouge (qui lui va plutôt bien, il faut le dire) et d’un short trop long. Un visage fermé aux insultes, aux menaces, aux agressions. A chaque agression subie, il a vu ses coéquipiers -les rouges pas les blancs- faire bloc autour de lui pour le protéger, et se soulever face à des adversaires menaçants.

Soudain, Mathieu Valbuena est devenu lyonnais. Comme ce petit frère que l’on taquine, mais que l’on défendrait à mort face à quiconque le menacerait.

Le pion devenu pièce maîtresse

Les événements du Vélodrome pouvaient-ils être anticipés ? Sans aucun doute. Ont-ils été orchestrés ? Oui, et tout le monde a sa part de responsabilité. Quand le président Jean-Michel Aulas (JMA) a annoncé la signature de l’ex-Marseillais, il ne s’est pas privé de quelques piques dont il a le secret (« on peut toujours progresser », ça vous dit quelque chose).

La seule chose dont est coupable Valbuena c’est d’avoir été utilisé. Jean-Michel Aulas en a fait un pion important de sa stratégie médiatique, en tous cas au chapitre « humilier le rival ». Car oui, en 2015, les rivaux de la ligue 1 pourraient bien être Lyon et Marseille, combattants fratricides pour la convoitée seconde place.

Il est déjà loin le temps de l’« alliance des olympiques face au PSG » prônée par JMA. D’un autre côté, comment ne pas donner raison au boss de l’OL au vu de la réaction du président marseillais hier soir, coupable de déclarations totalement irresponsables lors de l’interruption du match par l’arbitre Ruddy Buquet.

L’OM est le plus grand club de France, sans le moindre doute statistique, et à ce titre il mérite mieux. Des attentats incontrôlés de joueurs, des jets de projectiles y compris sur leurs propres troupes pris dans la mêlée (des bouteilles en verre pour Lopes, un fumigène pour Batshuayi), des banderoles injurieuses, une effigie de Valbuena pendue en tribune et un président au summum de ce que la démagogie a de plus dangereux.

L’OM mérite mieux qu’une telle faiblesse face à des déclarations de la part de JMA, même placées là ou ça fait mal. Ce dernier sortira gagnant médiatiquement de cette affaire, mais au fond de lui c’est probablement la déception qui domine.

Le sursaut après la révolte

La parenthèse extra-sportive se refermera bien vite. Bastia et Valence sont en vue pour cet OL bringuebalant. La méforme persistante de certains cadres (qu’il a été douloureux de voir Gonalons à ce point en difficulté) en fait émerger d’autres, à l’image d’un Christophe Jallet encore remarquable sur son côté droit.

Mathieu Valbuena pourrait bien être de ceux-là. Lui qui mérite l’admiration pour sa résilience et son travail plus que par ses déclarations et son talent, qui a été si difficile à faire reconnaître.

Si cet OL retrouve son niveau, Valbuena ne pourra pas en être le meilleur joueur. C’est en tant que complément, au service de joueurs plus forts et plus médiatisés que lui, que Valbuena est le plus précieux et le plus efficace.

Bonne nouvelle, Alexandre Lacazette a montré à nouveau des signes très encourageants de retour en forme, sans doute aidé par le relatif répit médiatique dont il a bénéficié.

Lacazette semble décidemment sur le bon chemin pour retrouver son influence dans le jeu lyonnais © LM/Rue89Lyon

Lacazette semble décidemment sur le bon chemin pour retrouver son influence dans le jeu lyonnais © LM/Rue89Lyon

En attendant Fékir, en attendant Grenier, en attendant Godot ou qui sais-je, il est temps pour les présents de prendre leurs responsabilités, de tous tirer dans le même sens. Demain l’ennemi commun sera la faiblesse, l’absence de jeu, d’ambition, peut-être la peur.

Ce que l’on sait désormais, c’est que l’OL sait faire front face à un ennemi commun, même quand celui-ci s’appelle la bêtise et qu’il décide de s’acharner sur le dernier arrivé. Non, Lyon n’a pas gagné ce week-end, mais il a peut-être enfin trouvé une cohésion autour de Valbuena, plus lyonnais que jamais au Vélodrome.

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Loïc Masson
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