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Percée du Vin Jaune dans le Jura, vos commentaires et autres opinions

actualisé le 09/02/2015 à 21h54

Le dernier billet de blog « Confessions d’un naturiste », qui est hébergé sur Rue89Lyon depuis quelques mois, portait sur la visite de son auteur à la Percée du Vin Jaune, un événement rituel qui se traduit notamment par une cérémonie religieuse, des moments festifs et gastronomiques autour des vins du Jura.

jesuisvinjaune

Image transmise par Benjamin Poussardin, auteur du blog « Confessions d’un naturiste », sur Rue89Lyon.

L’auteur du blog, qui travaille dans le vin depuis plusieurs années, parle de son dimanche à Montigny-lès-Arsures où, dans les caveaux aménagés pour la dégustation et dans les rues du village, il a vécu une mauvaise expérience.

L’agence du Progrès dans le Jura s’est le lendemain fendu d’un article pour défendre l’événement dont il est par ailleurs partenaire, ce dont nous avons donc fait écho tout en rappelant le sujet du billet de blog : décrire sur un ton appuyé le moment qui n’est représentatif ni de la population de tout un département ni même de l’événement dans son entier (il dure tout le week-end) et, surtout, vanter les qualités d’un terroir et d’une grande partie de ses vignerons.

Une salve de commentaires s’est abattue sous les deux articles -le billet de blog lui-même et le making-off que nous avons publié ensuite. Beaucoup ont montré que des personnes se sont senties insultées par le ton choisi par l’auteur du blog, et l’ont dit dans des termes au moins aussi durs et souvent aussi sur le mode de la menace (ces commentaires ont été modérés). Certains l’ont toutefois rejoint sur le constat de dérive de l’événement. Nous en donnons la teneur ci-dessous, pour faire entendre une fois encore différentes voix autour de cet événement jurassien.

L’avis des « pros », condescendant ?

Christophe Menozzi, qui se présente comme « meilleur sommelier de franche comté » et « maître sommelier de France udsf », a indiqué :

« Je suis un grand défenseur du vignoble du jura, mais je ne vais jamais à la percée. Je refuse de déguster un des plus grand vin du monde a cette température. La percée est devenue une fête populaire. Il devrait crée un vrai salon des vins du jura mais… ? »

Tout comme Alexandre Truffer, journaliste spécialisé dans le vin :

« Journaliste du vin dans un pays étranger, je suis venu à la Percée du Vin Jaune il y a trois ou quatre ans, invité par les organisateurs. J’y ai découvert des vins blancs intéressants, une cuisine gourmande et des gens sympathiques, mais aussi une fête qui est une gigantesque beuverie. Si le ton de Benjamin m’a aussi paru un peu condescendant, les faits qu’il énonce me semblent conformes à la réalité, bien plus que les copiés-collés du reste de la presse qui attend d’être réinvité l’année prochaine. Sur le principe, je n’ai rien contre le fait que des gens se réunissent pour se prendre une cuite, c’est accepté dans les matchs de foot, les fêtes de la bière et autres. Par contre si l’idée est de faire découvrir et apprécier des vins qui ont demandé une ou plusieurs années de soins attentifs, j’avoue que les organisateurs me semblent complètement à côté de la plaque. »

Deux commentaires de professionnels qui ont ajouté au sentiment de certains lecteurs, participants et/ou organisateurs de l’événement, d’être jugés de façon condescendante par des personnalités expertes.

Baptiste nous dit carrément :

« Merci de remettre les choses à plat mais je vais quand même penser a ouvrir un blog sur les cul sérrés du pinard y a de quoi écrire ! »

C’est souvent de cette façon que se sont opposés les commentateurs les plus vifs, parlant d’un côté « populaire » et « festif » que n’aurait pas vu l’auteur du blog ni ceux qui le rejoignent.

Ambiance « bon enfant » de la fête populaire

Sam Vénère raconte sa propre expérience :

« J’étais à la percée du vin jaune samedi et nous n’avons pas du tout vécu la même chose… Il n’y avait pas autant de monde que le dimanche apparemment… Ce fut l’occasion de déguster Cremant, Chardonnay, Tradition, Savagnin, Vin Jaune et même si l’accueil n’était pas le même chez tous les producteurs, il y a eu des chouettes moment d’échange. Je me souviens d’une grande maison où je n’aurais jamais pu me payer une bouteille de vin jaune, et où le patron m’a fait faire une belle dégustation sans vouloir me faire payer… J’ai trouvé l’ambiance bon enfant où justement chacun évitait les bousculades malgré la taille des caveaux.
Alors oui, il s’ agit d’une fête ! Il y a des fanfares, des chants parfois paillards, et j’imagine qu’à la fin du weekend il y avait de la viande saoule ! Comme malheureusement à toutes les fêtes populaires…
Je suis étonnée/déçue de lire tant de jugements de valeur de votre part, c’est pourtant pas dans vos habitudes. Pour finir oui, il y a des chouettes cavistes à Arbois chez qui on peut rester 1h à discuter et à échanger, j’y suis allée le vendredi… »

Etienne Tisserand, qui se présente comme Jurassien, milite pour la façon dont les vins sont présentés à la Percée :

« Bon, j’ai hésité à répondre, mais je vais quand même donner mon avis de Jurassien. J’y étais, j’ai dégusté, j’ai ensuite bu, je suis rentré par le train spécialement venu de Besançon pour la Percée et avec cette ambiance d’enfer qu’on lui connait… Et il est où le problème Benjamin ? Doit-on toujours boire le vin avec un grand respect, sans se saouler, surtout lorsque c’est du bon vin ?
De tous les gens que je connais qui font la Percée, tous reviennent avec le vin joyeux coulant dans leur veines, mais tous sont aussi des amateurs de bons vins. Ne peut-on être les deux à la fois ?

