Société 

Des tickets pour dénoncer la queue des étrangers à la préfecture du Rhône

actualisé le 23/02/2015 à 17h20

Chaque jour, une longue queue s’étire devant l’un des bâtiments de la préfecture du Rhône, rue Molière, dédié à l’accueil des étrangers. Ils sont nombreux à attendre depuis 4h du matin dans le froid afin d’avoir un rendez-vous pour obtenir une carte de séjour ou la renouveler. Scandalisé, un retraité a imaginé un système de tickets numérotés. Une « initiative citoyenne » qui a fortement déplu au préfet.

File d'attente Saxe - Préfecture du Rhône. Crédits Axel Poulain/Rue89Lyon

Des étrangers font la queue devant la préfecture du Rhône le 17 février. © Axel Poulain/Rue89Lyon

Bernard Houot est un bénévole de l’association Coup de Pouce Université (CPU) dont le but est « de soutenir les étudiants en difficulté et particulièrement les étudiants étrangers ».

Dans ce cadre, il a accompagné des personnes au service de la préfecture du Rhône en charge des étrangers, rue Molière. C’est là qu’il a découvert qu’ils peuvent patienter pendant des heures en plein vent pour espérer obtenir un rendez-vous.

Bernard Houot raconte :

« Le 4 février, on a écrit au préfet, on lui a proposé une rencontre pour trouver une solution. Le surlendemain, on renvoie un courrier en lui faisant part de la procédure que j’avais décidée, à savoir la distribution des tickets. On ne nous a jamais répondus… « 

Cet ancien ingénieur informaticien et polytechnicien a inventé un système de distribution de tickets basé sur les capacités quotidiennes du service préfectoral à accueillir ce public. A savoir : entre 140 et 150 personnes par jour. Au-delà, il faut revenir le lendemain.

Le nombre de tickets que le bénévole imprime s’élève donc à 140.

Lundi 16 février, à 4 heures du matin, Bernard Houot se rend devant la préfecture. Avec d’autres bénévoles de l’association, ils distribuent les tickets. Mais ça ne fonctionne que modérément comme le montre le reportage de France 3 (voir la vidéo).

Bernard Houot a conscience des limites d’une telle initiative « citoyenne ». Dans ses courriers envoyées à la préfecture, il réclame même la présence de la police. Sinon, dit-il, « ça se faufile, ça se bagarre ».

C’est en lanceur d’alerte que Bernard Houot a décidé également de contacter les médias locaux. Le Progrès, 20 minutes, le bureau de l’AFP de Lyon se sont déplacés et s’en sont fait largement l’écho.

Contacté par téléphone ce mardi, le bénévole de « Coup de pouce université » justifie sa démarche:

« C’est une initiative personnelle qui m’a amené à agir. (…) Cette distribution de tickets avait pour but de dénoncer ce constat qui est fait depuis longtemps. Les gens attendent dans des températures négatives, au beau milieu de l’hiver. Cette situation est tout à fait scandaleuse. »

Et il ajoute :

« J’ai vraiment l’impression qu’il y a une volonté politique de maltraiter ces personnes, de les mettre dans l’illégalité à cause des démarches qu’ils n’auraient pas pu faire à temps. Et le problème est particulièrement criant à Lyon. »

La préfecture n’apprécie guère « l’initiative citoyenne »

« L’initiative citoyenne » (selon les termes du retraité-bénévole) n’a pas franchement réjoui le préfet du Rhône. Dans la matinée de lundi, alors qu’il se trouvait toujours devant la préfecture, un équipage de la police nationale a conduit Bernard Houot jusqu’au commissariat où il a passé une heure.

Le préfet Jean-François Carenco qualifie Bernard Houot « d’hurluberlu », selon France Info. Dans l’interview accordée à France 3 Rhône-Alpes, il exprime son opposition. Et va au-delà avec des mots toujours aussi fleuris :

« Je ne crois pas à ce que dans ma République, qui est la nôtre, on délivre les titres comme au supermarché. »

Cité par 20 minutes, Jean-François Carenco promet des poursuites si le retraité continue :

«S’il veut faire mon boulot, il le fera en taule. S’il recommence, je porte plainte pour usage de faux en écriture.»

La préfecture du Rhône a installé depuis le 9 février, un dispositif de prise de rendez-vous sur internet. Mais cette mesure ne concerne que les usagers étrangers titulaires d’une carte de séjour de dix ans. Pour les autres, il faut faire la queue et sans ticket.

Lyon n’est pas la seule ville concernée par des queues interminables d’étrangers. La préfecture de l’Isère, à  Grenoble, a connu pareille situation.

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L'AUTEUR
Florie Castaingts
Florie Castaingts
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