Société 

Les plus gros rassemblements politiques à Lyon depuis un siècle

actualisé le 12/02/2015 à 17h38

A Lyon, ce dimanche 11 janvier, 300 000 personnes ont défilé après les attaques contre Charlie Hebdo et ses ondes de choc meurtrières. Cette « Marche républicaine » est-elle le plus gros cortège jamais connu à Lyon ? Vraisemblablement. Avec infographie et rappels historiques, Rue89Lyon fait une sélection des plus importants rassemblements politiques depuis l’armistice en 1918.

Par Axel Poulain, Guillaume Bernard et Bertrand Enjalbal

Entre les sources sujettes à caution (pour la venue de Pétain notamment) et les chiffres inexistants (pour la Libération de Lyon), difficile d’avoir des points de comparaison.

Ce dimanche 11 janvier 2015, dans la foule qui a défilé de Grange Blanche à la place Bellecour, on a eu le sentiment de vivre un « moment historique », et on l’a beaucoup comparé à la Libération de Lyon, de 1944. Avec environ 300 000 personnes dans le cortège, c’est l’équivalent du quart de la population de l’agglomération (communauté urbaine) de Lyon qui a marché. Mais dans la première partie du XXe siècle, Lyon a connu d’autres rassemblements populaires spectaculaires, pour lesquels nous n’avons toutefois pas trouvé systématiquement d’indications chiffrées.

Jusqu’à une période récente, les journaux ne faisaient pas mention des chiffres « selon les organisateurs et selon la police », pour reprendre la formule désormais consacrée. Chacun peut donc y aller de son évaluation qui est plutôt de l’ordre du pifomètre. Mais en croisant différentes sources, il est possible d’avoir un panorama assez parlant dans ses proportions des grandes sorties populaires de ce siècle, dans les rues de Lyon.

 

 

Pas de chiffres pour la Libération

11 novembre 1918 : Les Lyonnais descendent dans la rue pour célébrer l’armistice. Les journaux de l’époque ne parlent pas en détail de ce rassemblement. Cependant dans l’ouvrage d’histoire « Lyon sur tous les fronts » publié en 2014, l’historien Bruno Fouillet cite le journal de Louise Weill, une jeune fille de l’époque de la Grande Guerre descendue dans la rue de la République le soir du 11 novembre 1918 : « Américains portés en triomphe, qui parfois devaient monter après les réverbères pour ne pas étouffer, remous de la foule en délire, chants patriotiques dans des rues déjà subitement éclairées. C’était splendide ».

1er mai 1937 : Juste après la victoire électorale des partis réunis au sein du Front populaire, le 1er mai devient « Fête du travail » même s’il n’est pas encore férié. Selon le journal « Le Peuple » (le quotidien de la CGT), « jamais une foule pareille ne s’était déplacée malgré l’absence de tous les moyens de transports ». Ce quotidien évoque même le chiffre de 100 000 personnes, cité par l’historien Antoine Prost dans son ouvrage « Autour du Front populaire » qui précise que « ces chiffres ne sont pas des plus fiables ». A cette époque, l’agglomération lyonnaise compte environ 844 000 habitants (570 622 uniquement à Lyon), soit dans le meilleur des cas un habitant sur huit dans la rue ce jour-là [1].

18 novembre 1940 : Le maréchal Pétain est à Lyon à l’occasion de son tour de France. Le journal collaborationniste « Le Nouvelliste » du lendemain dénombre « trois cent mille voix humaines » dans la ville.  Le Maréchal Pétain reviendra à Lyon le 5 juin 1944 à la suite des bombardements américains. Cette fois-ci aucun chiffre n’est évoqué mais « une foule immense et fervente garnit la Place des Terreaux » écrit « Lyon républicain« .

Septembre 1944 : c’est la Libération de Lyon. Le 3 septembre, l’armée allemande se retire. Dans la soirée, le Progrès note qu’une « foule immense » envahit la place de la République (édition du 4 septembre). Le 14 septembre, De Gaulle vient à Lyon. Le général est applaudi « durant de nombreuses minutes » par une foule venue l’acclamer sur la place de la République. Le rassemblement est facilité par le fait que le jour est décrété férié (Le Progrès du 15 septembre 1944).

Liberation-Lyon-drapeau-americain

Liberation de Lyon en septembre 1944. ©Emile Rougé (via le CHRD)

 

80 000 personnes pour Mai 68 à Lyon

5 octobre 1958 : Quelques mois après son retour au pouvoir, le général De Gaulle se rend à Lyon. Il vient déposer une gerbe au monument aux morts de la Résistance puis inaugure la plaque du nouveau pont De Lattre de Tassigny. La seule source disponible est celle du Progrès du 6 octobre 1958 (via le site de l’INA) qui annonce que :

« 200 000 Lyonnais ont acclamé le général de Gaulle place Bellecour et que 40 000 personnes ont chanté avec lui la Marseillaise place des Terreaux ».

