Cultures  Rue du dernier film 

Être gardienne au Musée des Beaux-Arts de Lyon, en trois portraits

Une visite du musée des Beaux-Arts de Lyon, dans les marges. C’est ce que propose Antoine Dubos, réalisateur de documentaires, dans un triptyque vidéo peignant les portraits de trois gardiennes du lieu. Autrement appelées « adjointes du patrimoine ». Ces trois femmes lèvent le voile sur un travail pas si statique, tout en donnant à voir les coulisses cette institution culturelle phare de la ville.

Capture d'écran de la gardienne du Musée des Beaux-Arts de Lyon

Hélène, gardienne du Musée des Beaux-Arts de Lyon

« Adjointe du patrimoine » et pas « gardienne de musée »

Hélène est une femme réservée, qui n’aime pas tellement la foule. Au musée, les dimanches familiaux et les périodes de vacances, c’est une période de stress :

« Quand il y a trop de monde, pour moi, c’est éprouvant. C’est très pénible […] Je préfère le public qui vient dans la semaine ; parce que le dimanche, c’est difficile, il y a les familles avec les enfants. Je suis relativement réservée et ne vais pas spontanément vers la personne ».

Hélène fait le point sur les termes qui désignent son emploi :

« Gardienne de musée, ça fait un peu obsolète, ça fait pas sympa. Adjointe du patrimoine, c’est beaucoup plus noble. »

Et puis, le planning offre à chaque jour sa surprise – bonne ou mauvaise.  Surveiller le vestiaire, c’est l’attente interminable de la fin de journée. Mais être au milieu des peintures, c’est l’émerveillement, chaque heure, pour la jeune femme.


Parmi les statues / Court-métrage documentaire, par antoine-dubos

Le musée, « mon héritage »

Gardienne dans le musée lyonnais depuis plus de 14 ans, Brigitte y circule comme dans un théâtre. Entre la démarche à adopter et le costume à choisir, le tout rassemblé dans un décor contemplé par le public.

« On a une démarche, un costume, comme au théâtre. Et en plus on est très sévère, sur la manière dont on choisit ce costume, on veut qu’il soit à notre goût, qu’on soit bien dedans, qu’on puisse bouger de la manière la plus élégante possible. »

Elle entre presque en dialogue avec ce qui l’entoure :

« Des regards, c’est pas forcément apaisant, ça peut être très troublant. La peinture, de toute façon, ça fait peur ».

Avec un père originaire de la région vénitienne, l’art italien touche plus particulièrement Brigitte. Elle y voit une part de son héritage personnel.


La regardienne / Court-métrage documentaire par antoine-dubos

Le monsieur avec son carnet à dessins

Auparavant femme de foyer, élevant seule ses trois enfants, Louise était quotidiennement entourée par sa famille. Lorsqu’elle débute au musée, elle a du mal à s’habituer à la solitude :

« Quand j’ai commencé, la solitude me pesait, parce que j’étais à la maison et j’avais toujours quelqu’un a coté de moi. […] Maintenant, la solitude ne me pèse pas ; parfois, j’aime être seule, pour réfléchir, pour penser à autre chose, toujours de bonnes choses. »

Aussi, elle a un besoin d’interaction sociale en contrepoint, où visiteurs et personnel du musée discutent, échangent :

« Il y a un monsieur qui tournait, avec son carnet à dessins. Il cherchait à nous montrer ses travaux. […] Il a montré ses oeuvres et il a parlé. Cela lui a fait du bien et à nous aussi. »


Louisette / Court-métrage documentaire par antoine-dubos

Antoine Dubos, qui a travaillé seul sur ce triptyque, le raconte ainsi :

« C’est une idée qui me trottait depuis un bon moment. Je venais de terminer un film qui m’avait pris deux ans. C’était un moyen de le mettre à profit et aussi, de prendre une pause. »

Auprès du musée, le projet des court-métrages a été validé sans difficulté. Ou presque :

« La seule difficulté notable, c’était pour les retours ; il fallait motiver les agents. Quand ils ne connaissent pas, ils sont assez méfiants. Au départ. Puis j’ai pu me présenter à eux et quelques-uns ont été intéressés ».

Antoine Dubos travaille actuellement sur un nouveau projet vidéo, qui portera sur les migrants en France.

 

 

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