Le blog du taulard inconnu
Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en publiant ses écrits, alors il est anonyme. C'est aussi pour protéger son identité que le nom de la prison dans laquelle il se trouve n'est pas révélé pour l'instant. C'est une prison de la région Rhône-Alpes, quelque part dans une zone grise près de l'autoroute, bref, une prison banale. Quand viendra l'heure de sa libération, il dévoilera son identité et le lieu de son incarcération.
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Blog du Taulard #28 : « le ressenti, voilà l’ennemi ! »

actualisé le 05/01/2015 à 18h28

J’étais dans mon pieu et je matais « On n’est pas couché » à la télé. A la fin, affrontement Caron/Polony, cette dernière étant invitée, on s’y attendait. Comme d’habitude, accroché à ses chiffres, Aymeric Caron, le faux dur, lance son attaque sur le fait que Natacha Polony, la zémourienne de service, la réac BCBG qui, comme le dit Jacques Attali, oscille dans sa pensée entre celle de la Corée du nord et celle du général Sissi, affirme que l’insécurité est de plus en plus grande en dépit de la baisse de la délinquance.

Natacha Polony dans le fauteuil On n’est pas… par onpc

 Making of 
Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en publiant ses écrits, alors il est anonyme. C’est aussi pour protéger son identité que le nom de la prison dans laquelle il se trouve actuellement n’est pas révélé pour l’instant. C’est une prison de la région Rhône-Alpes, quelque part dans une zone grise près de l’autoroute, bref, une prison banale. Quand viendra l’heure de sa libération, il dévoilera son identité et le lieu de son incarcération.

Rue89Lyon

Elle répond que la violence ne peut pas comptabiliser des phénomènes comme l’intimidation, les différentes types de menaces, tout ce qui met sous pression et n’appartient pas vraiment aux délits. Et ce con de Aymeric Caron, au lieu de lui demander comment elle fait donc pour mesurer l’augmentation de l’insécurité, reste bloqué sur ses chiffres comme un petit obsessionnel et s’enlise en remuant de la mèche, évidemment sous le sourire carnassier de l’égérie du Figaro, forte du ressenti non calculable.

Bon, moi je m’en fous de leurs animosités personnelles. Je n’ai aucune sympathie, ni pour l’écolo-végétarien coincé ni pour la bleu marine cultivée, même si la bouderie puérile du barbu savamment décoiffé est plus attirante que le mépris hautain de la rousse porc-épic. Non, ce qui m’a fait sursauter c’est la notion de ressenti mise en avant. D’un seul coup j’ai perçu un élément clé de l’enlisement généralisé en matière judiciaire et carcérale dans l’opinion publique : « le ressenti » ! Autrement dit la subjectivité même qui vient suppléer aux carences de l’individualisme pour faire du lien, l’interprétation personnelle qui devient universelle.
Attends, lecteur, tu vas voir où je veux en venir.

On tient compte de la représentation positive ou négative pour introduire du ressenti

Tu as remarqué que depuis quelques temps, à la météo, on a introduit une notion, celle de la température ressentie. Le type, genre 1er de la classe, te raconte les perturbations qui passent dans le ciel de France et hop, te dit qu’il va faire 1 degré sur le nord mais que la température ressentie sera négative. Bon, faut savoir : ou il fait 1 ou il fait -1, mais pas les deux à la fois. Sinon faut faire une météo individualisée selon le derme de chaque personne, et pas comme les juges qui font de l’individualisation des peines collective dont je te parlais dans mon dernier écrit.

Comment peut-on annoncer une température, objective selon le thermomètre, et en faire valoir une autre parce que les gens pensent, subjectivement qu’il fait plus froid que ce qui est dit ? Et, ce qui est « drôle », c’est qu’on le fait avec le froid et pas avec le chaud, comme si la chaleur était bienfaisante et le froid néfaste. Bref, on tient compte de la représentation positive ou négative pour introduire du ressenti. On prend en compte la subjectivité des situations désagréables, habillant ainsi une sorte de fantasme menaçant pour mieux l’accréditer. Pour faire court, on joue sur la crainte en l’exploitant. Sinon à quoi servirait les reportages où, avec les inondations par exemple, on en fait des tonnes, on cherche les gens qui pleurent, qui se disent désespérés. Bien sûr que cela doit être pénible de perdre des choses dans une inondation, mais est-il nécessaire de faire dans le « ressenti » en direct ?

