Environnement 

Des pesticides dans les assiettes : « un effet cocktail qui n’est pas pris en compte »

actualisé le 27/03/2015 à 14h24

Dans le cadre de la 10ème semaine des alternatives aux pesticides, l’association des Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF) a lancé une pétition « Là-bas, cultiver, boire, jouer, ça tue ». Le but est de lutter contre l’usage des pesticides dans les « pays du sud », pesticides pourtant interdits en France.

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Pour les 10 ans de la semaine sans pesticides du 20 au 30 mars 2015, l’association des Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières a présenté son projet de pétition à Paris, contre l’usage qui est fait des pesticides dans les pays du sud.

Pour le lancement de cette pétition, une conférence s’est déroulée ce vendredi 20 mars à Lyon. Mais rapidement, le débat s’est porté sur les risques des pesticides en général. Une conférence, au local de l’AVSF, rue Marcellin Berthelot, le chimiste, ce qui n’a pas manqué de faire sourire.

Frédéric Apollin, directeur d’AVSF met en garde dès le début :

« Si on parle des « pays du sud », cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas concernés, chez nous, par les pesticides dans l’agriculture ou dans nos jardins publics. »

Frédéric Apollin, directeur de l'ANVS

Frédéric Apollin, directeur de l’ANVS

Et n’hésite pas à rappeler :

« Il y a du boulot encore à faire ici. »

Les pesticides, quelle réglementation ?

La journaliste Marie-Monique Robin, auteure d’ouvrages tels que « Notre poison quotidien » ou « Les moissons du futur » est invitée à débattre. D’emblée, elle détruit les idées reçues sur les pesticides :

« On croit que c’est très réglementé. Or, j’ai tendance à dire qu’il n’y a aucune caution scientifique à cette réglementation. »

Marie-Monique Robin, journaliste

Marie-Monique Robin, journaliste

Selon elle, la Dose Journalière Admissible (DJA) est fondée sur la croyance que « c’est la dose qui fait le poison ». La quantité limite de pesticides aurait été arbitrairement décidée :

« Tout ça, ça a été fait au doigt mouillé ! »

D’autant que les études qui ont fondé la DJA n’auraient pas calculé les risques causés par l’addition des molécules, ni par les effets créés par leur combinaison, « il y a un effet cocktail qui n’est pas pris en compte » affirme-t-elle.

La journaliste concède toutefois que des efforts ont été faits par la communauté européenne : sur 1000 molécules, il n’en reste plus que 300 autorisées en Europe, considérées comme moins dangereuses.

Quels combats en France ?

  • Les perturbateurs endocriniens

Mais demeure la question des perturbateurs endocriniens. Présents dans les pesticides, ils ne répondent justement pas à la théorie de la « dose fait le poison ». L’ingestion de ces molécules, qui miment l’action d’une hormone par leur structure moléculaire similaire à celle d’une hormone naturelle, est à l’origine de cancer (prostate, testicules, sein…).

Marie-Monique Robin explique précisément que l’ingestion quotidienne à faible dose simule l’effet de la production d’hormones naturelles. Au contraire, une ingestion à forte dose aurait pour conséquence un rejet de l’organisme qui « verrouillerait le système ».

  • L’atrazine

Cette molécule, désormais interdite en France, est toujours un facteur de la pollution des eaux, notamment en Bretagne. Mais elle est aussi à l’origine de la maladie de Parkinson chez les agriculteurs, qui est reconnue officiellement comme maladie professionnelle depuis 2012.

  • Les maladies professionnelles

Les phyto-victimes, d’après une confidence de Marie-Monique Robin, verraient bientôt leur combat remporté. Les agriculteurs victimes des produits phytosanitaires qui auraient contracté des lymphomes, cancers du sang et autres maladies seraient reconnus comme malades professionnels.

  • La sensibilisation

Et comme le rappelle la journaliste, la dangerosité des pesticides n’est pas connue de tous. « Dans le train, un médecin en voyant mon livre (« Notre poison quotidien », ndlr) était interloqué : « Ah bon, c’est dangereux les pesticides ? » a-t-elle raconté, outrée.

Et les « pays du sud », alors ?

Pour le président des Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières, le but est de « faire le lien entre ce qui se passe ici (en France) et là-bas ». Si près de 700 molécules ont été interdites en Europe, elles sont toujours en libre circulation dans les pays en voie de développement.

Philippe Collin

Philippe Collin

Ce qui fait dire à Philippe Collin, ancien porte-parole de la confédération paysanne, lui aussi invité à prendre la parole :

« On a de la « chance » en quelque sorte d’avoir des pesticides interdits à cause de leur dangerosité. »

Dans les pays du sud, en effet, les risques sont supérieurs, et les protections lors de l’épandage, quasi inexistants.

Affiche de sensibilisation de l'AVSF pour la pétition

Affiche de sensibilisation de l’AVSF pour la pétition

L’intérêt de la pétition est alors de se préoccuper des ravages des pesticides de l’autre côté du globe. L’AVSF rapporte le chiffre de 500 morts par jour dus à l’intoxication par les pesticides. La pétition, à terme, devrait être déposée sur le bureau du PNUE.

« Mais cela ne peut pas se faire sans une réflexion autour des pesticides et des modèles de l’agriculture. » explique Philippe Collin. Optimiste, il conclut :

« J’aime à penser que les pesticides n’auront été qu’une parenthèse dans l’histoire de l’agriculture. »

Ce mercredi 25 mars, l’OMS vient d’épingler cinq pesticides en les classant dans la catégorie « cancérogènes probables ».

> Article mis à jour avec le résultat de l’enquête de l’OMS publié le mercredi 25 mars.

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