Société 

Que sont devenus les chauffeurs UberPop depuis la fermeture du service ?

actualisé le 03/08/2015 à 11h01

Ils étaient retraités, chômeurs, étudiants, de la banlieue parisienne ou de Nice. Onze anciens conducteurs UberPop nous racontent leur nouveau quotidien depuis la suspension du service il y a un mois.

Le 3 juillet, des milliers de conducteurs UberPop recevaient un SMS en fin de matinée. Le service de chauffeurs privés entre particuliers était suspendu, le jour même.

Un an et demi après sa mise en service en France, et quelques jours après de violentes manifestations de chauffeurs de taxis, le directeur général France, Thibaud Simphal annonçait :

« Nous avons décidé de suspendre UberPop en France, dès 20 heures ce vendredi soir [3 juillet]. »

Toute une activité disparaissait

En quelques heures, la petite icône disparaissait des applications pour smartphone et surtout, de nombreux conducteurs amateurs perdaient leur activité et une partie de leurs revenus.

Taxi avec une bannière « Uber dégage », à Marseille le 25 juin 2015 (AFP PHOTO/ANNE-CHRISTINE POUJOULAT)

Taxi avec une bannière « Uber dégage », à Marseille le 25 juin 2015 (AFP PHOTO/ANNE-CHRISTINE POUJOULAT)

Des centaines de clients et de conducteurs avaient alors témoigné leur désarroi sur le site Uber et moi, à l’invitation de l’entreprise, soucieuse de son image et de ses parts de marché.

Un mois après ce chamboulement, nous avons recontacté une vingtaine de conducteurs. Onze nous ont répondu, des étudiants et des retraités, des habitants de la banlieue parisienne et des Niçois, qui utilisaient UberPop en complément de revenu ou en activité principale.

Hélas, nous n’avons pu recontacter aucune conductrice.

Alain, 54 ans, chômeur à Crosnes

»On n’était pas des boulets pour l’Etat »

Le transport à la personne, Alain connaît bien. Quelques années auparavant, il était taxi-moto. Eux aussi avaient été visés par des actions de taxis mécontents.

Avec UberPop, il avait retrouvé une activité. Au moment de sa suspension il racontait :

« Un vieux et sans emploi… Bien heureux d’avoir fait parti d’UberPop, pas au noir comme certain le prétendent. »

Un mois plus tard, il n’a pas retrouvé d’autre activité.

« Depuis la fin du service UberPop, je suis de nouveau au chômage. J’aimerais devenir Uber X, j’ai déjà mon permis VTC, mais je n’ai pas les moyens d’investir dans une nouvelle voiture, obligatoire pour les VTC.

Je trouve ça bête d’avoir interdit ça, j’en avais besoin. On travaillait, on bouffait, on n’était pas des boulets pour l’Etat.

Si je redeviens VTC, ce sera chez Uber, c’est sûr. Depuis l’arrêt d’UberPop, ils nous aident, nous facilitent les démarches. »

Jess, 32 ans, producteur de porno à Bordeaux

« Avec Uber X je gagne encore plus d’argent »

Avec UberPop, Jess avait trouvé une troisième corde à son arc. Producteur de film porno, barman et depuis septembre dernier, conducteur pour particuliers à Bordeaux.

Au moment de la suspension du service, il était reconnaissant envers la société :

« Uber vous m’avez donné envie de devenir un professionnel de la route. Au départ UberPop particulier, j’ai kiffé ce métier nouveau pour moi et du coup j’ai fait la formation VTC… Je suis VTC depuis 3 mois et c’est grâce à vous. »

Jess en a eu marre des altercations avec les taxis, lui qui passait une bonnes parties de ses nuits dans sa voiture avec l’application. Il a donc passé son permis VTC avant la suspension d’UberPop et a ainsi pu continuer de rouler après le 3 juillet.

« Quand ils ont annoncé la fin d’UberPop, j’étais partagé. D’un coté j’étais dégoûté parce que l’application permettait de travailler davantage et de gagner de l’argent. De l’autre, je comprenais la décision, depuis que je suis VTC je dois payer des charges et une assurance.

Je continue mes autres métiers, mais quand l’activité diminue, je lance l’application et je fais des courses.

Le week-end après mon service de barman, je reprends aussi la voiture pour ramener les jeunes sortis de boite. Ça me plaît et je gagne beaucoup d’argent. »

Stéphane, 28 ans, magasinier à Paris

« J’avais prévu des vacances en famille cet été mais j’ai dû annuler »

Stéphane a mis fin à son métier de chauffeur VTC en 2013, après la première fronde des chauffeurs de taxis. Reconverti en magasinier, il avait profité d’UberPop pour alléger ses fins de mois en reprenant un peu le volant en début d’année :

« Je suis un ancien chauffeur VTC qui aimait sa profession : rencontrer un tas de gens, voyager à travers leurs histoires… Avec UberPop j’ai pu refaire ce merveilleux métier. Merci aux taxis de m’avoir remis dans cette galère. »

L’arrêt du service a fait perdre un bonus financier non négligeable à Stéphane.

« Je glanais 200 à 300 euros par mois grâce à Uber Pop. Maintenant qu’ils ne sont plus là, c’est plus dur. »

Ce qui l’a aussi amené à faire des sacrifices :

« J’avais prévu des vacances en famille cet été mais j’ai dû annuler maintenant que je n’ai plus cette somme d’argent supplémentaire. L’important c’est surtout que mes deux filles voient que leur père tient la barre. »

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