Ce qui prime, c’est l’émotivité

On voit bien qu’aujourd’hui, ce qui prime, au moins autant que le réel, c’est ce qu’on appelle à tort l’émotionnel, que je préfère nommer émotivité, qui transforme le ressenti en donnée fiable à partir de laquelle on analyse une situation. On funambulise sur la corde sensible pour crédibiliser une fausse vérité. L’argument qui justifie cette pratique détestable c’est de tenir compte de chacun (encourager l’individualisme donc) pour en faire un dénominateur commun. C’est la supercherie de l’information qui tient à être au plus près des téléspectateurs captifs.

Parce que, tu penses bien, lecteur que ce n’est pas innocent cette façon de faire. Si tu as le courage d’annoncer des choses graves, tu deviens crédible, parce que tu ne donnes pas l’impression d’aller dans le sens du poil de l’auditeur. Pourtant c’est bien le but de ce subterfuge : rebondir sur les stéréotypes de la sensiblerie. Il s’agit d’introduire du ressenti, de flatter la subjectivité pour faire croire qu’on fait de l’information objective alors qu’en vérité c’est une information d’opinion, utile à ceux qui la font. Oui, lecteur, c’est une forme de manipulation. C’est, au sens fort du symbole, de la télé-réalité.

Bon la température ce n’est pas très grave, chacun met autant de pulls qu’il veut, ça ne gêne personne. L’émotivité frisquette est anecdotique. Mais en ce qui concerne l’insécurité, c’est autre chose, parce que cela entraîne de grandes conséquences sociales et législatives et surtout renforce une idéologie nauséabonde et brunissante. Les tenants du tout sécuritaire, du répressif à fond, jouent là-dessus comme des virtuoses. Ils viennent augmenter l’impact de ton ressenti pour mettre en musique leur partition en toute tranquillité. Et là, on peut y aller sur les lois liberticides, on peut balayer d’un revers de main les violences policières, on peut se satisfaire de l’enfermement à tous crins. Natacha Polony et Eric Zemmour en sont l’incarnation dans leur servitude égotique.

Pas d’analyse, juste des affirmations, des incantations et une bien-pensance

J’avais constaté cela en beaucoup plus caricatural dans une réunion de l’Institut pour la justice (IPJ), émanation du FN et de l’UMP. Ils avaient fait témoigner une jeune femme agressée sexuellement. On la présentait comme une victime totalement écroulée, détruite à jamais.

On avait le discours pour faire pleurer des salles entières, on la questionnait comme une enfant débile avec des tournures très specieuses et quand la larme montait à l’œil, on délaissait la victime pour haranguer la foule en leur disant : voulez que cela se reproduise ?? voulez vous que votre femme, votre fille, votre sœur, subisse la même chose ? Évidemment le public hurlait : non ! Ils reprenaient : ne faut-il pas qu’ils aillent en prison ? Qu’ils n’aient aucune remise de peine, fichés à jamais et surveillés électroniquement ? Les cris redoublaient : oui !!!

Manipulation de la victime, manipulation du public consentant. C’est comme lorsque l’on fait un gros plan sur des carcasses de voitures environnés de gyrophares, qu’on voit des corps transportés dans les ambulances, qu’on film les traces de sang par terre et qu’on fustige ceux qui conduisent alcoolisés. Repense, lecteur, au cocker triste, comme l’appelait Coluche, qui avait ouvert le JT par ce fameux : « la France a peur ! ». c’est de la télé émotivité.

Là, c’est grossier et facilement lisible, mais le ressenti s’extirpe de ces caricatures pour acquérir ses lettres de noblesse. La majorité pense qu’il y a effectivement des violeurs à chaque coin de rue et des assassins cachés sous chaque voiture. Pas d’analyse, juste des affirmations, des incantations et une bien-pensance qui dit qu’il faut protéger le citoyen en te faisant imaginer un vécu personnel. Il n’y a aucune solution exceptée celle de la répression dit-on. Et c’est ce qu’on veut te faire croire. Pour valider la solution unique on utilise le ressenti.

Tu as là, lecteur, une autre version de la façon dont on fait de l’exception la règle, du bouc émissaire une généralité. Et c’est valable dans tous les domaines, y compris celui de l’économie et la façon dont on te fait croire que le MEDEF est le sauveur des emplois. Crois moi, ce sont les discours typiques avant le bruit des bottes.

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L'AUTEUR
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Le taulard inconnu
J'ai parlé de mon quotidien en prison et maintenant de ma vie dehors. Je ne me plains pas, ni ne cherche à me faire plaindre. Je n'ai nul besoin, ni moi ni les autres prisonniers, de compassion, ou encore pire, de pitié. Je témoigne, simplement.
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