(…) Alors cette Percée, Benjamin, elle est belle, parce que c’est la Franche Comté entière qui s’y retrouve, toutes générations et toutes CSP confondues, que tout le monde discute, tout le monde rigole, tout le monde est heureux et que l’on fête notre vin, à notre manière, qui n’est à priori pas la tienne, mais ce vin, il appartient à notre terroir et ce n’est pas à un sommelier de nous dire comment le célébrer. Si cela ne te convient pas, libre à toi de ne pas revenir.

Et il y a des gens qui consomment bio et des vins naturels et qui aiment faire la fête, je le sais, puisque j’en suis et j’étais parmi ces ploucs que tu as croisé, mais franchement, il y a des plus mauvais gars que nous. »

Daniel Patrick se présente comme un bénévole de la Percée :

« J’étais chargé de l’accueil au parking des bus et des officiels. J’ai été très étonné de constater que de nombreux arrivants étaient très éméchés à leur descente de bus et avaient donc largement consommé durant leur voyage. Un des chauffeurs m’a de plus signalé avoir découvert dans son bus des magnums de vin et autres bouteilles vides. S’étant un peu offusqué de la chose auprès d’un jeune, il s’est fait insulter et cracher dessus. Ainsi une cohorte d’arrivants déjà bien avinés sont entrés sur le site pouvant laisser penser que notre manifestation peut-être lucrative certes, il faut bien en convenir, ne laissait place qu’à beuveries et basses saouleries programmées par nos vignerons et autres exposants. Mais peut-on soupçonner près de 30000 personnes de s’y adonner, le raccourci est un peu facile. (…) Quant aux vignerons présents, bon nombre jouissent d’une excellente réputation et sont reconnus parmi les meilleurs du Jura. »

L’idée de fond ou la « viande saoule »

Pour autant, d’autres ont subi aussi les désagréments, comme Sylvain :

« Je ne suis pas les personnes qui sont venu uriner dans mon jardin et derrière ma maison, je ne suis pas la personne qui est venu déféquer dans les vignes sous les fenêtres de notre cuisine, je ne suis pas la vingtaine de clowns qui ont sonné à la porte pendant 2 jours, je ne suis pas la bande de rigolos qui secouaient les wc publics avec une femme hurlant de colère à l’intérieur, je ne suis pas les joyeux chanteurs qui déclamaient dans le caveau de Jean Bourdy, « y a plus de pucelles à la maternel » et « baise ta fille tu seras grand père », je ne suis pas les personnes que j’ai vues éclater tes bouteilles vide sur les murs, je ne suis pas les relous qui demandent constamment double dose de vin pour 2 tickets ou qui veulent échanger une bouteille contre plusieurs tickets ou qui squattent le tonneau en s’exclamant maintenant qu’on y est on y reste tant pis pour les autres, et je ne suis pas non plus la bande d’une dizaine de joyeux lurons qui se sont échangés bourre pif et coup de pieds sur hommes et femmes au sol dans le quartier St Laurent sans prévenir les autres passants. Non je ne suis pas tout ceux la. Et même si je ne partage pas tout le vocabulaire utilisé par l’auteur de l’article, je partage l’idée de fond. »

Marc a tenté de recentrer les échanges sur le propos de l’auteur du blog :

« L’article met le doigt sur une réalité. Pris dans leur ivresse vulgaire qu’ils déguisent en culture, certains rabelaisiens en oublient que la critique négative est légale. Je garde en mémoire, il y a de cela quelques années, la réaction ulcérée de toute une population au bord de la révolte quand dans un article certes provocateur, des journalistes de LyonMag avaient qualifié le Beaujolais de « vin de merde » (il s’agissait en fait de propos tenus par une personne interviewée, pas par les journalistes, ndlr).

Dans cet article, le vin n’est pas remis en cause. Seule la viande saoule est semoncée. Il est bon d’avoir un regard extérieur sur des pratiques très locales qui ne sont jamais remises en cause. Le vin peut être bon et les viticulteurs sérieux, il n’en reste pas moins vrai que ceux qui l’ingurgitent n’ont pas tous l’attitude digne d’un buveur festif mais cordial. D’aucuns s’amusent de voir le buveur excessif jouer dans son vomi; moi, je trouve cela triste. Je ne pense pas pour autant être janséniste ou rabat-joie, calviniste ou cul-serré. M. Poussardin essuie des attaques bien peu méritées quand il tente de redonner au vin jurassien ses lettres de noblesse. »

Et enfin, ci-dessous le reportage de France 3 Franche Comté,  sur la « polémique » :

A lire également, le bon billet du blogueur et auteur Olif : La Grincée des dents jaunes, avec une belle illustration :

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