Économie 

Pourquoi la hausse du prix de la viande ne profite pas aux agriculteurs

actualisé le 21/07/2015 à 08h23

Pourquoi la viande coûte-t-elle plus cher mais rapporte moins aux éleveurs ? Est-ce la faute de la distribution, des industriels ? François Hollande a-t-il raison de vouloir augmenter les prix ? Réponses chiffrées.

En France, la viande va mal. La preuve :

1 / Qui reçoit quoi quand on achète de la viande ?

Comment savoir qui touchera quelle partie des 3,36 euros que vous déboursez pour acheter une côtelette ? Pour répondre à cette question ardue, un Observatoire de la formation des prix et des marges a été créé en 2010. Il publie depuis 2011 un rapport annuel très détaillé.

Dans sa toute première étude, l’Observatoire révélait que la grande distribution reçoit une bonne partie de l’« euro alimentaire » dépensé par les consommateurs pour de la viande. Exemple avec la « longe de porc » : 55% du prix déboursé par le consommateur revenait aux distributeurs en 2011, contre 39% seulement en 2001.

Et depuis ? L’écart s’est encore creusé. Les producteurs de viande bovine et porcine ont subi des baisses de prix de 6% et 8% respectivement en 2014, alors que la part qui revient à la distribution n’a quasiment pas bougé.

Composition du prix moyen annuel au détail en grandes et moyennes surfaces de la longe de porc (Observatoire de la formation des prix et des marges)

Composition du prix moyen annuel au détail en grandes et moyennes surfaces de la longe de porc (Observatoire de la formation des prix et des marges)

2 / Qui profite de l’augmentation des prix ?

Depuis 2000, le prix de la viande augmente régulièrement. Mais les éleveurs ne reçoivent pas plus d’argent pour autant.

Le premier rapport de l’Observatoire des prix et des marges, toujours lui, indiquait ainsi que le prix moyen du kilo de carcasse bovine acheté aux agriculteurs s’élevait à 2,75 euros en 2011, autant qu’en 2000, alors que le prix du bœuf à la caisse avait augmenté de plus de 23%.

L’économiste Philippe Chalmin, l’auteur de ce rapport, rappelait que cela ne signifie pas que la grande distribution augmente ses marges de manière indue :

« Ce que le consommateur a payé en plus correspond à ses exigences propres en matière de traçabilité et de sécurité alimentaire, de facilité d’utilisation des produits aussi, et aux exigences environnementales de la société. Industriels et distributeurs n’ont pas indûment gonflé leurs marges nettes, leurs bénéfices. »

3 / Les agriculteurs peuvent-ils produire mieux ?

Une étude publiée [PDF] fin 2012 par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) montrait que c’est principalement la hausse du prix de l’énergie qui plombe les exploitations agricoles français.

Ce poste de dépenses a crû de 130% entre 1990 et 2009.

Cette hausse n’est pas une fatalité. Installé en Bretagne, le Cedapa (Centre d’études pour un développement agricole plus autonome) aide par exemple les agriculteurs à trouver un modèle qui les rende moins dépendants du coût de l’énergie.

Ils recommandent notamment du pâturage pour les bovins plutôt que du maïs et du trèfle ou de la luzerne à la place du soja.

En attendant de voir si les sommes déboursées en plus serviront vraiment aux éleveurs, on peut déjà s’entraîner à reconnaître les labels des agriculteurs qui expérimentent ces modèles plus durables et plus rémunérateurs, et manger des produits moins transformés.

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