Économie 

Grand Stade de l’OL : l’emploi décliné comme le dernier argument massue

actualisé le 08/07/2015 à 10h11

A six mois de l’ouverture annoncée du Grand Stade de l’OL à Décines, il s’agit de donner précisément les contours d’un argument phare que Jean-Michel Aulas n’a pas cessé de donner aux opposants du projet, celui de l’emploi que l’infrastructure doit générer.

« Ce stade sera évidemment une formidable machine à créer des emplois et des richesses »

Tout sourire dans son enceinte en construction, le président de l’OL Jean-Michel Aulas n’a pas boudé son plaisir au moment de prendre la parole. Son Stade des lumières a fait face à une multitude d’oppositions et face aux critiques, il a bien souvent brandi la création d’emplois comme garant du bien-fondé de son projet.

Les chiffres annoncés dans le communiqué de presse fourni par le service com’ de la Métropole de Lyon vont dans ce sens, annonçant « près de 4000 emplois créés au total » :

  • 2000 équivalents temps-plein en phase de travaux
  • 1500 à 2000 salariés temporaires les soirs d’événements.
  • 800 emplois permanents pour Décines et l’Est lyonnais (OL, bureaux, loisirs…)
© LM/Rue89Lyon

Jean-Michel Aulas a ouvert le bal des discours. © LM/Rue89Lyon

Un discours repris par Gérard Collomb, président PS de la Métropole de Lyon.

« Il ne me manquerait plus qu’il y ait eu dans cette charte un aspect agricole, et le bonheur aurait été complet. »

En usant de la formule éculée du bonheur se trouvant dans le pré, on se demande si le président de la Métropole de Lyon n’a pas voulu faire un peu de provocation. L’aspect agricole regretté pouvant aussi faire référence à l’un des agriculteurs expropriés, à Décines, pour la réalisation des voies d’accès au futur Grand Stade. Philippe Layat, a en effet incarné la lutte contre ce grand projet.

Michel Delpuech, préfet de région, a préféré évoquer l’inscription de ce projet dans celui, plus global, de l’organisation de l’Euro 2016 en France :

« Le football est un facteur d’insertion et un formidable levier économique, comme nous le montrent les enjeux de l’euro 2016. On dénombre déjà 250 000 heures de travail d’insertion effectuées sur le chantier soit plus que les prévisions : 31 personnes de Décines y ont déjà travaillé dont 12 en CDI. Et 80 stadiers sont en cours de recrutement. »

Interrogé en aparté sur la question, il jugera bon de préciser :

« Il ne s’agit pas de faire de discrimination, évidemment. Mais à compétences égales, favoriser les habitants de Décines et des communes limitrophes me paraît naturel. »

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Gérard Collomb et Michel Delpuech, au moment de signer la charte. © LM/Rue89Lyon

Pour les Décinois en recherche d’emploi ?

Si la précision est nécessaire, c’est parce qu’elle correspond aux attentes d’un acteur important du projet, Laurence Fautra, actuelle maire de Décines. Élue en 2014 avec l’étiquette UMP face à un maire sortant PS, sur un programme opposé au Grand Stade, elle a dû bon gré mal gré se plier au projet déjà en place :

« Il y a 2500 demandeurs d’emplois sur Décines. Ce stade doit être une opportunité pour eux. Il faut aussi limiter les nuisances pour notre population. Je souhaite qu’en terme de formation et d’accès à l’emploi, le stade profite au Décinois. Pour l’instant, les résultats ne sont pas suffisants. »

Difficile de ne pas comprendre son inquiétude quand on sait que le stade accueillera chaque semaine jusqu’à près de 60 000 spectateurs, soit deux fois le nombre d’habitants de sa commune. Elle n’a d’ailleurs pas résisté à l’envie d’adresser une petite pique en forme de moquerie à Jean-Michel Aulas et à ses ambitions pour le club :

« Ce sera sans doutes un des stades les plus beaux et modernes d’Europe. Si monsieur Aulas parlait à ma place à cet instant, il dirait sans doute qu’il sera le plus beau du monde. »

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Laurence Fautra, maire de Décines, était autrefois opposée au projet. © LM/Rue89Lyon

Anne, Yassine et les autres : l’insertion, nouvel argument phare

Pascal Blain, qui dirige Pôle Emploi à l’échelle régionale, a dressé un constat aux airs de remerciement :

« Ce stade est un enjeu économique pour toute la région. Les 1600 emplois liés à l’exploitation du stade sont une réponse non négligeable aux 80 000 demandeurs d’emploi du Rhône. Jean-Michel Aulas a consenti à y inclure une clause de 10% d’emplois d’insertion, c’est un effort considérable. »

L’insertion, comme la formation sont des prérogatives régionales. C’est pourquoi, d’après Yann Crombeque, conseiller régional venu représenter le président PS de Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, a précisé :

« Nous avons intégré le comité de pilotage du projet. Nous ne pouvions pas rester observateurs. L’exploitation et le développement du stade représentent de grandes potentialités de création d’emploi, de celles qui font une région active. »

Tout se déroule comme si, à six mois de l’entrée de l’OL dans sa nouvelle enceinte, plus aucune opposition n’était permise.

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La construction de l’enceinte en cours. © LM/Rue89Lyon

En marge de la signature, il a fallu aussi donner des visages à tous ces emplois. Anne, Yassine (résident de Décines, pour le coup) et Anne (de Saint-Priest pour sa part) ont chacun à leur tour lu un discours dans lequel ils ont décrit des parcours professionnels chaotiques, conclu par leur joie de retrouver un emploi grâce au Grand Stade.

Une assistante ressources humaines, un listier du stade (en charge de l’ascenceur, des déchets, etc.) et une assistante conductrice de travaux pour donner corps à l’emploi dans le futurs Grand Stade. Quelques mots timides et optimistes pour donner des visages humains à ce chantier titanesque.

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