Sans préciser comment ce chiffre a été obtenu.

En 1958, la population estimée de l’agglomération lyonnaise est d’environ 850 000 habitants [2]. En tenant pour juste le décompte du Progrès, environ un quart de l’agglomération serait ainsi venu saluer le passage de De Gaulle ce jour-là. Une proportion équivalente à la mobilisation de dimanche 11 janvier en mémoire des victimes des attentats.

28 mai 1968 : Environ 80 000 personnes sont recensées dans les rues lyonnaises, selon La Voix du Rhône (organe de presse du Parti Communiste) qui continuait de paraître durant les grèves. Aucun chiffre de la police n’est évoqué. Le journal La Voix du Rhône est toutefois cité par Bruno Benoît, historien, dans les actes du colloque « A chacun son mai ? ». Le Progrès ne nous renseigne pas cette fois, car du 21 mai au 7 juin 1968 la rédaction du journal était en grève.

29 janvier 1984 : La mobilisation en faveur de « l’école libre » a réuni 120 000 manifestants selon la police et 200 000 selon les organisateurs (source : Le Progrès du 30 janvier 1984). En 1982, 1 136 798 habitants peuplent la communauté urbaine de Lyon [3]. La manifestation a ainsi mobilisé environ un dixième de l’agglomération dans le cas du décompte de la police, au mieux un peu plus d’un habitant sur cinq selon le chiffres des organisateurs.

17 mars 1994 : La manifestation contre le Contrat d’Insertion Professionnelle (CIP ou « Smic jeune » mis en place par le gouvernement Balladur) recense entre 10 000 (selon la police) et 20 000 personnes (selon les organisateurs), d’après Le Progrès du 18 mars 1994). Le Progrès note également la présence de « 5000 lycéens ».

12 décembre 1995 : La plus grande manifestation contre le plan Juppé rassemble 14 000 participants selon la police et 60 000 selon les organisateurs. Source : Le Progrès du 13 décembre 1995.

12 juillet 1998 : La France remporte la Coupe du Monde. On recense alors plus de 40 000 Lyonnais dans toute la ville qui « ont salué, comme il se doit, la victoire historique de la France » (Le Progrès du 13 juillet 1998). Cet événement sportif devient un véritable phénomène social qui sera aussi analysé d’un point de vue politique.

1er mai 2002 : La manifestation anti-Le Pen a réuni plus de 53 000 personnes après l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle (Progrès du 2 Mai 2002). Le journaliste du Progrès Gérald Prevost écrit :

« Les services de police ont estimé à 53 000 le nombre des manifestants. Disons qu’ils étaient largement plus de 50.000 ».

28 mars 2006 : La manifestation contre le Contrat Première Embauche (un CDI réservé aux moins de 26 ans permettant un licenciement sans motif durant les deux premières années et mis en place par le gouvernement De Villepin) en 2006 : 17 000 manifestants selon la police, 35 000 selon les organisateurs. Source : Le Progrès du 29 mars 2006.

19 octobre 2010 : Manifestation contre la réforme des retraites : 18 000 personnes comptées par la police, 45 000 par les syndicats. Celle-ci a fini par des scènes d’émeutes place Bellecour et autour de la zone qui ont marqué les esprits.

2 février 2014 : La « Manif pour tous » pour la défense de la famille rassemble 20 000 personnes, selon la police, pour environ 40 000 notifiés par les organisateurs. En novembre 2013, alors que la « Manif pour tous » se battait contre le « mariage pour tous », on comptait environ le même nombre de personnes.

[1] Pour calculer la population de l’agglomération lyonnaise qui n’existait pas à l’époque en tant qu’entité administrative, nous avons compilé la population des 59 communes constituant aujourd’hui la Métropole de Lyon et en nous basant sur les données démographiques de l’INSEE de 1936. (Reprendre la lecture)

[2] Même principe et même source que pour l’année 1936. Les données de l’INSEE renseignent la démographie pour les années 1954 et 1962. Nous avons alors calculé le taux d’évolution annuel moyen entre ces deux dates pour parvenir à l’estimation de la population de l’agglomération en 1958. (Reprendre la lecture)

[3] Population de la communauté urbaine de Lyon en 1982 selon l’INSEE. (Reprendre la lecture)

> Si vous avez connaissance d’autres dates de manifestations ou rassemblements populaires dans Lyon, hors Fête des Lumières, n’hésitez pas à nous les envoyer (avec votre source) à hello@rue89lyon.fr.

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